FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICF
T É Lt X.
A fille , que ton son»e
In d’étranges frayeurs ainsi que toi me plonge !
Que j’en crains les effets qui semblent s’approcher !
Quelle subite alarme ainsi vous peut toucher t
Félix.
Sévere n’est point mort.
Pauline.
Quel mal nous fait sa vie ?
Félix.
Il est le favori de l’Empereur Décie.
Pauline.
Après l’avoir sauvé des mains des ennemis ,
L’espoir d’un si haut rang lui devenoit permis.
Le destin aux grands coeurs , si souvent mal propice , Se résout quelquefois à leur faire justice.
Félix.
Il vient ici Iui-m8me.
Pauline.
11 vient]
Félix.
Tu le vas voir.
B ij
POLYEUCTE
Pauline.
C’en est trop.... Mais comment le pouvez-vous savoir?
Albin l’a rencontrd dans la proche campagne: irn ?ros de courtisans en foule l’accompagne,
Et liontrc assez quel est son rang et son crédit.... Mais, Albin, redis-lui ce que ses gens t’ont dit.
ALBIN
Vous savez quelle fut cette grande journée Que sa perte pour nous rendit si fortunée ,
Où l’Empereur captif, par sa main dégagé,
Kassura son parti déjà découragé ,
Tandis que sa vertu succomba sous le nombre:
Vous savez les honneurs qu’on fit faire à son ombre . Après qu’entre les morts on ne le put trouver i Le Roi de Perse aussi l’avoit fait enlever.
Témoin de ses hauts faits et de son grand courage. Ce Monarque en voulut connoître le visage -, on le mit dans sa tente, où, tout percé de coups. Tout mort qu’il paroissoit , il fit mille jaloux.
Là bientôt il montra quelque signe de vie :
Ce Prince généreux en eut l’amc ravie;
Et sa joie, en dépit de son dernier malheur.
Du bras qui le causoit honora la valeur.
11 en fit prendre soin, la cure en fut secrcte;
Et comme au bout d’un mois sa santé fu» parfaite, 11 offrit dignités , alliance , trésors ,
Et pour gagner Sévere il fit cent vains effort*.
Après avoir comblé scs refus de louange ,
11 envoie à Décie en proposer l’échange ,
Kt soudain l’Empereur transporté de plaisir ,
Offre au Perse son frere et cent chefs à choisir.
Ainsi revint au camp le valeureux Sévère De sa haute vertu recevoir le salaire;
La faveur de Décie en fut le digne prix.
De nouveau l’on combat et nous sommes surpris:
Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire :
Lui seul rétablit l’ordre et gagne la victoire ;
Mais si belle et si pleine , et par tant de beaux faits , Qu’on nous offre tribut «t nous faisons la paix. , L’Empereur qui lui montre une amour infinie.
Après ce grand succès l’envoie en Arménie :
Il vient en apporter la nouvelle en ces lieux ,
Et par un sacrifice en tendre hommage aux Dieux,
O ciel ! en quel état ma fortune est réduite 1
Albin.
Voilà ce que j’ai su d’un homme de sa suite ,
£t j’ai couru, Seigneur, pour vous y disposer.
Félix.
Ah! sansdoutc, ma fille, il vient pour t’épouser. L’ordre d’un sacrifice est pour lui peu de chose :
C’est un prétexte faux dont l’amour est la cause. Pauline.
Cela pourroit bien être ; il m’aimoit chèrement.
, Félix.
Que ne permettra-t-il à son ressentiment !
Et jusques à quel point ne porte sa vengeance Une juste colere avec tant de puissance è 11 nous perdra , ma fille.
B il]
Il est trop généreux.