ACTE V, SCENE lll
Puisque le ciel voulait qu'elle fût asservie, Si quel(|ue sentiment demeure après la vie, 1646
Ce malheur semble moindre, et moins rudes ses coups, Voyant que tout l'honneur en retombe sur nous. Tous trois désavoueront la douleur qui te touche, Les larmes de tes yeux, les soupirs de 1 1 bouche, i,'horreur que tu fais voir d'un mari vertueux. 1645
Sabine, sois leur sœur, suis ton devoir comme eux, [Ail roi.) Contre ce cher époux Valero en vain s'anime : Un premier mouvement ne fut jamais un crime ; Et la louange est due, au lieu du cliàlimenl, Quand la vertu produit ce premier mouvement. 1650
Aimer nos ennemis avec idolâtrie.
De rage en leur trépas maudire la patrie, Souhaiter à l'Etal un malheur infini, C'est ce qu'on nomme crime, et ce qu'il a puni. Le seul amour de Rome a sa main animée; 1655
11 serait innocent s'il l'avait moins aimée. Qu'ai-je dit. Sire? Il l'est, et ce bras paternel L'aurait déjà puni s'il était criminel ; J'aurais su mieux user de l'entière puissance Que me donnent sur lui les droits de la naissance; 1660
J'aime trop l'honneur, Sire, et ne suis point de rang A souffrir ni d'affront ni de crime en mon sang. C'est dont je ne veux point de témoin que Valôrc; Il a vu quel accueil lui gardait ma colère Lorsque ignorant encorla moitié du combat 1665
Je croyais que sa fuite avait trahi l'Etat. Qui le fait se charger des soins de ma famille? Qui le fait, malgré moi, vouloir venger ma fille?
1645. « Cela n'est pas vrai : Sabine, qai veut mourir pour Horace, n'a point montré d'horreur pour lui. « (Voltaire.)
1647. S'animer se prenait suu\ont alors pour s'irriter.
ICiS. Un premier mouvement, c'qs\., A'\i M. Litho, la première impulsion que l'un éprouve pour faire ou pour ne pas faire quelque chose.
1652. De rar/o, avec rage. « M. de La Rocliefoucaall s'empirta dj chaleur. » (Hotz, Mémoires.)
1655. A sa main animée; sur cette tournure, si familière aux contemporains do Corneille, voyez les vers 964 et 1616.
1663. C'est dont, c'est ce dont, c'est de quoi, comme au vers 1479.
Voilà dont le fea roi me i>romit récompense. {Pon Sanchc, 234.)
1668. Dans Vlphigénie de Racine, Agamemnon adresse à Achille la même
apostrophe :
Eli ! (jui vous a chargé du soin do ma f.inille.
Ne <louiiai-je san.s vous dispo.-cide ma Clic .' (IV, 6.)
160 llURACE
El par quelle raison, dans son juste trépas,
Prend-il un intérêt qu'un père ne prend pas? 1670
On craint qu'après sa sœur il n'en maltraite d'autres!
Sire, nous n'avons part qu'à la honte des nôtres,
l']l, de quelque façon qu'un autre puisse agir,
Qui ne nous touche point ne nous fait point rougir.
(A Valère.) Tu peux pleurer, Valère, et même aux yeux d'Horace; i675 Il ne prend intérêt qu'aux crimes de sa race : Qui n'est point de son sang ne peut faire d'alfront Aux lauriers immortels qui lui ceignent le front. i>auriers, sacrés rameaux qu'on veut réduire en poudre, Vous qui mettez sa tête à couvert de la foudre, 1680
L'abandounerez-vous à l'infâme couteau Qui lait choir les méchants sous la main d'un bourreau ? Momains, soulTrirez-vous qu'on vous immole un homme Sans qui Rome aujourd'hui cesserait d'être Rome, Kt qu'un Romain s'etforcc à tacher le renom 1685
D'un guerrier à qui tous doivent un si beau nom? Dis, Valère, dis-nous si lu veux qu'il périsse,
IG70. Voyez le vers 1430 surprendre intérêt en.
1071. C'est une réponse directe à l'insinurition de Valère. (Vers IriOO-lSlO.) — Maltraiter n'est plus employé maintenant qu'avec un sens très affaibli.
1076. On vient de \oirprendre intérêt en, suivi d'un substantif; prendre intérêt à, c'est avoir souci de :
Prenez-vous intérêt à la faire éclater? {Rodoguns, IV, 6.)
1679. Sacrés rameaux; voyez la note du vers 1.'597.
1680. Corneille fait allusion à un préjugé des anciens, qui attribuaient au laurier la vertu d'ciartcr la foudre. Ce n'est ni la première ni ladcinière fois qu'il se aouvint de celte superstition bi/otrre :
Avec tous vos laaiiors, craignez enpor la foudre. {Cid. II, I.)
Afln que vos lauiio s me sauvent du tonnerre,
Allez aux dieux du ciel joindre cuux de la teri«. {Sophunisbe, III, t.)
M. Gidel rappelle à ce propos les versd'Horace , Tum 5|)issa ramis laurea fervidos Exiludet ictus. {Odes. II, 15.)
1681. L'infâme couteau. « Racine a employé ce mot dans des circonstances analogues ; il a une énergie qu'il doit précisément à ce qu'il a d'ordinaire et de peu recherché ; il y a bien des circonstances ou glaive, fer, acier, seraient nioinii forts et moins tragiques. » (M. Marty-Laveaux.)
1682. Choir, malgré toutes les distinctions qu'on a imaginées, est un pur synonyme de tomber, et Corneille employait indllfcremmcnt ces deux verbes :
Tout va clioii- en ma main ou tomber en la vôtre, {llodugune. 180.)
« Ces deux mots, venus, l'un du latin, l'autre des idiomes gcnnaniq'ies, exp"iment exactement la même idée. La seule différence, c'est que c/toir vieillit, t.indiâ <jue tomber est en plein usage. » (M. Littré.)
1085. On dit aujourd'hui s'efforcer do | lutot que s'efforcer à.
16f"7. V'ar. Dis, Valère, dis-noas puisqu'il faut qu'il p6ri.«so.
Vci comnieoce un cloquent mouvcmeat oratoire, ou plutôt une belle parapl.rise