CAMILLE, SABINE, JULIE
SABINE
Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle.
CAMILLE
Je pense la savoir, s’il faut la noninier telle;
On l’a dite à mon père, et j’étois avec lui :
Mais je n’en conçois rien qui flatte mon ennui :
Ce délai de nos maux rendra les cou[»s plus rudes; Ce n’est plus qu’un long terme h nos inquiétudes;
Et tout rallégement qu’il en faut espérer.
C’est de pleurer plus tard ceux qu’il faudra pleurer.
SABIN E
Les dieux n’ont pas en vain inspiré ce tumulte.
CAMILLE
Disons plutôt, ma sœur, qu’en vain on les consulte. Ces memes dieux à Tulle ont inspiré ce choix;
Et la voix du public n’est pas toujours leurs voix; Us descendent bien moins dans de si bas étages, One dans Tôme des rois , leurs vivantes images,
De qui l’indépendante et sainte autorité Est un rayon secret de leur divinité. .
JULIE
C’est vouloir sans raison vous former des obstacles Que de ebereber leur voix ailleurs (|u’en leurs oracles ; Et vous ne vous pouvez figurer, tout perdu.
Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.
CA MILLE
Un oracle jamais ne se laisse comprendre;
On l’entend d’autant moins que plus on croit l’enlen- Et, loin de s’assurer sur un pareil arrêt, [dre; Qui n’y voit rien d’obscur doit croire que tout l’est.
SABINE
Sur ce qu’il tait pour nous prenons plus d’assurance,
HORACE
Et souffrons les douceurs d’une juste espérance. Quand la faveur du ciel ouvre à demi ses bras,
Qui ne s’en promet rien ne la mérite pas;
Il empêche souvent qu’elle ne se déploie ;
Et lorsqu’elle descend , son refus la renvoie.
CAMILLE
Le ciel agit sans nous en ces événements,
Et ne se règle point dessus nos sentiments.
JULIE. '
Il ne vous a fait peur que pour vous faire gi àce. Adieu : je vais savoir comme enfin tout se passe! Modérez vos frayeurs; j’espère à mon retour Ne vous entretenir que de propos d’amour;
Et (jue nous n’emploierons la lin de la journée Qu’aux doux préparatifs d’un heureux hyménée.
SABINE
J’ose encor l’espérer. '
CAMILLE
Moi , je n’espère rien.
JULIE
L’t'ffot vous fera voir que nous en jugeons bien.