ACTE IV, SCKXE V
Et si tu veux enfin que je t'ouvre mon âme, Rends-moi mon Guriace, ou laisse agir ma flamme 1 ! Ma joie et mes douleurs dépendaient de son sort ; Je l'adorais vivant-, et je le pleure mort.
Ne cherche plus ta sœur où tu l'avais laissée 3 ; Tu ne revois en moi qu'une amante offensée, Qui comme une furie attachée à tes pas, Te veut4 incessamment5 reprocher son trépas. Tigre altéré de sang6, qui me défends les larmes7, Qui veux que dans sa mort je trouve encor des charmes, Et que, jusques au ciel élevant tes exploits, Moi-même je le tue une seconde fois8! 1290
Puissent tant de malheurs accompagner ta vie9, Que tu tombes au point de me porter envie ; Et toi10, bientôt souiller par quelque lâcheté11 Cette gloire si chère à ta brutalité12!
O ciel ! Qui vit jamais une pareille rage ? Crois-tu donc que je sois insensible à l'outrage, Que je souffre en mon sang ce mortel déshonneur13? Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur14,
i. C'est-à-dire, dans l'espèce :
«ou laisse éclater librement mon désespoir » . Cf. note du vers
2. Sur le participe équivalent d'une proposition circonstancielle, cf. Crouzet... Gr. Fr., § 438.
3. * Montrer dans cette tirade les alternatives de colère et de désespoir.