Acte II, se. ui
Corneille fait celte réponse si paliiétique par la bouclie de Curiace :
Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue,
corrigeant ainsi ce qu'il y a d'oulré dans le héros par ce qu'il y a de plus naturel dans l'iiomme, et le sublime du possible par le sublime de la réalité *.» Assurément, l'anLilhèse, ce procédé si éminemment dramatique, est partout dans Horace : au vieil Horace s'oppose le jeune Horace; au jeune Horace, Curiace; à Curiace, Valère; à tous, Sabine et Camille, qui, à leur tour, s'opposent entre elles. Mais au proOt de qui tourne l'anlilhèse, dans cette fameuse scène m de l'acte II? Nous n'hésitons pas à le dire, contrairement à une opinion fort répandue : c'est au profit du jeune Horace.
Certes, il est impossible d'imaginer un plus « honnête homme » que Curiace. 11 représente une autre vajjété. du patriotisme, et ne croit pas que ie dévouement a~Tâ patrie exige le sacriïïce de l'amitié ni de i'amoun Horace ne veut~voir que ce qui divise les Albams et les Koiïïâins; Curiace aime à se souvenir-d^^ ce qui les rapproche. Nous le comprenons et nous l'aimons aujourdhui, mieux qu'Horace, ce héros dont l'héloïsme nous est accessible et qui au-dessus de la petite patrie aperçoit la grande. Nous aussi, sans embrasser na'ivement toutes les nations dans une fraternité illusoire, nous ne nous croyons pas obligés de les confondre toutes dans une haine stupide, et nous ne nous laissons même aller à la haine que lorsque la haine devient un devoir patriotique. Mais est-ce que le devoir même ne semble pas être ici du côté de Curiace? Est-ce que les deux nations ne sont pas vraiment ici des nations sœurs? Peut-il deviner que ce petit peuple romain, enflé d'ambitions démesurées, ne veut pas reconnaître de frères, parce qu'il ne veut pas reconnaître d'éfj;aux? Loyalement, il tend la main à son adversaire; il s'afflige qu'on la repousse; il s'indigne qu'au dédain on joigne l'outrage, car il a conscience de ne point le mériter. Sa pitié, il le dit, n'est point une lâche terreur; il couil sans délibérer à son devoir, il ne souhaite pas de pouvoir reculer. Son cœur est touché, son courage n'est pas abattu :
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler^.
En vain Camille, sa fiancée, se trompant sur la nature de sa passion, essaye de lui faire déserter ce devoir, si doulou-