‹ Horace, tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notes by P.H.E. BretteChapitre 43 sur 103 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

Ni que, s'il ne voit pas sans cesse une merveille, L'occasion est moindre, et la vertu pareille : Son injustice accable et détruit les grands noms; L'honneur des premiers faits se perd par les seconds j Et quand la renommée a passé l'ordinaire, Si l'on n'en veut déchoir, il ne faut plus rien faire. Je ne vanterai point les exploits de mon bras ; Votre Majesté, sire, a vu mes trois combats : Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde, Qu'une autre occasion à celle-ci réponde. Et que tout mon courage, après de si grands coups. Parvienne à des succès qui n'aillent au-dessous; Si bien que, pour laisser une illustre mémoire, La mort seule aujourd'hui peut conserver ma gloire : Encor la falloit-il sitôt que j'eus vaincu, Puisque pour mon honneur j'ai déjà trop vécu. Un homme tel que moi voit sa gloire ternie, Quand il tombe en péril de quelque ignominie; Et ma main auroit su déjà m'en garantir : Mais sans votre congé mon sang n'ose sortir; Gomme il vous appartient, votre aveu doit se prendre; C'est vous le dérober qu'autrement le répandre. Rome ne manque point de généreux guerriers; Assez d'autres sans moi soutiendront vos lauriers; Que Votre Majesté désormais m'en dispense : Et si ce que j'ai fait vaut quelque récompense. Permettez, ô grand roi, que de ce bras vainqueur Je m'immole à ma gloire, et non pas à ma sœur.

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