‹ Horace; tragédie [par] Corneille. Nouv. éd., avec une méthode suivie de lecture expliquée ... suivie d'Horace par l'ImageChapitre 51 sur 265 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

Eut droit1 de rassurer mon esprit éperdu. 190

Ce Grec si renommé, qui depuis tant d'années Au pied de l'Aventin- prédit nos destinées, Lui qu'Apollon jamais3 n'a fait parler à faux4, Me promit par ces vers la lin de mes travaux 5 :

« Albe et Rome demain prendront une autre face ; d95 Tes vœux sont exaucés, elles auront la paix, Et tu seras unie avec ton Curiace, Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais6. »

Je pris sur cet oracle une entière assurance, Et comme le succès passait7 mon espérance, 200

J'abandonnai mon âme à des ravissements8 Qui passaient les transports des plus heureux amants. Jugez de leur excès9: je rencontrai Valère, Et, contre sa coutume, il ne put me déplaire ; Il me parla d'amour sans me donner d'ennui 10 : 205

Je ne m'aperçus pas que je parlais à lui11 ;

1. Remarquer l'absence de l'article. Cf. Règle : Faire leçon, v. 310, n.

2. Il n'existait sans doute pas de devins grecs à Rome à l'époque de Tullus, mais il y en eut plus tard.

D'autre part, VAventin est le mont sur lequel Numa consultait le dieu Faunus (Ovide, Fastes, III, 291); mais Corneille n'a sans doute pas recherché ici une absolue précision historique.

3. Apollon, dans l'antiquité, était le dieu révélateur par excellence, celui qui était censé inspirer tous les devins.

Souvent les oracles antiques étaient, comme celui-ci, à double sens : Cicéron cite dans le De Divinalione l'oracle rendu à Pyrrhus : « Aio te Romanos vincere posse, mot à mot : j'affirme toi les Romains pouvoir vaincre », lequel oracle peut aussi bien annoncer la victoire des Romains que la victoire de Pyrrhus.

4.* Montrer que tous les traits, depuis«ce Grec», sont destines à montrer la qualité de l'oracle.

Page 1