‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 15 sur 48 · ACTE U, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE U, SCÈNE V

CüRIACE.

Telle est notre misère , choix d Albe et de Rome ôte toute douceur Aux noms jadis si doux de beau-frère et de sœur.

CAMILLE

Tu pourras donc, cruel, me jirèsenter sa tête ,

Et demander ma main pour prix de ta conquête !

■C U R lAC E.

Il n y faut plus penser ; en l’ètat où je suis ,

Vous aimer sans espoir, c’est tout ce que je puis. Vous en pleurez Camille ?

CAMILLE

. Il faut bien que je pleure :

Mon insensible amant ordonne que je meure •

Et quand l’hymen pour nous allume son llanîbeau Il I eteint de sa main pour m’ouvrir le tombeau. ’ Ce cœur impitoyable à ma perte s’obstine.

Et dit qu’il m’aime encore alors qu’il m’a^assine.

CORIACE

Que les pleurs d’une amante ontde puissants discours ! i\t qu un bel œil est fort avec un tel secours '

Que mon cœur s’attendrit à cette triste vue '

Ma constance contre elle à regret s’évertue. N’attaquez plus ma gloire avec tant de doulcui-s Et laissez-moi sauver ma vertu de vos pleurs •

Je sens qu’elle chancelle et défend mal la place 1 lus je SUIS votre amant, moins je suis Curiace. boible d avoir déjà combattu l’amitié ,

Vaincroit-elle h la fois l’amour et la pitié !

Allez, ne m’aimez plus, ne versez plus de larmes , Ou J oppose l’offense à de si fortes armes ;

Je me défendrai mieux contre votre courroux Et, pour la mériter, je n’ai plus d’yeux pour vous: Vengez-vous d’un ingrat , punissez un volage.

Vous ne vous montrez point sensible à cet outrage î Je n ai plus d’yeux pour vous, vous en avez pour moi!

26 IIOKACE.

En fant-il plus encor? je renonce à ma foi. Rigoureuse vertu dont je suis la victime ,

Ne peux-tn résister sans le secours d’un crime ?

CAMILLE

Ne fais point d’autre crime, et j’atteste les dieux Qu’au lieu de t’en liaïr, je t’en aimerai mieux;

Oui , je te chérirai , tout ingrat et perfide ,

Et cesse d’aspirer au nom de fratricide, l'ourquoi suis-je Romaine, ou que n’es-tu Romain ? Je te préparerois des lauriers de ma main ;

Je t’encouragerois , au lieu de te distraire ;

Et je te traiterois comme j’ai fait mon fière.

Hélas! j’étois aveugle en nies vœux aujourd’hui, J’en ai fait contre loi quand j’en ai fait pour lui.

11 revient : quel malheur, si l’amour de sa femme Ne peut non plus sur lui que le mien sur ton àmc !

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