Fortune = sort. (Sens du latin fortuna
Les héros de la tragédie au 17e
J'ai trouvé les moyens d'en tirer de la joie,
Et puis voir aujourd'hui le combat sans terreur,
Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans horreur.
Flatteuse illusion, erreur douce et grossière, Vain effort de mon âme, impuissante lumière1, 740
De qui- le faux brillant3 prend droit4 de m'éblouir, Que tu sais peu durer, et tôt l'évanouir ! Pareille à ces éclairs qui dans le fort5 des ombres Poussent6 un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres, Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté 7i.">
Que pour les abîmer7 dans plus d'obscurité \ Tu charmais9 trop ma peine, et le ciel, qui s'en fâche10, Me vend déjà bien cher ce moment de relâche11. Je sens mon triste cœur percé de tous les coups Qui m'ôtent maintenant un frère ou mon époux. 750
Quand je songe à leur mort, quoi que je me propose '-, Je songe par quels bras, et non pour quelle cause, Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang Que pour considérer aux dépens de quel sang. La maison des vaincus touche seule mon âme : 755
et au 18e siècle interpellent volontiers la fortune, auteur de leurs maux.
1. Remarquer le nombre très grand d'adjectifs dans cette nouvelle apostrophe : ce qui, avec les images, est un des signes que la qualité du style change et que de dramatique il devient lyrique. L'auteur s'attarde en quelque sorte sur son objet, et se livre davantage aux inspirations du sentiment.
• Montrer que ces épithètes sont d'abord favorables, ensuite défavorables, comme lorqu'on passe de l'apparence à la réalité.
2. Cf. Règle : Des bassesses à qui vous devez la clarté, v. 274, n.
3. Faux brillant. Expression que l'on retrouve au pluriel dans Molière : Le Misanthrope, acte I.
se. 2, v. 410.