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L'ÉTABLISSEMENT

Les établissements hospitaliers des villes de province ont été installés soit dans des bâtiments anciens — autre fois abbayes ou couvents — soit dans des bâtiments récemment et spécialement construits. D’après notre statistique, la plupart des hôpitaux actuels auraient été bâtis dans le courant du xix® siècle, et surtout dans la seconde moitié.

Il est très rare qu’on nous ait signalé l'existence de constructions répondant complètement aux exigences de l’hygiène, et cela est aussi vrai pour les constructions récentes que pour les édifices anciens qui ont été restaurés. En général, la situation de l'hôpital dans la ville est trop centrale; ses bâtiments ne sont pas assez isolés des habitations voisines ; et il serait à désirer que ses constructions fussent, sinon éloignées de la ville, du moins établies dans un quartier assez retiré, et surtouten un lieu d'une certaine altitude. Cette disposition, désirable pour le calme et l'hygiène, aurait de plus l'avantage de permettre, sans peut-être plus de dépenses pour l'achat des terrains nécessaires, des constructions sans étages, et de ménager entre elles de plus grands espaces pour l'installation des jardins, qui sont actuellement réduits à leur minimum et la plupart du temps notoirement insuffisants. Notons encore les reproches adressés aux établissements récemment construits où tout a été sacrifié an coup d'œil etoù l’architecture, tant extérieure qu'intérieure, est faite de pans

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coupés et moulures qui amassent et conservent les poussières.

À l’organisation intérieure des établisements, de trop nombreuses critiques sont adressées pour que nous les rapportions toutes ; mais il en est une qui semble trop vive et trop générale pour que nous ne la mentionnions pas, c'est celle qui s'adresse aux grandes salles. Il semble en effet que le souci du « cube d'air » nécessaire, ainsi que celui d’une aération par de larges baies, ait présidé à la construction ; mais presque nulle part on a songé à organiser des salles où nous puissions placer les malades par petits groupes. On a maintes fois signalé les inconvénients du système des grandes salles, en particulier dans la transmission de la tuberculose, mais nous croyons utile d'insister sur ce résultat désastreux, et trop souvent observé, qu'il nous est impossible d'isoler des autres les malades temporairement agités. Ajoutons que souvent l'installation des services d'enfants a été fort négligée et que ceux-ci sont relégués là où il reste de la place, dans des locaux insuffisants à tous les points de vue.

Quant aux règles quotidiennes d'hygiène, leur inobservation dans beaucoup de nos hôpitaux constitue un délit presque banal, sur lequel il nous semble inutile d'insister autrement qu'en nous étonnant que ces fautes puissent exister si nombreuses et si fréquentes el en réclamant contre elles l’action des commissions établies par la loi du 15 février 1902.

Nous ne voulons pas terminer ce chapitre sans au moins effleurer une question digne d'un tout autre développement : celle de l’encombrement dans nos hôpitaux. Traitée avec une grande compétence pour les hôpitaux de Paris par Billaudet ‘(thèse de Paris, 1907), cette question nous

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semble également à l'ordre du jour pour les hôpitaux de province. Nous admettons les conclusions de cet auteur relalives à la nécessité de créer des maisons de convalescence, d'isoler complètement les tuberculeux, dese montrer plus sévère dans l’admission des malades aisés ou des accidentés du travail, mais nous voyons, comme appartenant surtout aux hôpitaux de province, deux causes importantes d’encombrement à signaler.

Généralement est annexé à l'hôpital un hospice, pour les vieillards et incurables de la ville et de la région, hospice ne disposant que d'un nombre déterminé de lits et placé sous la direction de la même administration que l'hôpital. Il en résulte que les salles de ce dernier possèdent toutes et en tout temps plusieurs individus qui, admis pour une raison quelconque à l'hôpital, attendent de l'administration leur admission à l’hospice, et qu'il est impossible le plus souvent de renvoyer sans provoquer de multiples protestations. Ajoutons que cette fusion des deux établissements ne peut d’ailleurs qu'être nuisible aux vieillards hospitalisés, par la proximité de leurs salles avec celles des malades aigus.

Une deuxième critique porte sur l'admission directe par un chef de service. Il ne nous vient pas à l'idée de contester le droit que possède un médecin d’hôpital d'envoyer dans son service un malade de sa clientèle, mais nous avons souvent remarqué l'abus suivant : nombre de piliers d'hôpital, renvoyés d’un service, ou refusés avec raison par l’interne de garde qui les connaît trop, vont importuner chez lui, à sa consultation, un médecin de l'hôpital, et parfois, munis dune recommandation, solliciter un billet d'admission que le praticien ne croit pas devoir leur refuser, créant ainsi, même inconsciemment,

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