‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 104 sur 159 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

SABINE

Prenons parti, mon âme, en de telles disgrâces ;

Soyons femme d'Horace, ou sœur des Curiaces ;

Cessons de partager nos inutiles soins;

Souhaitons quelque chose, et craignons un peu moins.

Mais, las! quel parti prendre en un sort si contraire? 745

Quel ennemi choisir, d'un époux ou d'un frère?

La nature ou l'amour parle pour chacun d'eux.

Et la loi du devoir m'attache à tous les deux.

Sur leurs hauts sentiments ré.^lons plutôt les nôtres;

Soyons femme de l'un ensemble et sœur des autres; 720

Regardons leur honneur comme un souverain bien;

Imitons leur constance, et ne craignons plus rien.

La mort qui les menace est une mort si belle

Qu'il en faut sans frayeur attendre la nouvelle.

711. Prendre parti, se décider, choisir entre deux partis opposés :

Faites, prenez parti, qne^rien ne vour arrête {Misanthrope, IV. 3.)

« Ce monologae de Sabine est absolument i utile et fuit languir la pièce. Les comédiens voulaient alors des monologues. La déclamation approchait du chant, surtout celle des femmes ; les auteurs avaient cette complaisance pour elles. Sabine s'adresse à sa pensée, la retourne, répète ce qu'elle a dit, oppose parole à parole. » Cette critique dé Voltaire est fondée, mais ne s'attaque à rien moin<; qu'à l'esprit du théâtre de Corneille et du théâtre classique en général. Si les monologues y abondent, c'est que le monologue est un merveilleux instrument d'analyse morale, et que les contemporains, curieux de ces étudcj, sacrifiaient volontiers la rapidité de l'action au plaisir délicat de pénétrer le fond de l'âme ■ humaine. Aujourd'hui, au contraire, l'action est tout, et le poète serait mal venu

Î|ui interi'omprait le cours du drame par des dissertations semblables au monoogue de Sabine.

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