Ane II, se. T
LNÏKODUCTION *n
conscrit qui combat et meurt, malgré lui, pour elle. A l'occasion, sans doute, le conscrit pourra so révéler héros; mais il ne le sera point tout d'abord, par l'élan spontané de sa nature.
On accuse l'inintelligence, la vanité fanfaronne, la cruauté d^Horaçe * . C'est, dit-on, un héros antique dans la peau d'un soudard féroce et épais, un être] borné dont l'étroite cervelle n'admet qîTune idée, cdlejle la grandeur de Rome. Nous n'examinerons pas la part qui peut être faite à la volonté dans cette obstination à ne voir qu'une idée, à s'abstraire de tout ce qui nest pas elle, à ne suivre qu'elle, mais à la suivre jusqu'en ses dernières conséquences. Non : il est certain qu'Horace manque de largeur d'esprit et de tact, qu'il est gauche et assez grossier avant d'être criminel. Mais, lors même qu'il aurait les qualités de délicatesse et de finesse qui lui manquent, quel usage en ferait-il dans la situation où il est placé? On ne raisonne pas sous les armes, et l'exercice même de l'intelligence est souvent déplacé dans l'exécution machinale de la consigBe. Entendue et acceptée comme une règle salutaire, la consigne elle-même ne peut-elle pas avoir sa grandeur? C'est du moins l'avis de M. Desjardins, qui écrit : « Le patriotisme d'Horace s'inspire des stricts devoirs qui lui sont imposés par la cité, de ses intérêts, de ses foyers et de ses dieux. Rome est tout, Rome est seule devant ses yeux; c'est sa gloire, sa destinée qu'il regarde. Jamais on n'a si bien compris la dureté farouche et le dévouement absolu du citoyen, mieux encore, du soldat romain. Il ne raisonne point, n'examine rien. C'est quelque chose de plus étroit que le devoir : c'est la consigne. Mais que celte consigne est belle! C'est parce qu'elle contrarie .tous les sentiments naturels que le dévouement qu'elle commande est méritoire et devient sublime ^. »
Cette étroitesse de vues, volontaire ou inconsciente, une fois reconnue, — et la force des choses ne veut-elle pas que le
Patriotisme vraiment fort soit étroit? — ne comprend-on pas orgueil énorme et naïf qui en est la conséquence fatale? Aux yeux des anciens, l'amour de la patrie et l'amour de la gloire
1. Peu de critiques ont été plus sévères pour le jeune Horare que M. Francisque Sarrey : dans deux feuilletons remarquables du Temps, il l'appelle « un maître sot, un fier-à-bras, un iinbéoile, un vilain être, un jeune et ilbistie dadais, un butor, une bête brute ». Nous avons essayé de réhabiliter ici, contre léminent critique, ce pauvre Horace qui, ce nous semble, dans la pensée de Corneille, n'est point si ridicule. En revanf'iie, nous empruntons à ces mêmes feuilletons plusieurs traits d'une analyse très pénétrante du caractère de Csmille.