‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 75 sur 105 · FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICF · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICF

T É Lt X.

A fille , que ton son»e

In d’étranges frayeurs ainsi que toi me plonge !

Que j’en crains les effets qui semblent s’approcher !

Quelle subite alarme ainsi vous peut toucher t

Félix.

Sévere n’est point mort.

Pauline.

Quel mal nous fait sa vie ?

Félix.

Il est le favori de l’Empereur Décie.

Pauline.

Après l’avoir sauvé des mains des ennemis ,

L’espoir d’un si haut rang lui devenoit permis.

Le destin aux grands coeurs , si souvent mal propice , Se résout quelquefois à leur faire justice.

Félix.

Il vient ici Iui-m8me.

Pauline.

11 vient]

Félix.

Tu le vas voir.

B ij

POLYEUCTE

Pauline.

C’en est trop.... Mais comment le pouvez-vous savoir?

Albin l’a rencontrd dans la proche campagne: irn ?ros de courtisans en foule l’accompagne,

Et liontrc assez quel est son rang et son crédit.... Mais, Albin, redis-lui ce que ses gens t’ont dit.

ALBIN

Vous savez quelle fut cette grande journée Que sa perte pour nous rendit si fortunée ,

Où l’Empereur captif, par sa main dégagé,

Kassura son parti déjà découragé ,

Tandis que sa vertu succomba sous le nombre:

Vous savez les honneurs qu’on fit faire à son ombre . Après qu’entre les morts on ne le put trouver i Le Roi de Perse aussi l’avoit fait enlever.

Témoin de ses hauts faits et de son grand courage. Ce Monarque en voulut connoître le visage -, on le mit dans sa tente, où, tout percé de coups. Tout mort qu’il paroissoit , il fit mille jaloux.

Là bientôt il montra quelque signe de vie :

Ce Prince généreux en eut l’amc ravie;

Et sa joie, en dépit de son dernier malheur.

Du bras qui le causoit honora la valeur.

11 en fit prendre soin, la cure en fut secrcte;

Et comme au bout d’un mois sa santé fu» parfaite, 11 offrit dignités , alliance , trésors ,

Et pour gagner Sévere il fit cent vains effort*.

Après avoir comblé scs refus de louange ,

11 envoie à Décie en proposer l’échange ,

Kt soudain l’Empereur transporté de plaisir ,

Offre au Perse son frere et cent chefs à choisir.

Ainsi revint au camp le valeureux Sévère De sa haute vertu recevoir le salaire;

La faveur de Décie en fut le digne prix.

De nouveau l’on combat et nous sommes surpris:

Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire :

Lui seul rétablit l’ordre et gagne la victoire ;

Mais si belle et si pleine , et par tant de beaux faits , Qu’on nous offre tribut «t nous faisons la paix. , L’Empereur qui lui montre une amour infinie.

Après ce grand succès l’envoie en Arménie :

Il vient en apporter la nouvelle en ces lieux ,

Et par un sacrifice en tendre hommage aux Dieux,

O ciel ! en quel état ma fortune est réduite 1

Albin.

Voilà ce que j’ai su d’un homme de sa suite ,

£t j’ai couru, Seigneur, pour vous y disposer.

Félix.

Ah! sansdoutc, ma fille, il vient pour t’épouser. L’ordre d’un sacrifice est pour lui peu de chose :

C’est un prétexte faux dont l’amour est la cause. Pauline.

Cela pourroit bien être ; il m’aimoit chèrement.

, Félix.

Que ne permettra-t-il à son ressentiment !

Et jusques à quel point ne porte sa vengeance Une juste colere avec tant de puissance è 11 nous perdra , ma fille.

B il]

Il est trop généreux.

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