I. — M. G. ftroult
SA VIE ET SON OEUVRE
comme sa sœur, elle devint belle en devenant femme, telle nous la montre un charmant portrait au crayon de la main de son beau-frère, fait quand elle avait vingt ans. C'est alors une grande jeune fille très formée : « Les plus beaux yeux noirs, l'ovale le plus pur, un dessin de figure romain, la faisaient comparer à une tête de Minerve, et dans les premières années qui suivirent la mode pour les femmes de ne plus porter de poudre, elle faisait sensation au théâtre avec le style de sa beauté'. »
Et par une heureuse chance, il se trouve que cette bellesœur du peintre, que ce bouton de rose sur le point d'éclore, a des dispositions pour la peinture. Elle regarde, elle étudie, son goût se forme aux côtés de son beau-frère, au milieu de cette multitude d'ébauches et de dessins ; Fragonard lui donne des leçons dont la meilleure est encore son exemple et la pousse vers la gravure.
La jolie pièce, le Chat Emmaïllotté, est sortie de cette collaboration. La jeune fille signe de confiance : Première planche de Mlle Gérard, âgée de 16 ans, 1778. Nous voulons croire que les dessous sont de la débutante, mais l'amusant pointillage des chairs, mais l'excellent dessin, mais la naïveté savante des physionomies, qui a pu les rendre, sinon Fragonard. Au bas d'une autre eau-forte, une allégorie Au Génie de Franklin, d'un assez lourd dessin, on trouve encore cette mention : Gravé par Marguerite Gérard, à F âge de seize ans, en 1778. Hommage à mon Maître et bon ami Frago.
Mais il faut avouer que si la vocation de la jeune fille s'accuse, elle ne lui prend ni sa facilité ni sa prestigieuse exécution. Son travail reste peiné, laborieux, tel qu'il paraîtra