‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 16 sur 105 · HORACE, CORIACE, SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

HORACE, CORIACE, SABINE, CAMILLE

15 1 E V X ! Sabine le suit ! pour ébranler mon coeur, Bst-ce peu de Camille, y joignez-vous ma sœur ?

Et, laissant à ses pleurs vaincre ce grand courage,^ L’amenez-vous ici chercher meme avantage î

Sabine.

Non , non , mon frere >non , je ne viens en ce lieu Que pour vous embrasser et pour vous dite adieu. Votre sang esc trop bon , n’en craignez rien de lâche, Rien dont la fermeté de ces grands cœurs sc fâche.

Si ce malheur illustre ébranloit l’un de vous ,

Je le ddsavouerois pour frere ou pour époux.

Pourrai je toutefois vous faire une priere ,

Digne d’un tel époux, et digne d’un tel frété?

Je veux d’un coups! noble ôter l’impiété,

A l’honneur qui l’attend rendre sa pureté ,

La mettre en son éclat sans mélange de crimes * Enfin , je vous veux faire ennemis légitimes.

Du saint nœud qui vous joint , je suis le seul lien » Quand je ne serai plus , vous ne vous serez rien : Brisez votre alliance , et rompez-en la chaîne ;

Et , puisque votre honneur veut des effets de haine. Achetez pat ma mort le droit de vous haïr.

Albc le veut et Rome : il faut leur obéir.

Qu’un de vous deux me tue , et que l’autre me venge ; Alors votre combat n’aura plus rien d’étrange ,

Et du moins l’un des deux sera juste agresseur ,

Ou pour venger sa femme , ou pour venger sa sœur.... Mais quoi ! vous souillerieT. une gloire si belle ,

Si vous vous animiez par quelque autre querelle ;

Le zcle du pays vous défend de tels soins :

Vous feriez peu pour lui , si vous vous étiez moins.

Il lui faut , et sans haine, immoler un beau-frerc.

Ne différez donc plus ce que vous devez faire; Commencez par sa soeur à répandre son sang , Commencez par sa femme à lui percer le flanc , Commencez par Sabine à faire de vos vies Un digne sacrifice à vos cheres patries.

Vous êtes ennemis en ce combat fameux....

Vous d’Albc.... Vous de Rome , et moi de toutes deux. Quoi ! me réservez-vous à voir une victoire.

Où, pour haut appareil d’une pompeuse gloire , le verrai les lauriers d’un frere , ou d’un mari ,

Eumer encor d’un sang que j’aurai tant chéri ? Pourrai-je entre vous deux régler alors mon ame I Satisfaire aux devoirs et de soeur et de femme ? Embrasser le vainqueur , en pleurant le vaincu î Kon , non , avant ce coup Sabine aura vécu !

Ma mort le préviendra , de qui que je l’obtienne :

Le refus de, vos mains y condamne la mienne.

Sus donc , qui vous retient ? Allez , cœurs inhumains! J’aurai trop de moyens pour y forcer vos mains.

Vous ne les aurez point au combat occupées,

* Que ce corps au milieu n’arrctc vos épées ;

îi HORACE

Et, malgré vos refus , il faudra que leurs coups Se fassent jour ici pour aller jusqu’à vous.

Horace.

O ma femme i

O ma sœur !

Camille.

Courage î ils s’amollissent.

Sabine.

Vous poussez des soupirs , vos visages pâlissent ! Quelle peur vous saisit ? Sont-cc là ces grands cœurs , Ces héros qu’Âlbe et Rome ont pris pour défenseurs ? Horace.

Que t’ai-je fait , Sabine > et quelle est mon offense ? Qui t’oblige à chercher une telle vengeance ?

Que t’a fait mon honneur , et par quel droit viens-tu , Avec toute ta force , attaquer ma vertu ?

Du moins contente-toi de l’avoir étonnée.

Et me laisse achever cette grande journée.

Tu me viens de réduire en un étrange point:

Aime assez ton mari pour n’en triompher point ? Va-t-cn , et ne rends plus la victoire douteuse ;

La dispute déjà m’en est assez honteuse ;

Souffre qu’avec honneur je termine mes jours.

Sa bine.

Va , cesse de me craindre ; on vient à ton secours.

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