‹ Horace tragedie en cinq actesChapitre 43 sur 48 · ACTE V, SCÈNE II. 5d · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. 5d

lût c’est dont je vous plains qu’après un tel service, On puisse contre lui me den>ànder justice.

VALÈBE.

Souffrez donc, 6 grand roi , le plus juste des rois, 0.ue tous les gens de bien vous parlent par ma voix : Non que nos cœurs jaloux de ses honneurs s’irritent; S’il en reçoit beaucoup, ses hauts faits les méritent; Ajoutez-y plutôt que d’en diminuer;

Nous soldes tous encor prêts d’y contribuer :

Mais, puisque d’un tel crime il s’est montré capable, Qu’il triomphe en vainqueur, et périsse en coupable. Arrêtez sa fureur, et sauvez de ses mains.

Si vous voulez régner, le reste des Romains ; il y va de la perte ou du salut du reste.

La guerre avoit un cours si sanglant, si funeste. Et les nœuds de l’hymen, durant nos bons destins, Ont tant de fois uni des peuples si voisins.

Qu’il est peu de Romains que le parti contraire N’intéresse en la mort d’un gendre ou d’un beau-frère , Et qui ne soient forcés de donner quelques pleurs. Dans le bonheur public, à leurs propres malheurs.

Si c’est offenser Rome, et que l’heur de ses armes L’autorise h punir ce crime de nos larmes.

Quel sang épargnera ce barbare vainqueur.

Qui ne pardonne pas à celui de sa sœur,

Et ne peut excuser celte douleur pi*essanle v

Que la mort d’un amant jette au cœur d’une amante , Quand , près d’êtie éclairé du nuptial flambeau ,

Elle voit avec lui son espoir au tombeau.

Faisant triompher Rome, il se l’est asservie;

Il a sur nous un droit et de mort et de vie ;

Et nos joure criminels ne pourront plus durer Qu’aulant qu’à sa clèntence il plaira l’endurer.

Je pourrois ajouJ;er aux intérêts de Rome Combien un paréiFcoup est indigne d’un homme;

Je pourrois demander qu’on mît devant vos yeux

r ^ by C^t m)^Il

60, HORACE

Ce grand et rare expient d’un bras victorieux :

Vous verriez un beau sang, pour accuser sa rage , D’un frère si cruel rejaillir au visage;

Vous verriez des horreurs qu’on ne peut concevoir Son âge et sa beauté vous pourroient émouvoir; . Mais je hais ces moyens qui sentent l’artilice. * Vous avez a demain remis le sacrilice;

Pensez-vous que les dieux, vengeurs des innocents D’une main parricide acceptent de l’encens,?

Sur vous ce sacrilège aUireroit sa peine Ne le considérez qu’en objet de leur haine :

Et croyez avec nous qu’eu tous scs trois combats Le bon destin de Rome a plus fait que son bras. Puisque ces mêmes dieux, auteurs de sa victoire, Ont permis qu’aussitôt il en souillât la gloire ,

Et qu’un si grand courage, après ce noble effort, Fût digne en même jour de triomphe et de mort. Sire , c’est ce qu’il faut que votre arrêt décide.

En ce lieu Rome a vu le premier parricide,

La suite en est à craindre, et la haine des cieux. Sauvez-nous de sa main, et redoutejj les dieux. ,

TULLE

Défendez-vous , Horace.

HORACE

A quoi bon me défend l e?.

Vous savez l’action, vous la vedi^z d’entendre;

Ce que vous en croyez me doit être une loi.

Sire , on se défend mal contre l’avis d’.un roi ;

Et le plus innocent devient soudain j’oupable , ' Quand aux yeux de son prince il paroît condamnable C’est crime (ju’envers lui se vouloir excuser :

Notre sang est son bien, il en peut disposer;

Et c’est à nous de croire, alors qu’il en dispose, Qu’il ne s’en prive point sans une juste cause.

Sire, prononcez donc, je suis prêt d’obéir;

D’autres aiment la vie , et je la dois haïr.

ACT1<: V, SCÈNE H. Cl

Je ne reproche point à l’ardeur de Valère Qu’en amant de la sœur il accuse le frère ;

Mes vœux avec les siens conspirent aujourd’hui;

11 demande ma mort, je la veux comme lui.

Un seul point entre nous met cette différence,

Que mon honneur par là cherche son assurance.

Et qu’à ce même but nous voulons arriver, l.ui pour flétrir ma gloire , et moi pour la sauver.

Sire, c’est rarement qu’il s’offre une matière A montrer d’un grand cœur la vertu tout entière; Suivant l’occasion elle agit plus ou moins.

Et paroit forte ou foible aux yeux de ses témoins.

Le peuple , qui voit tout seulement par l’écorce. S’attache à son effet pour juger de sa force ;

Il veut que ses dehors gardent un même cours , Qu’ayant fait un miracle, elle en fasse toujours: Après une action pleine, haute, éclatante.

Tout ce qui brille moins renqdit mal son attente:

11 veut qu’on soit égal en tout temps , en tous lieux;' 11 n’examine point si lors on pouvoit mieux.

Ni que, s’il ne voit pas sans cesse une merveille. L’occasion est moindre , et la vertu pareille :

Son injustice accable et détruit les grands noms; L’honneur des premiers faits se perd parles seconds; Et quand la renommée a passé l’ordinaire.

Si l’on n’en veut déchoir, il ne faut plus rien faire.

Je ne vanterai point les .exploits de mon bras; Votre majesté, sire, a vu mes trois combats:

Il est bien malaisé qu’un pareil les seconde ,

Qu’une autre occasion à celle-ci réponde ,

Et que tout mon courage, après de si grands coups, Parvienne à des succès qui n’aillent au-dessous ;

Si bien que, pour laisser une illustre mémoire,

La mort seule aujourd’hui peut conserver mà gloire ; Encor la falloit-il sitôt qi>e j’eus vaincu , l’uis(|ue pour mon honneur j’ai déjà trop. vécu.

g2 HORACE.

Un homme tel que moi voit sa gloire ternie ,

Quand il tombe en péril de quelque ignomime;

Et ma main auroit su déjà m’en garantir :

Mais sans votre congé mon sang n ose sortir;

Comme il vous appartient, votre aveu doit se prendre ;

C’est vous le dérober qu’autrement le répandre. Rome ne manque point de généreux guerriers;

Assez d’autres sans moi soutiendront vos lauriers; One votre majesté désormais m’en dispense;

Et si ce que j’ai fait vaut quelque récompense, Permettez , ô grand roi , que de ce bras vainqueur, Je m’immole à ma gloire, et non pas a ma sœur.

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