‹ Horace, tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notes by P.H.E. BretteChapitre 44 sur 103 · SCÈNE EL — TULLE, VALÈRE, LE VIEIL HORACE, HORACE, SARINE · texte numérisé non relu

SCÈNE EL — TULLE, VALÈRE, LE VIEIL HORACE, HORACE, SARINE

SABINE

Sire, écoutez Sabine, et voyez dans son âme Les douleurs d'une sœur, et celles d'une femme Qui, toute désolée, à vos sacrés genoux. Pleure pour sa famille, et craint pour son époux. Ce n'est pas que je veuille avec cet artifice Dérober un coupable au bras de la justice;

Quoi qu'il ait fait pour vous, traitez-le comme tel.

Et punissez en moi ce noble criminel;

De mon sang malheureux expiez tout son crime :

Vous ne changerez point pour cela de victime;

Ce n'en sera point prendre une injuste pitié,

Mais en sacrifier la plus chère moitié.

Les nœuds de l'hyménée, et son amour extrême,

Font qu'il vit plus en moi qu'il ne vit en lui-même;

Et si vous m'accordez de mDurir aujourd'hui,

Il mourra plus en moi qu'il ne mourroit en lui;

La mort que je demande, et qu'il faut que j'obtienne,

Augmentera sa peine, et finira la mienne.

Sire, voyez l'excès de mes tristes ennuis,

Et l'effroyable état où mes jours sont réduits.

Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épée

De toute ma famille a la trame coupée I

Et quelle impiété de haïr un époux

Pour avoir bien servi les siens, l'État et vous!

Aimer un bras souillé du sang de tous mes frères!

N'aimer pas un mari qui finit nos misères!

Sire, délivrez-moi, par un heureux trépas,

Des crimes de l'aimer et de ne l'aimer pas ;

J'en nommerai l'arrêt une faveur bien grande.

Ma main peut me donner ce que je vous demande;

Mais ce trépas enfin me sera bien plus doux,

Si je puis de sa honte affranchir mon époux;

Si je puis par mon sang apaiser la colère

Des dieux qu'a pu fâcher sa vertu trop sévère,

Satisfaire, en mourant, aux mânes de sa sœur

Et conserver à Rome un si bon défenseur.

LE VIEIL HORACE

Sire, c'est donc à moi de répondre à Valère. Mes enfans avec lui conspirent contre un père ; Tous trois veulent me perdre, et s'arment sans raison Contre si peu de sang qui reste en ma maison.

(A Satine.) Toi qui, par des douleurs à ton devoir contraires, Veux quitter un mari pour rejoindre tes frères,

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