‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 104 sur 105 · SÉVERE, FÉLIX, PAULINE, ALBIN, FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVERE, FÉLIX, PAULINE, ALBIN, FABIAN

Î^E9.£ dénaturé ! malheureux politique!

Esclave ambitieux d’une peur chimérique !

Polycuctc est donc mort , et par vos cruautés Vouspensex conserver vos tristes dignités!

La faveur que pour lui je vousavois oflfcrtc ,

Au lieu de le sauver précipite sa perte :

J’ai prié , menacé ; mais sans vous émouvoir ,

Et vous m’avez cru fourbe , ou de peu de pouvoir.

Eh bien î à vos dépens vous verrez que Sévere Ne se vante jamais que de ce qu’il peut faire }

Et , par votre ruine, il vous fera juger

Que qui peut bien vous perdre, eût pu vous protéger.

Continuez aux Dieux ce service fidele ;

Par de telles horreurs montret-leur votre zelc.

Adieu ; mais quand l’orage éclatera sur vous ,

Ne doutez point du bras dont partiront les coups.

TRAGÉDIE. îp

Arrêtex-vous , Seigneur , et d’une ame apaisée Souffrez que je vous livre une vengeance aisée.

Ne me reprochez plus que , par mes cruautés.

Je tâche à conserver mes tristes dignités ;

Je dépose à vos pieds l’éclat de leur faux lustre ; Celle où j’ose aspirer est d’un rang plus illustre :

Je m’y trouve forcé pat un secret appas ;

Je cede à des transports que je ne connois pas'.

Et , par" un mouvement que je ne puis entendre ,

De ma fureur je passe au zele de mon gendre.

C’est lui , n’en doutez point, dont le sang innocent Pour son persécuteur prie un Dieu tout-puissant i Son amour , épandu sur toute la famille ,

Tire après lui le pere aussi-bien que la fille :

J’en ai fait un Martyr , sa mort me fait Chrétien j J’ai fait tout son bonheur , il veut faire le mien.

C’est ainsi qu’un Chrétien se venge et se courrouce : Heureuse cruauté donc la suite est si douce !...

Donne la main , Pauline... Apportez des liens. Immolez à vos Dieux ces deux nouveaux Chrétiens :

Je le suis -, elle l’est , suivez votre colère.

Pauline.

Qu’heureusement , enfin , je retrouve mon pere !

Cet heureux changement rend mon bonheur parfait.

Ma fille , il n’appartient qu’à la main qui le fait.

Qui ne scroit touché d’un si tendre spectacle ?

De pareils changemens ne vont point sans miracle.

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