‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 37 sur 159 · Acte I, se. II · texte numérisé non relu

Acte I, se. II

de voir l'action principale suspendue par l'Invasion de ces maximes, de ces analyses, de ces dissertations morales. Eh quoi! le sort de Rome est en question, et nous nous laisserions occuper par cette « rhétorique sentimentale* », attendrir par ces larmes? Non, le poète a sacrifié, celte fois, la passion, mais il l'a sacrifiée à une autre passion qui n'admet point de rivale.

En résumé, Horace nous apparaît comme un sévère tableau d'histoire, où tous les traits, même délicats, sont subordonnés à un trait dominant. Au dernier plan, Valère, à peine entrevu, et Julie, figure assez effacée de confidente, mais dont l'heureuse étourderie amène la péripétie la plus dramatique. Au second plan, Sabine, qui se lamente, et Camille, qui s'emporte; un peu en avant d'elles, Curiace, moins esclave du sentiment, mais qui ne saurait être le personnage central : car ce qui occupe tout le premier plan, ce qui efface môme la touchante figure de Curiace, c'est la grande image de la patrie romaine, se dressant au-dessus des deux Horaces.

La tragédie entière est donc l'apothéose de l'héroïsme dans l'accomplissement du devoir patriotique, et les différents personnages y méritent notre admiration dans la mesure où ils remplissent ce devoir. Voilà pourquoi Voltaire a pu écrire d'Horace même 2 : ((Corneille, vieux Romain parmi les Français, a établi une école de grandeur d'âme. »

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