‹ Honoré FragonardChapitre 6 sur 45 · S U Z A N NE ENTRE LES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

S U Z A N NE ENTRE LES VIEILLARDS

D'après le dessin de Fragonard exécuté d'après Soliiuèue.

HONORÉ FHAGONARD.

position de Lenormant de Tournchem, nomma Natoire à sa place en 1751.

A côté de lui trônait sa sœur, Jeanne Natoire, Yilktstrissima sorella, ainsi qu'on l'appelait dans l'intimité, vieille fille sérieuse qui faisait du pastel, mais s'occupait surtout des choses matérielles de l'Académie et fort utile à sa bonne tenue. Natoire, quoique très préoccupé de ses propres travaux, et de l'affaire de son cordon de Saint-Michel, s'intéressait pourtant à ceux de ses élèves comme en témoigne sa correspondance. Catholique zélé, il se croyait en droit d'imposer le maigre le vendredi et la pratique des devoirs religieux; dans la suite, ces excès de zèle lui attirèrent des ennuis qui empoisonnèrent la fin de sa carrière.

Donc, dans la correspondance qu'il entretenait avec le directeur des Bâtiments, Natoire, en annonçant, à la date du 24 novembre 1756, l'arrivée à Rome des deux frères Brenet, l'un peintre et l'autre sculpteur, ajoute : « Ils m'ont dit que leurs trois autres confrères accompagnoient Mme Van Loo à Turin et qu'ils seroient bientôt issy. »

Dans les derniers jours de décembre en effet, Marigny se félicite d'apprendre l'arrivée des trois pensionnaires, Charles Monnet élève de Restout, qui s'est surtout fait connaître plus tard comme illustrateur de livres, le peintre Dhuez et notre Fragonard.

Au moment où celui-ci débarquait à Rome, il put encore y rencontrer sur son départ Greuze, qu'on avait par gracieuseté logé à l'Académie. Deshayes était également sur le point de finir son temps de séjour. Fragonard allait avoir pour camarades des jeunes gens qui n'ont pas acquis grande notoriété, le peintre Berrué, les sculpteurs Amans, Guiard et Bridan.

On n'a que peu de chose à dire des premiers efforts de

SA VIE ET SON OEUVRE

Fragonard : « Les nouveaux venus travaillent, écrit Natoire, et nous allons voir ce qu'ils sçavent faire. »

C'était peu sans doute, car le directeur n'ose pas envoyer leurs essais à Paris. Le 29 novembre 1757, il écrivait au marquis de Marigny :

« Approuveriez-vous que je donnasse à copier aux pensionnaires pour leurs études le beau tableau de Piètre de Cortonequi est dans l'église des Capussins représentant Saint Paul qui recouvre la veue. L'autre en face dans la même église qui est le Saint Michel du Guide pourroit occuper un autre pensionnaire et encore un beau tableau du Caravage dans l'église neuve d'un Christ que l'on met au tombeau. Ce troisième morceau occuperoit justement nos trois jeunes peintres. Je les partagerois de façon que les trois manières différentes feroient étudier chacun dans ce qu'ils ont besoin...

« Je ne peut vous envoyer de leurs études que dans le comancement de la nouvelle année. Je leur ay fait recomancer ce qu'ils avoient déjà fait pour remplir ce devoir, les ayant trouvé trop foibles. J'espère qu'ils feront mieux et le sr Brenet qui sort de sa grande maladie sera en état de faire comme les autres. »

Cependant il faut croire que, tout à ses premières émotions, Fragonard, pas plus que ses camarades, ne s'empressait de remplir ses engagements, car en réponse à Marigny qui s'inquiète des études des pensionnaires, Natoire écrivait le 15 mars 1758 :

« Je suis fâché qu'après un retard si considérable et les soins que je prends pour qu'elles soient passables, je ne vois pas encore le moment qu'elles seront terminées. La foiblesse de leurs talents est la cause de tout. Ils ne sçavent s'arrêter à aucun party et quoy que je puisse dire1 pour les fixer, je vois

HONORÉ PRAGONARD.

à toul moment des changements qui me le prouvent. Je suis forcé malgré cela à les compatir par la bonne envie qu'ils ont de faire mieux qu'ils ae peuvent... Je ne négligerai rien sependanl pour en tirer le meilleur party qu'il me sera possible dans l'espérance qu'il nous en viendra de plus forts et de plus dignes <le faire honneur à l'École d'où ils sortent. »

l)'après l'eau-forte de Fragonard.

Voilà qui n'est guère flatteur, mais ne faut-il pas être indulgent à cette jeunesse inexpérimentée? Marigny s'afflige de ces mauvaises nouvelles et du peu d'espoir que Natoire lui donne : « Je ne puis attribuer l'état de foiblesse ou est leur peinture qu'à l'onvoy prématuré des élèves à Rome et peut-être à un excès d'indulgence dans la distribution des prix de Paris. Recommandés de ma part à l'Académie d'y apporter plus de sévérité ! »

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