‹ Horace, tragédie. Éd. nouv. à l'usage des classes, avec une introd., des éclaircissements et des notesChapitre 95 sur 159 · Rien n'est plas éloquent que les pleurs d'une femme · texte numérisé non relu

Rien n'est plas éloquent que les pleurs d'une femme

(Rotrou, Laure pcrscculcc, 1.)

Ce vers de Rolrou peut nous aider à mieux comprendre le vers de Corneille: avoir de puissants discours, en elTet, c'est être éloquent, par suite, avoir du pouvoir sur l'âme. Mais Voltaire a raison de critiquer cette expression pou naturelle, dont on ne trouve point d'autre exemple.

578. i( Il n'est pas question ici desavoir si Camille d un èe/cpj/,etsi un bel œil est fort, il s'agit de perdre une femme qu'on adore et qu'on va épouser. » (Voltaire.) Ce mot, déplacé ici, faisait partie du langage convenu de la galanterie et n'est pas mieux placé dans Polyeucte :

Sur nos pareils, Néarque, un bel œil est bien fort. (87.)

580. S'évertuer est rare dans le style poétique, surtout avec un nom de chose pour sujet:

A présent, il est temp? i|ue ma vo!x s'éiertue. (Veuve, llBi.)

581. On sait qu'au xvii" siècle g'oirc se disait pour honneur, et que les héros cornéliens parlent volontiers de leur n gloire ".

585. Faible d'avoir combattu, tournure remarquable pour: affaibli déjà poui avoir, après avoir combattu.

iOO HORACE

Vaincrait-elle à la fois l'amour et la pitié ?

Allez, ne m'aimez plus, ne versez plus de larmes,

Ou j'oppose l'offense à de si fortes armes;

Je me défendrai mieux contre votre courroux,

Et, pour le mériter, je n'ai plus d'yeux pour vous. 500

Vengez-vous dun ingrat, punissez un volage.

Vous ne vous montrez point sensible à cet outrage !

Je n'ai plus d'yeux pour vous, vous en avez pour moi !

En faut-il plus encor? je renonce à ma foi.

Rigoureuse vertu dont je suis la victime, 593

Ne peux-tu résister sans le secours d'un crime ?

CAMILLE

Ne fais point d'autre crime, et j'atteste les dieux

Qu'au lieu de t'en haïr, je t'en aimerai mieux.

Oui, je le chérirai, tout ingrat et perfide,

Et cesse d'aspirer au nom de fratricide. 600

Pourquoi suis-je Romaine, ou que n'es-tu Romain?

Je le préparerais des lauriers de ma main,

Je l'encouragerais au lieu de te distraire,

Et je te traiterais comme j'ai fait mon frère.

Hélas! j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui ; 605

J'en ai fait contre toi quand j'en ai fait pour lui.

Il revient: quel malheur, si l'amour de sa femme

Ne peut non plus sur lui que le mien sur ton âme !

506. « J'ose penser qu'il y a ici plus d'artifice et de subtilité que de naturel. On sent trop que Curiace ne parle pas sérieusement. Ce trait de rhéteur refroidit ; jnais Camille répond avec des sentiments si vrais qu'elle couvre tout d'un coup •ce petit défaut. » (Voltaire.) Le « crime », aui yeux de Curiace, consiste à oublier Camille, et Camille va lui répondre qu'elle lui pardonnera ce crime, pourvu qu'il renonce à combattre les Horaces.

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