‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 1 sur 105 · DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DUC DE RICHELIEU

Monseigneur,

Je n aurais jamais eu la témérité de prê^ senter a votre Éminence ce mauvais portrait i’ Horace , si je n eusse considéré ^ qu apres ant de bienfaits que fai reçus d'elle , le si^ ence oit mon respect m'a retenu jusqu'à présent passerait pour ingratitude , et que lelque juste défiance que j'aie de mon traie/ , je dois avoir encore plus de confiance votre bonté. C'est d'elle que je tiens tout que je suis y et ce n'est pas sans rougir ,

a il

que pour toute reconnoissance je vous fais un présent si peu digne de vous , et si peu pro^ portionné d ce que je vous dois. M.ais dans cette confusion , qui m'est commune avec tous ceux qui écrivent j j'ai cet avantage , qu'on ne peut sans quelque injustice con» damner mon choix-^ et que ce généreux Rq^ main que je mets aux pieds de votre Eminence eût pu paroître devant elle avec moins de honte , si les forces de l'artisan eussent répondu d la dignité de la matière : j'en ai pour garant l'Auteur dont je l'ai tirée ^ qui commence d décrire cette fameuse Histoire par ce glorieux éloge , qu’il n’y a presque aucune chose plus noble dans route l’antiquité. Je voudrois que ce qu'il a dit de l' action se pût dire de La peinture que j'en ai faite y non pour en tirer plus de vanité , mais seulement pour vous ojfrir quelque chose un peu moins indigne de vous être offerte, Le sujet étoit capable de plus de grâces y s'il eût été traité d'une main plus savante i mais du moins il a re^u de la

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mienne toutes celles quelle était capable de lui donner y et quart pouvait raisannable- ■ ment attendre d‘une Muse de province ^ qui n‘ étant pas assepp^ heureuse pour jouir souvent des regards de votre Eminence , na pas les mêmes lumières a se conduire quant celles qui en sont continuellement éclairées. Et certes , Monsetcneur , ce changement visible quon remarque en mes Ouvrages , depuis que j‘ai l’honneur d'être h. votre

Eminence y qu est-ce autre chose qu'un effet des grandes idées qu elle m'inspire , quand elle daigne souffrir que je lui rende mes devoirs ? et a quoi peut-on attribuer ce qui s’y mêle de mauvais , qu’aux teintures grossières que je reprends y quand je demeure abandonné a ma propre faiblesse ? Il faut ^ J^o NS ET G N EUR y quc tous ceux qui donnent leurs veilles au Théâtre, y publient hautement avec moi ^ que nous vous avons deux obligations tré s-signalées y l’une d’avoir ennobli le 'Ut de l’u4rt ^ l’autre de nous en avoir facilité connais s ances^ Vous avetp^ ennobli le but

de. l* Art , puisquau lieu de celui de plaire au. peuple J que nous prescrivent nos maîtres ^ et dont les deux plus honnêtes gens de^ leur siècle ^ Scipion et hélie , ont autrefois pro^ testé de se contenter ^ vous nous ave^ donné çelui de vous plaire et de vous divertir ; et qu ainsi nous ne rendons pas un petit service à l'Etat J puisque ^ contribuant a vos diver^ thsemens s, nous contribuons a t entretien d'une santé qui lui est si précieuse et si né^ cessaire. Vous nous en ave:^ facilité les connoissances , puisque nous n'avons plus besoin d'autre étude pour les acquérir ^ que d'attacher nos yeux sur votre Eminence , quand elle honore de sa présence et de son attention le récit de nos Poèmes. C est-la que lisant sur son visage ce qui lui plaît , et ce qui ne lui plaît pas , nous nous instruisons avec certitude de ce qui est bon et de ce qui est mauvais ^ et tirons des réglés infaillibles de ce qu'il faut suivre et de ce qu'il faut éviter, Ç' est-la que fai souvent appris en deux heures ce que mes livres n'eussent pu m'apprendre

en dix ans ; c est-la que y ai puisé ce qui ma  valu, l’applaudissement du public y et c'est- ’it la. qu’avec votre faveur j’espere puiser assev^

^ pour être un jour une œuvre digne de vos ^ mains. Ne trouve:^ donc pas mauvais , Monseigneur , que ^ pour vous remercier de ce que j’ai de réputation dont je vous suis entièrement redevable y j’emprunte quatre vers d’un autre Horace que celui que je vous présente y et que je vous exprime par eux les plus véritables sentimens de mon ame :

Totum muneiis hoc tui est Quod monstror digito praetcrcuntium ;

Scenæ non levis arcifex,

Quod spiro et placeo, siplaceo , tuum est.

Je n ajouterai qu’une vérité a celle-ci > en vous suppliant de croire que je suis et serai toute ma vie trés-passionnément ,

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