C'est toujours l'idée de légitimité qui obsède Sabine
11. Les cinq vers qui suivent ne sont pas très nets, et surtout la conclusion : ne différez donc plus, n'en ressort pas clairement: Sabine v développe ironiquement l'idée même exprimée par Horace (v. 437-452), à savoir, qu'il est plus beau et plus méritoire de combattre un ami qu'un ennemi.
Vous êtes ennemis en ce combat fameux, 615
Vous d'Albe, vous de Rome, et moi de tontes deux.
Quoi1 ? me réservez-vous à- voir une victoire, Où pour haut appareil3 d'une pompeuse gloire, Je verrai les lauriers d'an frère ou d'un mari Fumer4 encor d'un sang que j'aurai tant chéri? 650
Pourrai-je entre vous deux régler5 alors mon âme, Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme, Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu0? Non, non, avant ce coup7 Sabine aura vécu : Ma mort le préviendra, de qui que8 je l'obtienne ; 055
Le refus de vos mains y9 condamne la mienne. Sus1" donc, qui11 vous retient? Allez, cœurs inhumains, J'aurai trop de moyens pour y forcer vos mains. Vous ne les aurez point au combat occupées '-, Que13 ce corps au milieu14 n'arrête vos épées ; 660
Et malgré vos refus, il faudra que leurs coups Se fassent jour ici 15 pour aller jusqu'à vous.
1. Cette exclamation est provoquée par l'attitude de Curiace et celle d'Horace, qui sont une muette et négative réponse à la proposition de Sabine.
-2. A —pour. Cf. Règle : À quelle utilité? v. 134, n.
3. Appareil = tout ce qui environne et manifeste extérieurement la gloire.
\. Image qu'on peut trouver excessive, mais qui était bien dans le goût de la tragédie au temps de Corneille. Cf. les images analogues sur l'épée teinte d'un sang cher, dans le Cid (v.
858 et 1706), etc.. sur le sang qui fume (v. 663), et la note de notre édition du Cid.