‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 21 sur 48 · ACTE Iir, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE Iir, SCÈNE II

Le fiincslc succès de leurs armes impies De tous les comballants a-t-il fait des hosties?

Et, m’enviant l’horreur que j’aurois des vainqueurs, l*our tous lantqu’il^étoienl demandent-ils des pleurs ?

JULIE

Quoi ! ce qui s’est passé vous l’ignorez encore?

SABINE

Vous faut-il étonner de ce que je l’ignore?

Et ne savez-vous point que de cette maison l’oui* Camille et pour moi l’on fait une prison ?

Julie, on nous renferme, on a peur de nos larmes; Sans cela nous serions an milieu de leurs armes.

Et, par les désespoirs d’une chaste amitié.

Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.

JULIE

Il n’étoit pas besoin d’un si tendre spectacle;

Leur vue h leur combat apporte assez d’obstacle. Sitôt qu’ils ont paru prêts à se mesurer.

On a dans les deux camps entendu murmurer :

A voir de tels amis, des personnes si proches,

Venir pour leur patrie aux mortelles approches. L’un s’émeul de pitié, l’autre est saisi d’horreur. L’autre d’un si grand zèle admire la fureur :

Tel porte jusqu’aux cieux leur vertu sans égale.

Et tel l’ose nommer sacrilège et brutale.

Ces divers sentiments n’ont pourtant qu’une voix; Tous accusent leurs chefs, tous délestent leur choix; Etj ne pouvant souffrir un combat si barbare,

On s’écrie, on s’avance, enfin on les sépare.

SABINE

Que je vous dois d’encens, grand dieu, qui m’exaucez!

J IJLIE.

Vous n’êtes pas , Sabine , encore où vous pensez : Vous pouvez espérer, vous avez moins à craindre; Mais il vous reste encore assez de quoi vous plaindre. En vain d’un sort si triste on les veut garantir;

HORACE

Ces cruels généreux n’y peuvent consentir- :

La gloire de ce choix leur est si précieuse ,

Et charme tellement leur Urne ambitieuse,

Qu’alors qu’on les déplore ils s’estiment heureux ,

Et prennent pour affront la pitié qu’on a d’eux.

Le trouble des deux camps souille leur renommée; Ils combattront plutôt et l’une et l’autre armée , h:t mourront par les mains qui leur font d’autres lois, Quepasund’euxrenonceauxhonneurs d’un tel choix.

SABINE

Quoi! dans leur dureté ces cœurs d’acier s’obstinent!

JULIE

Oui ; mais d’antre côté les deux camps se mutinent , Et leurs cris des deux parts poussés en même temps Demandent la bataille ou d’autres combattants.

La présence des chefs ii peine est respectée ,

Leur pouvoir est douteux, leur voix mal écoutée,

Le roi même s’étonne; et , pour dernier effort ,

« Puisque chacun , dit-il, s’échauffe en ce discord ,

« Consultons des grands dieux la majesté sacrée ,

« Et voyons si ce change à leur bonté agrée.

« Quel impie osera se prendre a leur vouloir,

« Lorsqu’on un sacrifice ils nous l’auront tait voir?» Il se tait, et ces mots semblent être des charmes; Môme aux six combattants ils arrachent les armes; Et ce désir d'honneur qui leur ferme les yeux ,

Tout aveugle qu’il est, respecte encore les dieux. Leur plus bouillante ardeur cède à l’avis de Tulle ; Et, soit par déférence , ou par un prompt scrupule, Dans l’ime et l’autre armée on s’en fait une loi , Comme si toutes deux le connoissoient iiour roi.

J.c reste s’apprendra par la mort des victimes.

SABINE

Lesdieux n’avoueront point un combat plein de crimes;

J’en espère beaucoup puisqu’il est différé.

Et je commence à voir ce que j’ai désiré.

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