SCENE III TULLE, VÂLÈRE, LE VIEIL HORACE, HORACE, SABINE
S.\BINK.
Sire, écoutez Sabine, et voyez dans son âme lo95
Les douleurs d'une sœur et celles d'une femme,
Qui, toute désolée, à vos sacrés genoux
Pleure pour sa famille, cl craint pour son époux.
Ce n'est pas que je veuille avec cet arlincc
Dérober un coupable au bras de la justice ; 1600
Quoi qu'il ait fait pour vous, (lailez-lc comme tel,
El punissez en moi ce noble criminel ;
De mon sang malheureux expiez tout son crime :
Vous ne changerez point pour cela de victime ;
Ce n'en sera point prendre une injuste pitié, 1605
Mais en sacrifier la plus chère moitié.
Les nœuds de l'hyménée et son amour extrême
Font qu'il vil plus en moi qu'il ne vit en lui-même ;
Et si vous m'accordez de mourir aujourd'hui.
1587. Aveu, comme congé, permission, autorisation, approbation, consentement; voyez le vers 828 :
C'était snns monavcu. — Je n'en ai pas besoin. {Nicomcde, IV, 2.1 Sans orilre et sans aueu, je me suis rappelée. { Tite et Bérénice, 618.)
1590. Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis.
Se couvrir des lauriers qui vous furent promis. (Racine, [phigénie, IV, 6 )
1504. A ma gloire; est-ce le moment d'y penser? L'orgueil romain a étoufTo chez Horace les allections humaines.
1597. A vos sacrés genoux ; on a déjà remarqué la tendance des écrivains du xvii' siècle à faire précéder le substantif de l'adjectif quel qu'il soit :
SaCTCtmurs, que n'a pu conserver mon Hector. {Andrnmnqv.c, I, 4.) An nom do sacré nœud qui mo lie avtc vous. (Esthcr. III, 1.)
1603. C'est la seconde fois que Sabine s'offre ainsi à la mort. « C'est un remplissage amené par des sentiments ceu naturels. » (La Harpe.)
158 IIOLACF.
H mourra pius en moi qu'il ne mourrait en lui ; 1610
La mort que je demande, et qu'il faut que j'obtienne,
Augmentera sa peine et finira la mienne.
Sire, voyez l'excès de mes tristes ennuis,
Et l'effroyable état où mes jours sont réduits.
Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épée 1G15
De toute ma famille a la trame coupée !
Et quelle impiété de haïr un époux
Pour avoir bien servi les siens, l'Etat et vous !
Aimer un bras souillé du sang de tous mes frères I
N'aimer pas un mari qui finit nos misères ! 1620
Sire, délivrez-moi, par un heureux trépas,
Des crimes de l'aimer et de ne l'aimer pas :
J'en nommerai l'arrêt une faveur bien grande.
Ma main peut me donner ce que je vous demande;
Mais ce trépas enfin me sera bien plus doux, 1625
Si je puis de sa honte alïranchir mon époux,
Si je puis par mon sang apaiser la colère
Des dieux qu'a pu fâcher sa vertu trop st'^vère,
Satisfaire, en mourant, aux mânes de sa sœur,
Et conserver à Rome un si bon défenseur. 1630
LE VIRIL HORACE
Sire, c'est donc à moi de répondre ù Valère. Mes entants avec lui conspirent contre un père ; Tous trois veulent me perdre, et s'arment sans raison Contre si peu de sang qui reste en ma maison. {A Sabine.) Toi qui, par des douleurs à ton devoir contraires, 1633
VeuT quitter un mari pour rejoindre tes frères. Va plutôt consulter leurs mânes généreux ; Us sont morts, mais pour Albe, et s'en tiennent heureux :
1610. « Ces subtilités de Sabine jettent beaucoup de froiii sur cette scène. » (Voltaire.)
1613. On a déjà observé combien ce mot d'ennui avait perdu aujourd'hui do son énergie primitive.
lûlCi. La trame, la vie ; on trouve la même fin de vers d:ins le 6'W (708) et So'loriu.i (105-1001.) — A la trame coupée; sur cette construction, voir la note du vers !)64.
102:). y'cn nommerai i'arrt'/, j'en appellerai, j'en proclamerai l'arrêt la plus grande des faveurs que vous piiissio/. me faire.
16i8. Sur fnchcr, voyez la nolo du wrs 010. Diuis son Lc.cii/ue de Corneille, M. Godefroy cite un fragment de lettre de l.ouis XIV, où le roi, avec un peu de sécheresse, il est vrai, écrit que la mort de M"" do l'unlangos, bien qu'attendue, n'a pas laissé de le « fâcher ».
1029. Voltaire, dit M. Géruzci, a transporté ce vers dans la Mort de César-
Satisfaire en toinoant aux ini\nes de Crassus. 1634. Si peu de sang ; voyez la n le du vers 1320.