‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 66 sur 105 · AUGUSTE , LIVIE , CINNA , M AXIME , EMILIE · texte numérisé non relu

AUGUSTE , LIVIE , CINNA , M AXIME , EMILIE

FÜLVIE.

Auguste.

A-Ppaoche , seul ami que j’dprouve fîdele. Maxime.

Honorez moins , Seigneur , une ame criminelle. Auguste.

Ne parlons plus de crime après ton repentir ,

Après que du péril tu m’as su garantir ;

C’est à toi que je dois et le jour et l’Empire.

Maxime.

De tous vos ennemis , connoissez mieux le pire.

Si vous régnez encor , Seigneur , si vous vivez >

C’est ma jalouse rage à qui vous le devez.

Un vertueux remords n’a point touché mon ame ; Pour perdre mon rival , j’ai découvert sa trame : Euphorbe vous a feint que je m’étois noyé ,

De crainte qu’après moi vous n’cussicz envoyé.

Je voulois avoir lieu d’abuser Émilic »

Effrayer son esprit , la tirer d’Italie y Et pensois la résoudre à cet enlèvement ,

Sous l’espoir du retour pour venger son amant.

Mais au lieu de goûter ces grossières amorces >

Sa vertu combattue a redoublé scs forces ;

Elle a lu dans mon coeur. Vous savez le surplus >

F.t je vous en ferois des récits superflus.

Vous voyez le succès de mon lâche artifice ;

Si pourtant quelque grâce est due à mon indice.

Faites périr Euphorbe au milieu des tourmens.

Et souffrez que je meure aux yeux de ces amans.

J’ai trahi mon airti , ma maîtresse , mon maître ,

Ma gloire, mon pays , par l’avis de ce traître i Et croirai toutefois mon bonheur infini ,

Si je puis m’en punir après l’avoir puni.

Auguste.

En est-ce assez , 6 Ciel ! et le sort pour me nuire

A-t-il quelqu’un des miens qu’il veuille encor séduire î

Qu’il joigne à scs efforts le secours des enfers.

Je suis maître de moi comme de l’univers ;

Je le suis , je veux l’ctrc. O siècles ! 6 mémoire,.'

Conservez à jamais ma dernicre victoire î

Je triomphe aujourd’hui du plus juste courroux

De qui le souvenir puisse aller jusqu’à vous.

Soyons amis , Cinna , c’est moi qui t’en convie }

Comme à mon ennemi je t’ai donné la vie ,

Et, malgré la fureur de ton lâche dessein ,

Je te la donne encor comme à mon assassin.

Commençons un combat qui montre par l’issue

Qui l’aura mieux de nous ou donnée , ou reçue.

Tu trahis mes bienfaits , je les veux redoubleri

Je t’en avois comblé , je t’en veux accabler.

Avec cette beauté que je t’avois donnée ,

Heçois le Consulat pour la prochaine année...

Aime Cinna , ma fille , en cet illustre rang ,

Préfercs-en la pourpre à celle de mon sang.,

G lij

Apprends sur mon exemple à vaincre ta colerc :

Te rendant un (Jpoux , je te rends plus qu’un pere.

Emilie.

Et je me rends , Seigneur , à ces hautes bontés i Je recouvre la vue auprès de leurs clartc's.

Je connois mon forfait qui me sembloit justice >

Et , ce que n’avoit pu la terreur du supplice ,

Je sens naître en mon amc un repentir puissant ,

Et mon coeur en secret me dit qu’il y consent.

Le Ciel a résolu votre grandeur suprême ,

Et pour preuve , Seigneur, je n’en veux que moi-meme» J’ose avec vanité me donner cet éclat ,

Puisqu’il change mon coeur , qu’il veut changer l’Ètat. Ma haine va mourir, que j’ai crue immortelle :

Elle est morte , et ce coeur devient sujet fidele;

Et , prenant désormais cette haine en horreur , L’ardeur de vous servir succédé à sa fureur.

Seigneur, que vous dirai-je, après que nos offenses Au lieu de châtimens trouvent des récompenses 1 O vertu sans exemple ! ô clémence qui rend Votre pouvoir plus juste , et mon crime plus grand 1 Auguste.

Cesse d’en retarder un oubli magnanime ,

Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime :

Il nous a trahi tous ; mais ce qu’il a commis Vous conserve innocens, et me rend mes amis.,..

( A Maxime. )

Keprends auprès de moi ta place accoutumée»

Rentre dans ton crédit et dans ta renommée :

DIgitiz:

Qu’Eiiphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour.

Et que demain l’hymen couronne leur amour.

Si tu l’aimes encor, ce sera ton supplice.

Maxime.

Je n’en murmure point, il a trop de justice ;

Et je suis plus confus , Seigneur, de vos bontds ,

Que je ne suis jaloux du bien que vous m’ôtez.

Souffrez que ma vertu dans mon cœur rappellc'e Vous consacre une foi lâchement violée ;

Mais si ferme à présent , si loin de chanceler ,

Que la chute du Ciel ne pourroit l’ébranler.

Fuisse le grand moteur des belles destinées.

Four prolonger vos jours, retrancher nos années 1 Et moi , par un bonheur dont chacun soit jaloux , Perdre pour vous cent fois ce que je tiens de vouai

Ce n’est pas tout , Seigneur , une céleste flamme D’un rayon prophétique illumine mon ame.

Oyez ce que les Dieux vous font savoir par moi;

De votre heureux destin c’est l’immuable loi.

Apres cette action vous n’avez rien à craindre :

On poctera le joug désormais sans se plaindre ,

Et les plus indomptés , renversant leurs projets , Mettront toute leur gloire à mourir vos sujets.

Aucun lâche dessein , aucune ingrats envie K’attaquera le cours d’une si belle vie;

Jamais plus d’assassins , ni de conspirateurs;

Vous avez trouvé l’art d’être maître des cœurs. E.ome, avec une joie et sensible et profonde.

Fo CINNA, TRAGÉDIE.

Se démet en vos mains de l’Empire du monde ;

Vos royales vertus lui vont trop enseigner Que son bonheur consiste à vous faire régner. D’une si longue erreur pleinement affranchie ,

Elle n’a plus de vœux que pour la Monarchie : Vous prépare déjà des Temples, des Autels,

Et le Ciel une place entre les Immortels ;

Et la postérité dans toutes les Provinces ,

Donnera votre exemple aux plus généreux Princes. Auguste.

J’en accepte l’augure, et j’ose l’espérer.

Ainsi toujours les Dieux vous daignent inspirer.

Qu’on redouble demain les heureux sacrifices » Que nous leur offrirons sous de meilleurs auspices ; Et que vos conjurés entendent publier Qu’Âaguste a tout appris et veut tout oublier.

FIN

Si

EXAMEN

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