‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 32 sur 159 · Le grand Corneille historien · texte numérisé non relu

Le grand Corneille historien

étaient inséparables : seule, la patrie était en possession de distiibuer celle gloire enviée de tous, conquise par quel- ([ues-uns à force d'héroïsme, c'est-à-dire de patriotisme. Accordons que dans l'héroïsme du jeune Horace il entre quelque peu de vantardise, plus castillane encore que romaine, qu'il parle trop de sa « gloire» (mais on sait que les héros et héroïnes de Corneille usent et abusent de ce mot), qu'il s'en montre préoccupé au moment même où le remords (le son crime devrait étoulTer en lui le souvenir de son exploit, qu'il a grand tort, par exemple, à cette heure où la vanité devrait se taire, de s'écrier, comme le fastueux don Gormaz du Cid: «Un homme tel que moi!* » Mais d'où lui vient cette vanité, sinon de sa façon d'aimer et de servir la patrie? Si le pays est tout, l'honneur suprême ne sera-t-il pas d'être choisi entre tous par ce pays pour défenseur de sa liberté en danger? De quelle immense fierté, dès lors, cet élu ne devral-il pas se sentir gontlé ? et comme il en viendra bientôt, sans même s'en rendre compte, à identifier ses piopres intérêts et son propre orgueil avec les intérêts et l'orgueil de Rome qu'il défend! 11 ne dislingue même plus entre Rome et lui; il dirait volontiers, en un autre sens: «L'État, c'est moi », ou, comme cet autre Romain de Corneille :

Rome n'est plus dans Rome : elle est toute où je suis 2,

Pénétré de l'importance de son rôle, enorgueilli encore par sa victoire récente, ce Iriomphateur peu discret fait parade de ses « trophées » et montre, avec une satisfaction presque enfantine, son bras vengeur et libérateur, à qui ? précisément à celle dont ce bras vient de tuer l'amant, à celte Camille, aussi exclusive dans son amour qu'il l'est, lui, dans son patriotisme. Le vieil Horace a dit, à peu près, à sa fille : « Ne songe qu'à la victoire de Rome » ; le jeune Horace lui dit, avec une nuance de fatuité : (( Ne songe qu'à ma victoire. » Camille y songe bien, vraiment! Dans la victoire de Rome elle n'a vu que la mort de Curiace, et Horace, plus étonné encore qu'indigné, s'écrie :

0 d'une indigne sœur insupportable audace!

D'un eunftmi public, dont je reviens vainqueur.

Le nom e?t daus ta bouche et l'amour dans ton cœur^ !

Où donc est le trait de caraclère?dans l'hémistiche égoïste : dont je reviens vainqueur? Nest-il pas plutôt dans ce mot qui

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