LA PHARMACIE
La question de la préparation des médicaments dans nos hôpitaux ne nous semble pas avoir suffisamment attiré l'attention. L'article 15 du Règlement prévoit ainsi l’existence du pharmacien :
« Art. XV. Le pharmacien est nommé par la Commission « administrative. » Il exécute, conformément au Codex et « sous le contrôle des médecins, les prescriptions ordonnées; «iltient, suivant les règles prescrites, la comptabilité des «matières de son officine. »
Or, que se passe-t-il, en pratique ? La Commission choisit un pharmacien ayant officine ouverte dans la ville, et qui, moyennant une rétribution généralement faible, doit surveiller la pharmacie de l'hôpital. Surveillance bien platonique certes, el sur laquelle il convient de ne se faire aucune illusion : le pharmacien, qui a ses occupations propres, ne songe guère à l'hôpital que lorsqu'il en reçoit son mandat trimestriel.
Il en résulte que le soin de préparer les médicaments incombe au personnel, et c’est la plupart du temps une ou plusieurs Sœurs qui en sont chargées. Nous ne dénonçons point le premier l'inconvénient de ce système, et, dansle Règlement lui-même, nous retrouvons, intercalée par M. Bourgeois, la protestation du Dr. Henrot (Actes du Conseil supérieur, fascicule 63) :
«Il faut combattre et protester avec les pharmaciens
« contre la tendance qui consiste à s’en remettre aux
De" ve
« Sœurs. Il est arrivé que plusieurs inventaient ldes médi «caments et finissaient par avoir dans l'hôpital plus d’au- « torité que le médecin.
« Tout médicament doit donc sortir d'une pharmacie, que « ce soit la pharmacie hospitalière ou une pharmacie de la « ville qui le fournisse. Je qualifie de criminelle la tolérance « contraire. Nous manipulons chaque jour des substances « dangereuses ; il ne faut pas que l’'hospitalisé soit plus « mal soigné, plus exposé à l’empoisonnement que le ma- « lade de la clientèle. Avec les nouvelles méthodes de trai- « tement, il faut que nous ayons une confiance absolue « dans les médicaments administrés. Si on faisait une in- « Jection avec une substance toxique fournie par une Sœur, « je tremblerais. »
Nous ne croyons pas qu’on doive tracer un tableau aussi
sombre, et, heureusement, les erreurs imputables au
personnel n'ont qu'exceptionnellement de graves conséquences. Nous devons toulefois revenir ici sur l'inconvénient déjà signalé de Sœurs mises dans un service dont elles n’ont jamais pris le courant, car c’est pour la pharmacie que les conséquences peuvent en être les plus fâcheuses. Si nous protestons contre le système en usage, c'est avant tout au point de vue du principe : il nous semble en effet que le médecin, au moment où la corporation proteste vivement et avec raison contre l'exercice illégal de la médecine — en particulier par les pharmaciens, — doit reconnaître à chacun son domaine et protester au besoin contre l'exercice illégal de la pharmacie, ce qui nous paraît être le cas pour le sujet que nous envisageons actuellement. Aussi n’admettons-nous pas l'objection que nous fait un collègue qu'on peut bien permettre aux Sœurs ou au personnel désigné la préparation des médica-