‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 86 sur 105 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

PAULINE, STRATONICE

Eh bien ! ma Stratonicc , Comment s’* St terminé ce pompeux sacriface î Ces rivaux généreux au Temple se sont vus { STRATONICE.

Ah ! Pauline !...

Pauline.

Mes voeux ont-ils été déçus î J’en vois sur ton visage une mauvaise marque.

Se sont-ils querelles i

Polyeuctç , Néarque ,

Les Chrétiens...

Pauline.

Parle donc, les Chrétiens ?

STRATONICE

Pauline.

Je ne puis.

Tu prépares mon amcà d’érranges ennuis.

STRATONICE

Vous n’en sauriez avoir une plus juste cause.

Paulin font-ils assassiné î *

D iij

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rOLYEUCTE,

Stratonice.

Ce scioit peu de chose.

Tout votre songe est vrai, Polycucte n’est plus..*

Pauline.

Il est mort !

Stratonice.

Non, il vif, mais , ô pleurs superfius } Ce courage si grand , cette amc si divine N’est pins digne du jour , ni digne de Pauline. Ce n’est plus cet époux si ch.-irmant à vos yeux , C’est l’ennemi commun de l’État et des Dieux, Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide. Un traître, un scélérat , un Lâche, un parricide.

Une peste exécrable à tous les gens de bien ,

Un sacrilfcge impie , en un mot , un Chrétien.

Pauline.

Ce mot aurolt suffi sans ce torrent d’injures. Stratonice.

Ces titres aux Chrétiens sont-cc des impostures ?

11 est ce que, tu dis s’il embrasse leur foi ;

Mais il est mon époux, et tu parles à moi.

Stratonice.

Ne considérci plus que le Dieu qu’il adore.

Pauline.

Je l’aimai par devoir , ce devoir dure encore.

Il vous donne à présent sujet de le haïr;

^ui tralrit tous nus Dieux , auroit pu vous tralrtf.

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Je l’aimerois encor , quand il m’auroit trahie}

Et, si de tant d’amour tu peux être dbahie ,

Apprends que mon devoir ne dépend point du sicni Qu’il y manque , s’il veut, je do $ faire le mien.

Quoi ] s’il aimoit ailleurs , scrois-jc dispensée A suivre , à son exemple , une ardeur insensée ! Quelque Chrétien qu’il soit, je n’en ai pointd’horrcur J Je chéris sa personne, et je hais son erreur.

Mais quel ressentiment en témoigne mon pere î

. Stratonice.

Une secrcte rage , Han excès de colère ,

Malgré qui , toutefois , un reste d’amitié Montre pour Polyeuctc encor quelque pitié :

Il ne veut point sur lui faire agir sa justice.

Que du traître Néarque il n’ait vu le supplice,

Pauline,

Quoi ! Néarque en est donc ?

Stratonicï.

Néarque l’a séduit:

De leur vieille amitié c’est là l’indigne fruit.

Ce perfide tantôt , en dépit de lui-même.

L’arrachant de vos bras, le traînoi: aultapteme.

Voilà ce grand secret, et si mystérieux Que n’en pouvoir tirer votre amour curieux, Pauline.

Tume blâmois alors d’être trop importune»

Je ne picvoyois pas une telle iufo.rtun^* . . ..

44 POLYEUCTE

Ÿ X V Ï.ÎV %. ,

ATâiît qu’abandonner mon amc 2 mes douleur* ,

Il me faut essayer la force de mes pleurs :

En qualité de femme ou de fille j’espere

Qu’ils vaincront un époux , ou fléchiront un pore ;

Que si sur l’un et l’autre ils manquent de pouvoir ,

Je ne prendrai conseil que de mon désespoir. Apprends-moi cependant ce qu’ils ont fait au Temple. Stratonicb.

C’est une impiété qui n’eut jamais d’exemple >

Je ne puis y penser sans frémir 2 l’instant,

Et crains de faire un crime en vous la racontant : Apprenez, en deux mots leur brutale insolence.

Le Prêtre avoit à peine obtenu du silence.

Et devers l’orient assuré son aspect ,

Qu’ils ont fait éclater leur manque de respect •

A chaque occasion de la cérémonie ,

A l’cnvi l’un et l’autre étaloit sa manie ,

Des mystères sacrés hautement se moquoit ,

Et traitoit de mépris les Dieux qu’on invoquoit.

Tout le Peuple en murmure , et Félix s’en offense i Mais tous deux s’emportant à plus d’irrévérence :

« Quoi ! lui dit Polyeucte , en élevant sa voix ,

» Adorez-vous* des Dieux ou de pierre ou de bois ? » Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes Qu’ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes»

L’ adultère et l’inceste en étoient les plus doux, cc Oyez, dit-il ensuite , oyez Peuple , oyez tous. , » Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque ,

» De la Terre et du Ciel est l’absolu Monarque »

« Seul Être indépendant , seul Maître du destin ,

Seul principe éternel et souveraine fin.

C’est ce Dieu des Chrétiens qu’il faut qu’on remercie M Des vicroires qu’il donne à l’Empereur Déoic ;

« Lui seul tient en sa main le succès des combats : n 11 le veut élever ; il le peut mettre à bas.

« Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense; n C’est lui seul qui punit , lui seul qu< récompense.

33 Vous adorer en vain des monstres impuissans.

Se jettant , à ces mots, sur le vin et l’encens ,

Après en avoir mia les saints vases par terre ,

Sans crainte de Félix, sans crainte du tonnerre. D’une fureur pareille ils courent à l’Autel, deux ! a-t-on vu jamais , a-t-on vu rien de tel ?

Du plus puissant des Dieux nous voyons la statue Paruiic main impie à leurs pieds abattue.

Les mystères troubles , le Temple profané ,

La fuite et les cLameurs d’un peuple mutiné ,

Qui craint d’etre accablé sous le courroux céleste , ïélix. . . . Mais le voici qui vous dira le reste.

Que son visage est sombre et plein d’émotion J Qu’il montre de tristesse et d’indignation i

POLYEUCTE

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