VM.ÈRE
Envoyé par le roi pour consoler un père, Et pour lui témoigner...
LE VIEIL HORACE
N'en prenez aucim soin :
C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin, Et j'aime mieux voir morts que couverts d'infamie 1075
Ceux que vient de m'ôter une main ennemie. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'honneur; 11 me suffît.
VALÈRE
Mais l'autre eut un rare bonheur ; De tous les trois chez vous il doit tenir la place.
LE VIEIL HORACE
Que n'a-t-on vu périr en lui le nom d'Horace I 1080
VALÈRE
Seul vous le maltraitez après ce qu'il a fait.
LE VIEIL HORACE
C'est à moi seul aussi de punir son forfait.
VALÈRE
Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite?
LE VIEIL HORACE
Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa fuite ?
VALÈRE
La fuite est glorieuse en cette occasion. 1085
1069. On a déjà vu (vers Q7 3) point dans le sens de situation, état, degré.
1080. Var. Eût-il fait avec lui périr la nom d'Horace! (1641-1648.)
lOSi. « Maltraiter signifie f.iirc oiilnige à quelqu'un, soit de la parole, soit de coups de main. Traiter mal signifie laire faire mauvaise chère à quelqu'un, ou n'en pas user avec lui à son gré. » (M. Littré.)
10S3. Bonne conduite paraîtrait faible aujourd'hui et même ne s'emploierait pins en ce sens ; mais on sait que bon équivaut chez Corneille à noble, généreux, héroïque ; voyez les vers 468, 615, 1698.
LE VIEIL HORACE
Vous redoublez ma honte et ma confusion. Certes, l'exemple est rare et di2:ne de mémoire, De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.
VALÈRE
Quelle confusion, et quelle honte à vous
D'avoir produit un fils qui nous conserve tous, 1090
Qui fait triompher Rome et lui gagne un empire
A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire ?
LE VIEILHORACE.
Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin, Lorsqu'Albe sous ses lois range notre destin ?
VALÈRE
Que parlez-vous ici d'Albe et de sa victoire? 1093
Ignorez-vous encor la moitié de l'histoire?
LE VIEIL HORACE
Je sais que par sa fuite il a trahi l'État.
VALÈRE
Oui, s'il eût en fuyant terminé le combat :
Maison a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en homme
Qui savait ménager l'avantage àe Rome. 1100
LE VIEIL HORACE
Quoi! Rome donc triomphe !
VALÈRE
Apprenez, apprenez La valeur de ce fils qu'à lort vous condamnez.
1088. « Je ne sais s'il n'y a pas dans cotte scène un artifice trop visible, une méprise trop longtemps soutenue. Il semble que l'auteur ait eu plus d'égards au jeu de théâtre qu'à lu vraisemblance. C'est le même défaut que dans la scène de Chimcne avec don Sanche dans le Cid. » (Voltaire.) — « Valère vient pour féliciter le vieil Horace, et non pour l'instruire. Dans cette préoccupation, il ne comprend d'abord rien au courroux du vieillard, et ce n'est que lorsque celui-ci p^rle rf^'mmoot de la victoire d'Albe que Valère voit son erreur. La méprise a'est donc pas trop K>ngtemi)s soutenue.* (Aimi Martin.)
1091. Un empire ne semble pas très juste; on attend plutôt l'empire, la suprénatio sur Albe.
1094. u On ne range point un destin, » dit Voltaire, à qui Palissot répond : • La phrase de Corneille est poétique, le sens en est très clair, et nous croyons qu'aujourd'hui même cette expression serait admise. » Corneille avait employé une locution analogue au >ers 239 du Cid:
Aceublé des mallicars où le destia me ramje.
1095. Remarquai histoire, qui nous parait familier, pris dans le style tragique pour récit.
1097. Var. Le combat par sa faite est-il pas terminé? — Albe ainsi <juclqa» temps se l'est imaginé, Mais elle a bientôt va que u'élait fuir en homme... (lUl-1648.)
1101. <• Que rc mot est pathétique! Gomme il sort des entrailles d'un vieux Romain ! » (Voltaire.)