‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 85 sur 105 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PAULINE, jcule.

VI de soucTS fiottans ! que de confus nuages Présentent à mes yeux d’inconstantes images I Douce tranquillité que ie n’ose espérer ,

Que ton divin rayon tarde à les éclairer J Mille agitations que mes troubles produisent.

Dans mon coeur ébranlé tour-à-tour se détruisent : Aucun espoir n’y coule où j’ose persister,

Aucun effroi n’y régné où j’ose m’arrêter.

Mon esprit embrassant tout ce qu’il s’imagine. Voit tantôt mon bonheur et tantôt ma ruine ,

Et suit leur vaine idée avec si peu d’effet ,

Qu’il ne peut espérer , ni craindre tout-à-fait, Sévere incessamment brouille ma fantaisie: J’espere en sa vertu , je crains sa jalousie {

Et je n'ose penser que d’un oeil bien égal Polycucte en ces lieux puisse voir son rival. Comme entre deux rivaux la haine est naturelle , L’entrevue aisément se termine en querelle ;

L’un voit aux mains d’autrui ce qu’il croit mériter. L’autre un désespéré qui peut tout attenter :

Di>

POLYEUCTE

Quelque haute raison qui règle leur courage,

I.’un conçoit tle l’envie et l’autre de l’ombrage ; l a home d’un afFroqt , qup chacun d’eux croit voir , Ou de nouveau reçue , ou prête à rece^'oir » Consumant des l’abord toute leur patience.

Forme de la colère et de la défiance ,

Et saisissant ensemble et l’époux et l’amant En dépit d’eux les livre à leur ressentiment.

Mais que je me ligure une étrange chimere ,

Et que je traite mai Polyeucte et Sévère ,

Comme si la vertu de ces fameux rivaux Ne pouvoit s’affranchir de ces communs défauts 1 Leurs âmes à tous deux , d’eiles-mêmcs maîtresses. Sont d’un ordre trop haut pour de telles bassesses :

Ils se verront au Temple en hommes généreux ;

Mais las ! ils se verront, et c’est beaucoup pour eux. Que sert à mon époux d’être dans Mélitene ,

Si contre lui Sévère arme l’aigle Romaine,

Si mon pere y commande et craint ce Favori,

Et se repent dé|a du choix de mon mari ?

Si peu que j’ai d’espoir ne luit qu’avec contrainte : En naissant il avorte et fait place à la crainte :

Ce qui doit raffermir sert à le dissiper, pieux ! faites que ma peur puisse cnbn se tromper..., sachons-cn l’issue.

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