Collection des grands écrivains, t. III, p
i. Voir au v. 1257 un passage de el Honrado hermano, rapproché du texte de Corneille.
INTRODUCTION n
nesqnes. Reste la tragédie de rAréliii, plus vraibemblable, surtout plus antique ; mais la justesse du Ion n'y est pas appuyée par l'originalité de l'invention. Corneille a su être plus antique que les deux premiers, plus original que le Iroisième. C'est pourtant la pièce de Lope de Vega qui semble lui avoir inspiré l'idée de rajeunir un sujet où aucun écrivain, depuis Tile-Live, n'availencore imprimé cette marque personnelle et durable qui décourage les imitateurs.
Si cette hypotbèse était pleinement vérifiée, — mais la comparaison nous donne peu de lumières sur ce point, — on aurait d'avance, sinon réfuté, du moins afTaibli l'objection des critiques qui reprochent à Corneille d'avoir prématurément abandonné l'Espagne pour Rome. « Quitter l'Espagne dès l'instant qu'il y avait mis pied, ne pas pousser plus loin cette glorieuse victoire du Cid, et renoncer de gaieté de cœur à tant de héros magnanimes qui lui tendaient les bras, mais tourner à côté et s'attaquer à une Rome castillane, sur la foi de Lucain et de Sénèque, ces Espagnols bourgeois sous Néron, c'était pour Corneille ne pas profiter de tous ses avantages et mal interpréter la voix de son génie, au moment où elle venait de parler si clairement. Mais alors la mode ne portait pas moins les esprits vers Rome antique que vers l'Espagne. Outre les galanteries amoureuses elles beaux sentiments de rigueur qu'on prêtait à ces vieux républicains, on avait une occasion, en les produisant sur la scène, d'appliquer les maximes d'Etat et tout ce jarjron politique et diplomatique qu'on retrouve dans Balzac, Gabriel Naudé, et auquel Richelieu avait donné cours. Corneille se laissa probablement séduire à ces raisons du moment ; l'essentiel, c'est que de son erreur même il sortit des chefs-. d'œuvre'. » La rupture avec ce passé, dont la gloire était encore toute fraîche, ne fut pas si brusque qu'on l'imagine, et lui-même, Sainte-Beuve, prend soin de l'indiquer lorsqu'il écrit que, déserteur de l'Espagne, Corneille passa dans le camp des Romains, mais de Romains fort proches parents des Castillans du Cid, et parlant haut comme eux. Même dans Jioî'«ce et Cinna, il faudra faire la part de celle grandiloquence castillane. On peut regretter, il est vrai. que Corneille, esclave d'un préjugé alors dominant, ait abandonné l'histoire moderne pour l'histoire ancienne, jugée seule propre ;\ fournir des sujets de tragédie; mais il y reviendra dans (for? Sanchu, et n'écrira guère alors qu'une éclatante tragi-comédie. Le Cid même, le plus jeune des chefs-d'œuvre cornéliens, qu'est-ce
i. Sainte-Beuve, Portraits littéraires, I.
autre chose, par certains endroits, qu'une tragi-comédie', la plus admirable de toutes, il est vrai?
Qu'on s'en afflige ou qu'on y applaudisse, il n'en est pas moins certain qu'Homce marque une date dans l'histoire de l'art dramatique. Ce jour-là, Corneille restreignait volontairement le champ illimité du drame; ce jour-là, il créait la tragédie classique, telle que nous la concevons encore, telle que nous l'étudions dans son passé un peu lointain, telle que Racine et Voltaire l'acceptèrent de ses mains et la firent fleurir. Le Cul et Horace, voilà deux formes très différentes d'un art toujours le même au fond. Ne disons pas que Corneille a fait mieux, cette fois, mais reconnaissons qu'il a voulu faire autre chose, qu'il a profité des critiques, qu'il a de bonne foi essayé de se plirT aux règles que ses rivaux lui opposaient avec un si insolent pédantisme. L'Arétin et Lope de Vcga se souciaient peu des unités; Corneille les respecte et veut qu'on le saciie. Horace, — il se plaît à le remarquer, — est au nombre des pièces fort rares qu'il a pu réduire à la rigueur de l'unité du lieu ^. Tout s'y passe en effet dans la salle d'une même maison. La vraisemblance en souflVe bien quelque peu; mais quoi! « Les femmes ont tant d'amitié l'une pour l'autre et des intérêts si conjoints qu'elles peuvent être toujours ensemble 3. » C'est de ces petites raisons que se paye le grand Corneille; nous aurions mauvaise grâce à les juger puériles.
En résumé, le Cid a plus d'étendue, plus de lumière, plus d'horizon, surtout plus de grâce; l'imagination s'y joue librement et y triomphe, comme dans VOrazia elVHonrado hermano. Ce qui domine dans VHoracc de Corneille, c'est la raison, qui réprime les écarts de l'imagination, fait à la passion sa large part, mais veut régner seule au-dessus d'elle. Ceux que le drame moderne a familiarisés avec ses fantaisies sans cesse renouvelées trouveront sans doute un peu étroite et austère cette conception toute métaphysique de la tragédie du xvii'' siècle. Mais ces règles n'étaient pas toujours des entraves, et dans ce moule, si étroit qu'il fût, ont tenu à l'aise les plus fortes œuvres de ce théâtre, dont Horace marque le poiht de maturité.
i. Il Le Çid est encore une tragi-roniéilic: Horace, Cinnn, l'oli/eucte sont des tragédies; il est douteux que le publie y ail pris plus de plaisir; mais l'ombre d'Arislote dut être satisfaite, et les envieux furent désarmés. » (Sainte-Beuve.)
2. Discours de la traf/édie. — Discours des trois unités. Il n'y cite que trois pièces r'-iiiiissant ros ron<lilions : Horace, Pohjeucte, et Pompée.
i. Discourt des trois unité*.
INTRODL'CriuN iî»