AUGUSTE
Auguste.
Songe avec quel amour j’dlevai ta jeunesse.
11 dieva la vôtre avec même tendresse :
11 fut votre tuteur , et vous son assassin ,
Et vous m’avez au crime enseigné le chemin.
Le mien d’avec le vôtre en ce point seul différé »
Que votre ambition s’est immolé mon perc ,
Et qu’un juste courroux dont je me sens brûler «
A son sang innocent vouloic vous immoler.
C*en est trop , imilie , arrête et considéré Qu’il t’a trop bien payé les bienfaits de ton pere S Sa mort, dont la mémoire allume ta fureur.
Fut un crime d’Octave , et non de l’Empereur.
Tous ces crimes d’Érat qu’on fait pour la couronne.
Le Ciel nous en absout alors qu’il nous la donne i Et dans le sacré rang où sa faveur l’a mis,
Le passé devient juste et l’avenir permis.
Qui peut y parvenir ne peut être coupable ;
Quoi qu’il ait fait ou fasse, il est inviolable.
>Tous lui devons nos biens , nos jours sont en sa main p Et jamais on n’a droit sur ceux du Souverain.
Aussi dans le discours que vous venez d’entendre.
Je parlois pour l’aigrir , et non pour me défendre. Punissez donc , Seigneur, ces criminels appas.
Qui de vos favoris font d’illustres ingrats !
Tranchez mes tristes jours pour assurer les vôtres ;
Si j’ai séduit Cinna» j’en séduirai bien d’autres :
Digilized by Goc^le
Ec je suis plus à craindre , et vous plus en danger •
Si j’ai l’amour ensemble et le sang à venger.
Que vous m’ayiei séduit, et que je soufFre encore D’être déshonoré par celle que j’adore !
Scignéur , la vérité doit ici s’exprimer ;
J’avois fait ce dessein avant que de l’aimer.
A mes plus saints désirs la trouvant inflexible p 3e crus qu’à d’autres soins elle seroit sensible i Je parlai de son pere et de votre rigueur ,
Et l’offre de mon bras suivit celle du coeur.
Que la vengeance est douce à l’esprit d’une femme t Je l’attaquai par-là, par-là je pris son amci Dans mon peu de mérite elle me négligeoie »
Et ne put négliger le bras qui la vengcoic.
Elle n’a conspiré que par mon artifice i
}’cn suis le seul auteur , elle n’est que complice.
Cinna , qu’oses-tu dire ? Est-ce là me chérir ,
Que de m’ôter l’honneur quand il me faut mourir ?
Cinna.
Mourez i mais en mourant ne souillez point ma gloire»
La mienne se flétrit , si César te veut croire.
Cinna.
Et la mienne se perd , si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups.
Eh bien 1 prends-en ta part, et me laisse la mienne •
Ce seroit l’affoiblic , que d’aflfbibiix U tienne ;
ta gloire et le plaisir , la honte et les tourmens ,
Tout doit être commun entre de vrais amans..,.
Nos deux âmes , Seigneur , sont deux aines Romaines ; Unissant nos désirs « nous unîmes nos haines.
De nos parens perdus le vif ressentiment Nous apprit nos devoirs en un même moment ;
En ce noble dessein nos cœurs se rencontrèrent «
Nos esprits généreux ensemble le formèrent ;
Ensemble nous cherchons l’honneur d’un beau trépas S Vous vouliez nous unir , ne nous séparez pas.
Oui , je vous unirai , couple ingrat et perfide ,
Et plus mon ennemi qu’ Antoine, ni Lépidc ;
Oui , je vous unirai , puisque vous le voulez ;
Il faut bien satisfaire aux feux dont vous brûlez ,
Et que tout Tunivers , sachant ce qui m’anime ,
S’étonne du supplice aussi-bien que du crime
Mais enfin le Ciel m’aime, et ses bienfaits nouveaux Ont arraché Maxime à la fureur des eiux.