ACTE I, SCÈNE II
N'en imaginez rien qu'à son désavantage ;
Démon contentement un autre était l'objet: 165
Mais, pour sortir d'erreur, sachez-en le sujet.
Je garde à Curiace une amitié trop pure
Pour souffrir plus longtemps qu'on m'estime parjure.
Il vous souvient qu'à peine on voyait de sa sœur
Par un heureux hymen mon frère possesseur, 170
Quand, pour comble de joie, il obtint de mon père ^ )
Que de ses chastes feux je serais le salaire. '^ "^ /
Ce jour nous fut propice et funeste à la fois;
Unissant nos maisons, il désunit nos rois;
Un même instant conclut notre hymen et la guerre, 175
Fit naître notre espoir, et le jeta par terre.
Nous ôlatout, sitôt qu'il nous eut tout promis.
Et, nous faisant amants, il nous fit ennemis.
Combien nos déplaisirs parurent lors extrêmes!
Combien contre le ciel il vomit de blasphèmes, 180
Et combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux !
Je ne vous le dis point: vous vîtes nos adieux.
Vous avez vu depuis les troubles de mon âme;
Vous savez pour la paix quels vœux a faits ma flamme,
167. Amitié pour amour, très usité chez Racine comme chez Corneille.
168. Estimer, existimare, xstirnare, apprécier, juger, n'est pas, et surtout n'était pas alors toujours pris en bonne part.