‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 13 sur 159 · HISTOIRE DE LA PIÈCE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA PIÈCE

Comment Corneille t'ul-il conduit à écrire Horace après le Cid, et pourquoi lecrivil-il si longtemps après? On a dôjà répondu à la première question. Depuis le vieux Garnier jusqu'à Mairet, auteur de cette Snphonisbe qui fut représentée sept ans avant le Cid, les auteurs dramatiques s'étaient engoués de Rome et des Romains. Alors même qu'ils empruntaient leurs sujets à la mythologie ou à l'histoire de la Grèce, c'est aux Romains, et aux Romains de la décadence, qu'ils demandaient les ornements nécessaires pour égayer la simplicité grecque, trop nue àleur gré. L'Hercule mourant de Rotrou, sa première tragédie, comme Médéc, la premièi'e tragédie de Corneille, est imitée de Sénèque, et, plus lard, c'est encore Sénèque et Stace que Rotrou imitera dans son Antvjone, alors qu'il eût pu s'inspirer de Sophocle. L'année même d'7/oroce, ce généreux émule de Corneille, le seul de ses rivaux qui soit resté son ami, faisait représenter une tragédie romaine ou qui (lu moins prétendait l'être, Crisanle. On y voyait, devant le tribunal du général romain Manilius, Cassius, son lieutenant, se donner la mort pour se punir d'avoir sacrifié l'honneur du nom romain à la satisfaction d'une passion fougueuse, et s'écrier en mourant:

0 dieux, soyez témoins Que ce coup est celui que je ressens le moins, Et que, rendant l'esprit, ma plus sensible peine Est d'avoir dérogé de la vertu romaine, Et de quitter le monde, indigne de ce nom Qui s'est par mes aïeux acquis tant de renom i.

L'adversaire des Romains, le roi Antiochus, outragé par eux, ne se frappait pas avec moins de courage et ne tenait pas, au moment d'expirer, un langage moins fier:

Là-bas, d'aucun souci l'esprit ne se consomme; On s'y trouve à couvert des injures de Rome; Ou n y relève point de l'empire latin, Et César quelque jour aura même destin*.

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