ACTE I, SCENE II
Quoi ! le manque de foi vous semble pardonnable ' ?
JULIE
Envers un ennemi qui peut nous obliger - ?
CAMILLE
D'un serment solennel3 qui peut nous dégager ?
JULIE
Vous déguisez en vain une chose trop claire :
Je vous vis encore hier4 entretenir Valère ; 1(30
Et l'accueil gracieux qu'il recevait de vous
Lui permet de nourrir un espoir assez doux5.
CAMILLE
Si je l'entretins hier et lui fis bon visage,
N'en imaginez rien qu'à son désavantage :
De mon contentement un autre était l'objet. 105
Mais, pour sortir d'erreur, sachez-en le sujet :
Je garde à Guriace une amitié trop pure G
Pour souffrir7 plus longtemps qu'on m'estime8 parjure.
Il vous souvient qu'à peine on voyait de sa sœur9 Par un heureux hymen mon frère possesseur, 170
Quand, pour comble de joie, il obtint de mon père Que de ses chastes feux je serais le salaire10.
1. * A ces propositions d'abandonner un amour vrai et profond pour un amour utile, comparer les réponses faites par les âmes nobles, depuis Achille (Iliade, ch. IX) jusqu'à Rodrigue, Sévère et Camille.