‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 29 sur 105 · HORACE, CAMILLE, PROCUL E · texte numérisé non relu

HORACE, CAMILLE, PROCUL E

( Procule porte en sa main les trois épées des Curiaces, )

Horace.

^^Asoeur, volcilebras qui venge nos deux freres.

Le bras qui rompt le cours de nos destins contraires , Qui nous rend maîtres d’Albe ; enfin voici le bras Qui seul fait aujourd’hui le sort de deux Etats.

Vois ces marques d’honneur , ces tdmoins de ma gloire, £t rends ce que tu dois à l’heur de ma victoiie.

Camille.

Recevez donc mes pleurs , c’est ce que je lui dois. Horace.

Rome n’en veut point voir apres de tels exploits ;

Et nos deux freres morts dans le malheur des armes ,

Sont trop payés de sang pour exiger des larmes. - • Quand la pette est vengée on n’a plus rien perdu. - - Camille.

Puisqu’ils sont satisfaits par le sang épandu ,

Je cesserai pour eux de paroître affligée.

Et j’oublîrai leur mort que vous avez vengée.

Mais qui me vengera de celle d’un amant ,

Pour me faire oublier sa perte en un moment ? Horace.

Que dis-tu , malheureuse î*

€ù HORACE,

• -Camille. ;

O mon cher Curlace !

Horace.

O d’une indigne sœur insupportable audace !

D’un ennemi public , dont je reviens vainqueur ,

Le nom est dans ta bouche et l’amour dans ton cœur I Ton ardeur criminelle à la vengeance aspire 1 Ta bouche la demande et ton cœur la respire !

Suis moins ta passion, réglé mieux tes désirs.

Ne me fais plus rougir d’entendre tes soupirs ;

Tes flammes désormais doivent être étouffées;

Bannis-les de ton ame et songe à mes trophées,

■Qu’ils soient dorénavant ton uriique entretien.

Camille.

Donne-moi donc, barbare ! un cœur comme le tien *,

Et si tu veux enfin que je t’ouvre mon ame ,

Rends-moi mon Curlace , ou laisse agir ma flamme.

Ma joie et mes douleurs dépcndoientdesonsort;

Je l’adorois vivant , et je le pleure mort.

Ne cherche plus ta sœur où tu l’avois laissée ;

Tu ne revois en moi qu’une amante offensée ,

Qui, comme une furie attachée à tes pas.

Te veua incessamment reprocher son trépas.

Tigre altéré de sang qui me défends les larmes ,

Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes , Et que, jusques au ciel élevant tes exploits ,

Moi-meme je le tue une seconde fois !

Puissent tant de malheurs accompagner ta vie ,

Que tu tombes au point de me porter «nvie ,

Et

TRAGÉDIE. «I

Et toi bientôt souiller ,< par quelque lâchet<i ,

Cette gloire si cherc à ta brutalité 1

O ciel ! qui vit jamais une pareille rage î Crois-tu donc que je sois insensible i Toutrage ,

Que je souflFre en mon sang ce mortel déshonneur ? Aime , aime cette mort qui fait notre bonheur ,

Et préfère du moins au souvenir d’un homme ,

Ce que doit ta naissance aux intérêts de Rome.

C A M I L L Xk '

Rome, l’unique objet démon ressentiment !

Rome , à qui vient ton bras d’immoler mon amant! Rome qui t’a vu naître et que ton coeur adore l Rome enfin que je hais , parce qu’elle t’honore ! Puissent tous scs voisins , cnscmbic conjurés ,

Sapper scs fondemens encor mal assurés ;

Et , si ce n’est assez de toute l’Itaiic,

Que l’Orient, contre elle , à l’Occident s’allie ;

Que cent peuples unis des bouts de l’univers Passent , pour la détruire , et les monts et les rhers ; Qu’clle-mcme sur soi renverse scs murailles ,

Et de ses propres mains déchire scs entrailles ;

Que le courroux du ciel, allumé par mes voeux,

Fasse pleuvoir sur clic un déluge de feux 1 Puissai-jc de mes yeux y voir tomber ce foudre ,

Voir ses maisons en cendre et tes lauriers en poudre , Voir le dernier Romain à son dernier soupir ,

Moi seule en être cause, et mourir de plaisir f

<^1 HORACE

Horace, mettant Vépe'e à la mata , et poursuivant ta saur qui s'enfuit.

C'est trop , ma passion à la raison fait place.

Va dedans les enfers plaindre ton Curiace.

Camille, hlessee derrière le théâtre.

Ah , traître !

Horace, revenant sur le théâtre.

Ainsi reçoive un châtiment soudain Quiconque ose pleurer un ennemi Romain.

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