‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 98 sur 105 · SEVERE · texte numérisé non relu

SEVERE

^^u*EST ceci, Fabian i quel nouveau coup de foudre Tombe sur mon bonheur et le réduit en poudre i Plus je l’estime près , plus il est éloigné :

Je trouve tout perdu quand je crois tout gagné ;

Et toujours la fortune, à me nuire obstinée ,

Tranche mon espérance aussi-tôt qu’elle est née.

Avant qu’olfirir des voeux je reçois des refus ,

Toujours triste , toujours et honteux et confus ,

De voir que lâchement elle ait osé renaître ,

Qu’cncor plus lâchement elle ait oséparoitre ,

Et qu’une femme, enhn, dans la calanüté Me fasse des leçons de générosité.,.

Votre belle amc est haute autant que malheureuse , Mais elle est inhumaine autant que généreuse , Pauline, et vos douleurs, avec trop de rigueur,

D’un amanr tout à vous tyrannisent le ctrur.

C’est donc peu de vortS perdre , i! f.rut que je vousdonne, Que je serve un rival lorsqu’il vous abandonne ,

St que , pat un cruel et généreux effort y

Pour vous rendre en scs mains je l’arrachei a la mort,

Laisser à son destin cette ingrate famille ;

Qu’il accorde, s’il veut, le pere avec la fille, Polycucte ei Félix , l’épouse avec l’cpoux.

D’un si cruel effort quel prix espérez- vous ?

la gloire de montfcr à cette ame si belle.

Que Sévere l’égale , et qu’il est digne d’elle. Qu’elle m’etoit bien due , et que l’ordre des Cieux, En me la refusant, m’est trop injurieux.

Sans accuser le sort , ni le Ciel d’injustice.

Prenez garde au péril qui suit un tel service.

Vous hasardez beaucoup, Seigneur, pensez-y bien. Quoi! vous entreprenez de sauver un Chrétien? Pouvez-vous ignorer pour cette secte impie Quelle est et fur toujours la haine de Décie?

C’est un crime vers lui si grand, si capital.

Qu’à votre faveur même il peut être fatal.

Cet avis seroit bon pour quelque ame commune.

S’il tient entre scs mains ma vie et. ma fortune ,

Je suis encor Sévere , et tout ce grand pouvoir Ne peut rien sur ma gloire et rien sur mon devoir ,

Ici l’honneur m’oblige , et j’y veux satisfaire t Qu’après le sort se montre ou propice ou contraire. Comme son naturel est toujours inconstant , Périssant glorieux, je périrai content.

POLYEUCTE

Je te dirai bien plus , mais avec confidence :

La secte des Chrétiens n’est pas ce que l’on pense.

On les hait ; la raison, je ne la connois point ,

Ft je ne vois Decie injuste qu’en ce point.

Pat curiosité j’ai voulu les connoître ;

Ou les tient pour sorciers dont l’cnfcr est le maître ,

Et sur cette croyance on punit du tiiîpas Des mystères secrets que nous n’entendons pas.

Mais Cérès Eleusinc , et la bonne Déesse

Ont leurs secrets comme eux à Borne et clans la Grèce î

Encore impunément nous souffrons en tous lieux ,

Leur Dieu seul excepté , tonte sorte de Dieux ;

Tous les monstres d’Egypte ont leurs Temples dans Borne i

Nos aveux à leur gré faisoient un Dieu d’un homme i Et leur sang parmi nous conservant leurs erreurs >

Nous remplissons le Ciel de tous nos Empereurs.

7vlais à parier sans fard de tant d’apothéoses ,

1,’cffet est bien douteux de ces métamorphoses,

l.cs Chrétiens n’ont eju’un Dieu, maître absolu détour ,

De qui le seul vouloir fait tout ce qu’il résout ;

Mais si j’ose entre nous dire ce qui me semble ,

Les nôtres bien souvent s’accordent ma! ensemble -,

Lr , me dût leur colcrc écraser à tes yeux ,

Nous en avons beaucoup pour être de vrais Dieux.

Enfin chez les Chrétiens les mexurs sont innocences,

Les vices détestés, les vertus fiotissantes ;

Ils font des vceux pour nous qui les persécutons :

Et depuis tant de tems que nous les tourmentons ,

Lu a-c-on vu mutins ? les a-t-on vu tebcUcs ^

Nus

Nos Princes ont-ils eu des soldats plus fidèles ? furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux , Et lions au combat , ils meurent en agneaux.

J’ai trop de pitié d’eux pour ne les pas défendre

Allons trouver Félix ; commençons par son gendre , Et contentons ainsi d’une seule action ,

Et Pauline, et ma gloire, et ma compassion.

Fin du quacrieme Act€^

POLYEUCTE

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