‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 65 sur 105 · AUGUSTE · texte numérisé non relu

AUGUSTE

Auguste.

Songe avec quel amour j’dlevai ta jeunesse.

11 dieva la vôtre avec même tendresse :

11 fut votre tuteur , et vous son assassin ,

Et vous m’avez au crime enseigné le chemin.

Le mien d’avec le vôtre en ce point seul différé »

Que votre ambition s’est immolé mon perc ,

Et qu’un juste courroux dont je me sens brûler «

A son sang innocent vouloic vous immoler.

C*en est trop , imilie , arrête et considéré Qu’il t’a trop bien payé les bienfaits de ton pere S Sa mort, dont la mémoire allume ta fureur.

Fut un crime d’Octave , et non de l’Empereur.

Tous ces crimes d’Érat qu’on fait pour la couronne.

Le Ciel nous en absout alors qu’il nous la donne i Et dans le sacré rang où sa faveur l’a mis,

Le passé devient juste et l’avenir permis.

Qui peut y parvenir ne peut être coupable ;

Quoi qu’il ait fait ou fasse, il est inviolable.

>Tous lui devons nos biens , nos jours sont en sa main p Et jamais on n’a droit sur ceux du Souverain.

Aussi dans le discours que vous venez d’entendre.

Je parlois pour l’aigrir , et non pour me défendre. Punissez donc , Seigneur, ces criminels appas.

Qui de vos favoris font d’illustres ingrats !

Tranchez mes tristes jours pour assurer les vôtres ;

Si j’ai séduit Cinna» j’en séduirai bien d’autres :

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Ec je suis plus à craindre , et vous plus en danger •

Si j’ai l’amour ensemble et le sang à venger.

Que vous m’ayiei séduit, et que je soufFre encore D’être déshonoré par celle que j’adore !

Scignéur , la vérité doit ici s’exprimer ;

J’avois fait ce dessein avant que de l’aimer.

A mes plus saints désirs la trouvant inflexible p 3e crus qu’à d’autres soins elle seroit sensible i Je parlai de son pere et de votre rigueur ,

Et l’offre de mon bras suivit celle du coeur.

Que la vengeance est douce à l’esprit d’une femme t Je l’attaquai par-là, par-là je pris son amci Dans mon peu de mérite elle me négligeoie »

Et ne put négliger le bras qui la vengcoic.

Elle n’a conspiré que par mon artifice i

}’cn suis le seul auteur , elle n’est que complice.

Cinna , qu’oses-tu dire ? Est-ce là me chérir ,

Que de m’ôter l’honneur quand il me faut mourir ?

Cinna.

Mourez i mais en mourant ne souillez point ma gloire»

La mienne se flétrit , si César te veut croire.

Cinna.

Et la mienne se perd , si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups.

Eh bien 1 prends-en ta part, et me laisse la mienne •

Ce seroit l’affoiblic , que d’aflfbibiix U tienne ;

ta gloire et le plaisir , la honte et les tourmens ,

Tout doit être commun entre de vrais amans..,.

Nos deux âmes , Seigneur , sont deux aines Romaines ; Unissant nos désirs « nous unîmes nos haines.

De nos parens perdus le vif ressentiment Nous apprit nos devoirs en un même moment ;

En ce noble dessein nos cœurs se rencontrèrent «

Nos esprits généreux ensemble le formèrent ;

Ensemble nous cherchons l’honneur d’un beau trépas S Vous vouliez nous unir , ne nous séparez pas.

Oui , je vous unirai , couple ingrat et perfide ,

Et plus mon ennemi qu’ Antoine, ni Lépidc ;

Oui , je vous unirai , puisque vous le voulez ;

Il faut bien satisfaire aux feux dont vous brûlez ,

Et que tout Tunivers , sachant ce qui m’anime ,

S’étonne du supplice aussi-bien que du crime

Mais enfin le Ciel m’aime, et ses bienfaits nouveaux Ont arraché Maxime à la fureur des eiux.

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