‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 84 sur 105 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

POLYEUCTE, NÉARQUl.

(^ü pensez-vous aller ?

POLYEUCTE

Au Temple où l’on m’appelle.

K é A R Qx; E.

Quoi ! vousmcicr aux voeux d’une troupe infidelle ? Oubliez-vous déjà que vous êtes Chrétien ?

POLYEUCTE

Vous , par qui je le suis , vous en souvient-il bien f

J’abhorre les faux Dieux.

POLYEUCTC.

Et moi , je les déteste.

NÉARQUl.

Je tiens leur culte impie.

POLYEUCTE

Et je le tiens funeste.

Fuyez donc leurs autels.

Je les veux renverser ,

Et mourir dans leur Temple , ou les y terrasser.

Allons, mon cher Néarque , allonsaux yeux des hommes Braver l’idolattic et montrer qui nous sommes ;

îf

C’est l’attente du Ciel, il nous la faut remplir;

Je viens de le promettre et je vais l’accomplir.

Je rends grâces au Dieu que tu m’as fait connoître De cette occasion qu’il a si-tôt fait naître.

Où déjà sa bonté, prête à me couronner.

Daigne éprouver la foi qu’il vie^t de me donner,

Ce 2ele est trop ardent » souffrei qu’il se modéré.

POLYEUCTE

On n’en peut avoir trop pour le Dieu qu’on révéré.

Vous trouverez la mort.

POLYEUCTE

Je la cherche pour lui,

N É A R Q U E. fit si ce cœur s’ébranle ?

POLYEUCTE

11 sera mon appui.

Il ne commande point que l’on s’y précipite.

POLYEUCTE

Plus elle est volontaire , et plus elle mérite.

Il suffit sans chercher d’attendre et de souffrir.

POLYEUCTE

On souffre avec regret quand on n’ose s’offrir.

Mais dans ce Temple enfin la mort est assurée. POLYEUCTE.

Mais dans le Ciel déjà la palme est préparée.

POLYEUCTE

N É A R q XJ E.

Far une sainte vie il faut la mériter.

Mes crimes en vivant me la pourroient ôter :

Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assuret Quand elle ouvre le Ciel , peut-elle sembler dure ?

Je suis Chrétien, Néarque, et le suis tout-à-fait ;

La foi que j’ai reçue aspire à son effet.

Qui fuit , croit lâchement, et n’a qu’une foi morte«

Ménager votre vie , à Dieu même elle importe i Vivez pour protéger les Chrétiens en ces lieux.

P01.YEUCTE.

L’exemple de ma mort les fortifiera mieux.

Vous voulez donc mourir ?

POLYEUCTE

Vous aimez donc à vivre !

Je ne puis déguiser que j’ai peine k vous suivre ;

Sous l’horreur des tourmens je crains de. succomber. POLYEUCTE.

Qui marche assurément n’a point peur de tomber. Dieu fait part au besoin de sa force infinie :

Qui craint de le nier , dans son ame le nie ;

11 croit le pouvoir faire et doute de sa foi.

Qui n’appréhende rien présume trop de sol.

rattendstout de sa grâce, et rien de ma fbiblesse.

Mais

Mais loin de me presser, il faut que je vous presse, b’où vient cette froideur ?

Dieu mêrheacVaifit la mort.

Poi. YEVCTT.

11 s’est ofFert pourtant : suivons ce saint effort ; Dressons-lui des aincls sur des monceaux d’idoles,

11 faut, je me souviens encor de vos p.aioics. Négliger pour lui plaire, et femme , et biens, et rang , Exposer pour sa gloire , et verser tout son sang.

Hélas rqu’avex-vous fait de cette am.our parfaire Que vous me souhaitiez et que je vous souhaite ?

S’il vous en reste encor , n’etes-vous point jnlotix Qu’à grand’ peine Chrétien j’en montre plus que vous ?

Vous sorte! du Baptême, et ce qui vous anime ,

C’est sa grâce qu’en vous n’affbiblit aucun crime : Comme encor tout entière elle agit pleinement ,

Et tout semble possible às.on feu véhément;

Mais cette même ^race en nwi diminuée ,

Et par mille péchés sans cesse exténuée.

Agit aux grands effets avec tant de langueur ,

Que tout semble impossible à son peu de vigueur. Cette indigne mollesse et ces lâches défenses ,

Sont des punitions qu’attirent mes offenses ;

Mais Dieu dont on ne doit jamais se défier ,

Mc donne votre exemple à me fortifier.

Allons , cher Poiyeucte , allons aux yeux des hommet Bravet l’idolâtrie et montret qui nous sommes ;

Puissai-je vous donner Pexcmple de souffrir , Comme vous mç donnez celui de vous ofirir i

POLYEUCTE

A cet heureux transport que le Ciel vous envoie , Je reconnois Néarque , et j’en pleure de joie.

Ne perdons plus de tems , le sacrifice est prêt : Allons-y du vrai Dieu soutenir l’intdrct i Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule: Allons en éclairer l’aveuglement fatal ,

Allons briser ces Dieux de pierre et de métal , Abandonnons nos jours à cette ardeur céleste. Faisons triompher Dieu > qu’il dispose du reste.

Allons faire éclater sa gloire aux yeux de tous ,

£t répondre avec zele à ce qu’il veut de nous.

Fin du second Acte,

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