Qui veut bien mourir = qui consent à mourir
Nous pourrions aisément1 faire en votre présence
De notre désespoir une fausse constance ; 040
Mais quand on peut sans honte être sans fermeté,
L'affecter au dehors, c'est une lâcheté ;
L'usage d'un tel art, nous le laissons aux hommes,
Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes2.
Nous ne demandons point qu'un courage si fort 945
S'abaisse à notre exemple à se plaindre du sort3. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ; Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes4 ; Enfin, pour toute grâce, en de tels déplaisirs5, Gardez votre constance, et souffrez nos soupirs6. 950
LE VIEIL HORACE
Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre,
Je crois faire beaucoup de m'en pouvoir défendre7;
Et céderais peut-être à de si rudes coups,
Si je prenais ici même intérêt8 que vous :
Non qu'Albe par son choix m'ait fait haïr vos frères, 955
Tous trois me sont encor des personnes bien chères1' ;
Mais enlin l'amitié n'est pas du même rang,
Et n'a point les effets de l'amour ni du sang l0;
Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente"
1. Sabine semble vouloir s'excuser de leur attitude à toutes deux devant le vieil Horace, ce qui lui attirera la magnifique réponse de celui-ci.
"2. Toujours la rime traditionnelle entre sommes et hommes.
3. Voilà le second élément qui prépare et appelle la réponse du vieil Horace : Sabine semble supposer, non seulement qu'il blâme leur désespoir de se montrer, mais qu'il ne prend pas part a leurs alarmes.
4. Il y a dans ce vers une nuance de sens entre pleurs et larmes. Les larmes, ce sont celles qui sont arrachées peu à peu. comme celles que ne pouvait s'empêcher de verser le vieil Horace au moment de l'adieu. Les pleurs sont des larmes qui jaillissent intarissablement.
5. Déplaisir a également beaucoup de force au 17* siècle et signifie « immense chagrin n. — Sur la vie des mots, cf. v.214, n.5.