‹ Horace; tragédie [par] Corneille. Nouv. éd., avec une méthode suivie de lecture expliquée ... suivie d'Horace par l'ImageChapitre 184 sur 265 · ACTE IV, SCKNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCKNE IV

Ce choix me désespère, et tous le désavouent1 ; 1215

La partie est rompue, et les Dieux la renouent ;

Rome semble vaincue, et, seul des trois Albains,

Curiace en mon sang n'a point trempé ses mains2.

O Dieux ! sentais-je alors des douleurs trop légères,

Pour le malheur de Rome et la mort de deux frères, 1220

Et me flattais-je trop quand je croyais pouvoir

L'aimer encor sans crime et nourrir quelque espoir3?

Sa mort m'en punit bien, et4 la façon cruelle

Dont mon âme éperdue en reçoit la nouvelle :

Son rival5 me l'apprend, et faisant à mes yeux 1225

D'un si triste succès le récit odieux,

Il porte sur le front une allégresse ouverte,

Que le bonheur public fait bien moins que ma perte6 ;

Et bâtissant en l'air sur le malheur d'autrui,

Aussi bien que mon frère il triomphe de lui. 1230

Mais ce n'est rien encore au prix de7 ce qui reste :

On demande ma joie en un jour si funeste6;

Il me faut applaudir aux exploits du vainqueur,

Et baiser une main qui me perce le cœur9.

En un sujet de pleurs si grand, si légitime, 1235

Se plaindre est une honte, et soupirer un crime ;

Leur10 brutale vertu veut qu'on s'estime heureux,

Et si l'on n'est barbare, on n'est point généreux.

*• " AR* ■ [désavouent ;

Les deux camps mutinés un tel choix

Ils rompent la partie, et les Dieux la

[renouent.

On voit, d'après la note du vers 12.il, en quoi consiste la supériorité du nouveau texte adopté par Corneille. Il y en a une aussi dans la langue, plus archaïque dans l'ancien.

2. Puisqu'Horace était le seul survivant. Voilà un point de vue nouveau, auquel Camille seule pouvait se placer.

3. Ce scrupule a sa racine profonde dans le sentiment antique de la jalousie des dieux — ou Némésis — par quoi nous sommes punis d'avoir des joies trop fortes ou des douleurs trop légères.

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