Var. On ne compare point des nœuds si différents
C'est un raisonnement b'en mauvais que le vôtre.
Quoique ce soient, ma sœur, des nœuds bien difTérents,
C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents :
L'bymen n'etface point ces profonds caractères;
Pour aimer un mari, Ton ne hait pas ses frères; 900
La nature en tout temps garde ses premiers droits;
Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix ;
Aussi bien qu'un époux ils sont d'autres nous-mêmes,
Et lous maux sont pareils alors qu'ils sont extrêmes.
Mais l'amant qui vous charme et pour qui vous brûlez 905
Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez;
Une mauvaise humeur, un peu de jalousie.
En fait assez souvent passer la fantaisie.
Ce que peut le caprice, osez-le par raison,
Et laissez votre sang hors de comparaison : 910
C'est crime qu'opposer les liens volontaires
A ceux que la naissance a rendus nécessaires.
Si donc le ciel s'obsline à nous persécuter.
Seule j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter;
Mais, pour vous, le devoir vous donne, dans vos plaintes, 915
896. « Il est clair que ces « raisonnements » sont nécessairement froids, e* qu'une soeur et une amante, pendant que le frère et l'amant sont aux mains, doiven' laire autre chose que raisonner, n (La Harpe.) Le mot est malheureux, et plus malhcii" reux encore sera le mot d'florace tuant sa sœur: « Ma patience à la raiion hr place. .> Ce sont là des pnuchories d'expression qui échappaient parfois à Corneille-
899. Caraclrrcs, pris ici au figuré, garde toute Toncrgie de son sens propre : marques distinctives, profondément gravées.
900. Pour aimer un mari, parce qu'on aime un mari ; tour plus vif et plus poétique :
Pour être pins qu'un roi, tu te crois quelque chose ! [Cinna, 137.)
Cette tournure, qui semble avoir repris faveur, est toujours jointe à une phrase négative ou rcstriclivc. Voyez l'excellente édition du Cid par M. Larroumet.
904. « Ce beau vers est d'une grande vérité. » (Voltaire.) Tout sans article est très fréquent chez Corneille.
906. Après tout, locution familière toute française, que Corneille afTectionnc, et qu'il emploie dans les situations les plus pathétiques ; au reste, ces vers sont plutôt de la comédie :
U est tard, aprè^ tout, de m'en vouloir dédire. {Citvia, 137.)