SCÈNE IL — HORACE, CURIACE, FLAVIAN
CURIACE
Albe de trois guerriers a-t-elle fait le choix?
FLAVIAN
Je viens pour vous l'apprendre.
CURIACE
Eh bien, qui sont les trois?
FLAVIAN
] Vos deux frères et vous.
CURIACE
Qui?
FLAVIAN
Vous et VOS deux frères. / •<- Mais pourquoi ce front triste et ces regards sévères? Ce choix vous déplaît-il?
CURIACE
Non, mais il me surprend ;
Je m'eslimoîs trop peu pour un honneur si grand.
FLAVIAN
Dirai-je au dictateur, dont l'ordre ici m'envoie,
Que vous le recevez avec si peu de joie?
Ce morne et froid accueil me surprend à mon tour.
CURIACE
Dis-lui que l'amitié, l'alliance et l'amour Ne pourront empêcher que les trois Guriaces Ne servent leur pays contre les trois Horaces.
FLAVIAN
Contre eux! Ah ! c'est beaucoup me dire en peu de mots.
CURIACE
Porte-lui ma réponse, et nous laisse en repos. SCÈNE III. — HORACE, CURIACE.
CURIACE
Que désormais le ciel, les enfers et la terre .
Unissent leurs fureurs à nous faire la guerre;
Que les hommes, les dieux, les démons et le sort
Préparent contre nous un général effort :
Je mets à faire pis, en l'état où nous sommes,
Le sort, et les démons, et les dieux, et les hommes.
Ce qu'ils ont de cruel, et d'horrible et d'affreux,
L'est bien moins que l'honneur qu'on nousfait à tous deux.
Le sort qui de l'honneur nous ouvre la barrière Offre à notre constance une illustre matière; Il épuise sa force à former un malheur Pour mieux se mesurer avec notre valeur ; Et comme il voit en nous des âmes peu communes, Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes. Combattre un ennemi pour le salut de tous, Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups, D'une simple v ertu c'est l'effet ordinaire : Mille déjà l'ont fait, mille pourroient le faire; Mourir pour le pays est un si digne sort ^ Qu'on brigueroit en foule une si belle mort.\