‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 46 sur 105 · É V ANDRE · texte numérisé non relu

É V ANDRE

Seigneur , César vous mande, et Maxime avec vous.

Et Maxime avec moi ! Le sais-tu bien , Évandre ? Évandre.

Polycletc est encor chez vous à vous attendre ,

Et fût venu lui-même avec moi vous chercher ,

Si ma dextérité n’eût su l’en empêcher.

Je vous en donne avis, de peur d’une surprise.

Il presse fort.

Mander les chefs de l’entreprise !

Tous deux ! en meme tems ! Vous êtes découverts.

Espérons mieux , de grâce !

Ah ! Cinna , je te perds I Et les Dieux , obstinés à nous donner un martre ,

Parmi tes vrais amis ont mêlé quelque traître.

TRAGÉDIE. n

Il n’cn faut point douter , Auguste a tout appris.

Quoi 1 tous deux , et si-tôt que le conseil est pris !

Je ne vous puis céler que son ordre m’étonne;

Mais souvent il m’appelle auprès de sa personne : Maxime est comme moi de ses plus confidens ,

£t nous nous alarmons peut-être en imprudent.

Sois moins ingénieux à te tromper toi-même *

Cinna , ne porte point mes maux jusqu’i l’extrême ; Et, puisque désormais tu ne peux me venger.

Dérobe au moins ta tête à ce mortel danger.

Fuis d’Auguste irrité l’implacable colere ;

Je verse assez de pleurs pour la mort de mon pere î N’aigris point ma douleur par un nouveau tourment , Et ne me réduis point à pleurer mon amant I

Cinna.

Quoi ! sur l’illusion d’une terreur panique ,

Trahir vos intérêts et la cause publique l Far cette lâcheté , moi-même m’accuser ,

Et tout abandonner, quand il faut tout oser!

Que feront nos amis si vous êtes déçue?

Mais que deviendras-tu si l’entreprise est sue ?

Cinna.

S’il est pour me trahir des esprits assez bas ,

Ma vertu pour le moins ne me trahira pas ;

Vous la verrez brillante au bord des précipices ,

Se couronner de gloire en. bravant les supplices, Rendre Auguste jaloux du sang qu’il répandra ,

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Et le faire trembler alors qu’il me perdra.t.»

Je deviendrois suspect à tarder davantage.

Adieu. Raffermissez ce généreux courage.

S'il faut subir le coup d’un destin rigoureux ,

Je mourrai tout ensemble heureux et malheureux: Heureux pour vous servir de perdre ainsi la vie ; Malheureux de mourir sans vous avoir servie.

Oui , va , n’écoute plus ma voix qui te retient î Mon trouble se dissipe; et ma raison revient : Pardonne à mon amour cette indigne foiblesse !

Tu voudrois fuir en vain , Cinna , je le confesse »

Si tout est découvert, Auguste a su pourvoie A ne te laisser pas ta fuite en ton pouvoir.

Porte , porte chez lui cette mâle assurance.

Digne de notre amour, digne de ta naissance; Meurs , s’il y faut mourir , en citoyen Romain ,

Et par un beau trépas couronne un beau dessein.

Ne crains pas qu’après toi tien ici me retienne ;

Ta mort emportera mon aine vers la tienne.

Et mon coeur aussi-tôt percé des mêmes coups. . .

Ah ! souffrez que tout mort, je vive encore en vous , Et du moins en mourant permettez que j’espere ' Que vous saurez venger l’amant avec le pere !

Rien n’est pour vous à craindre , aucun de nos amis Ne sait ni vos desseins , ni ce qui m’est promis ;

Et , leur parlant tantôt des miscres Romaines ,

Je leur ai tû la mort qui fait naître nos haines , peur que mon ardeur touchant vos intétets »

, D’un si parfait amour ne trahît les secrets.

Il n’est su que d’Évandre et de votre Fulvic.

Avec moins de frayeur je" vais donc cher Livie » Puisque dans ton péril il me reste un moyen De faire agir pour toi son crédit et le mien.

Mais si mon amitié par-là ne te délivre ,

N’esperc pas qu’enfin je veuille te survivre ;

Je-fais de ton destin des réglés à mon sort >

It j’obtiendrai ta vie, ou je suivrai ta mort.

Gl N K A.

Soyez , en ma faveur, moins cruelle à vous-même.

Va-t-en , et souviens-toi seulement que je t’aime.

Fin du premier Acte,

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