‹ Horace, tragedie de P. CorneilleChapitre 99 sur 105 · FÉLIX, ALBIN, CLÉON, GARUES · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN, CLÉON, GARUES

Pi L I X.

A-ï-bin , as-tu bien vu la fourbe de Sévère?

As-tu bien vu sa haine , et vws-tu ma misère î

Albin.

Je n*ai vu rien en lui qu’un rival généreux ,

Et ne vois rien en vous qu’un pere rigoureux.

Félix.

Que tu discernes mal le coeur d’avec la mine î Dans l’ame il hait Félix et dédaigne Pauline »

Et, s’il l’aima jadis, il estime aujourd’hui Les restes d’un rival trop indignes de lui.

Il parle en sa faveur, il me prie, il menace.

Et me perdra, dit- il, si je ne lui fais grâce; Tranchant du généreux il croit m’épouvanter : L’artihcc est trop lourd pour ne pas l’éventer.

Je sais des gens de Cour quelle esr la politique;

J’en connois mieux que lui la plus fine pratique :

C’est en vain qu’il tcropctc et ftint d’éuc en futeur »

Te vois ce qu’il prétend auprès de l'Empereur.

De ce qu’il me demande , il m’y feroit un crime : Epargnant son rival , je serois sa victime;

Et s’il avoit affaire à quelque mal-adroit.

Le piège est bien tendu , sans doute il le perdrolt. Mais un vieux Courtisan est un peu moins crédule : Il voit quand on le joue et quand on dissimule;

Et moi j’en ai tant vu de toutes les façons ,

Qu’à lul-meme au besoin j’en ferois des leçons.

Albin.

Dieux ! que vous vous gênez par cette défiance !

Pour subsister en Cour c’est la haute science.

Quand un homme une fois a droit de nous haïr. Nous devons présumer qu’il cherche à nous trahir ; Toute son amitié nous doit être suspecte.

Si Polyeucte enfin n’abandonne sa secte ,

Quoi que son protecteur ait pour lui dans l'esprit ,

Je suivrai hautement l’ordre qui m’est prescrit.

Albin.

Grâce, grâce, Seigneur ! que Pauline l’obtienne,

Félix.

Celle de l’Empereur ne suivroit pas la mienne ;

Et , loin de le tirer de ce pas hasardeux ,

Ma bonté ne feroit que nous perdre tous deux.

Albin.

Mais sévère promet. . . .

Félix.

Albin, je m’endéfie.

Et connois mieux que lui la haine de Décic.

G ii

En faveur des Chrétiens s’il choquoit son courroux» Lui-meme assurément se perdroit avec nous.

Je veux tenter pourtant encore une autre voie....

( A Cle'on. )

Amenez Polycucte , et si je le renvoie.

S’il demeure insensible à ce dernier effort ,

Au sortir de ce lieu qu’on lui donne la mort.

( CUon sort, J

Albin.

Votre ordre est rigoureux.

F lî L I X.

Il faut que je le suive ,

Si je veux empêcher qu’un désordre n’arrive.

Je vois le peuple ému pour prendre son parti;

Et toi-même tantôt tu m’en as averti.

Dans ce zèle pour lui qu’il fait déjà paroître.

Je ne sais si long tems j’en pourrois être maître r Peut-être des demain , dès la nuit, dès ce soir.

J’en verrois des effets que je ne veux pas voir»

Et Sévere , aussi-tôt courant à sa vengeance ,

M’iroit calomnier de quelque intelligence.

Il faut rompre ce coup qui me scroit fatal.

Albin.

Que tant de prévoyance est un étrange mal !

Tout vous nuit, tout vous perd , tout vous fait de l'onn brage ;

Idais voyez que sa mort mettra ce peuple en rage; Que c’est mal le guérir que le désespérer.

Félix.

En vain après sa mort il voudra murmurer (

Et s’il ose venir à quelque violence ,

C’est à faire à edder deux jours à l’Insolence:

J'aurai fait mon devoir > quoi qu’il puisse arriver...» Mais Polyeucte vient , tachons à le sauver....

Soldats, retirex-vous et gardex-bicn la porte.

( Les Gardes se retirent. )

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