VIII. Portrait d’Isabey
(Musée du Louvre)
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Le 10 août 1792,1a révolution grondait aux portes des Tuileries. Une foule hurlante, venue des faubourgs, s’accrochait aux grilles pour les forcer, vomissant l’insulte contre la famille royale et demandant la tête de Capet. Dans la cour du palais, quelques troupes fidèles
s’apprêtaient à la lutte. Bientôt, sôus la püussée formidable de la populace, les portes cédaient et la bataille commençait, inégale et sauvage, entre les envahisseurs et les rares défenseurs du château. Les coups de feu crépitaient sur tous les points de la royale demeure et jusque dans cette partie du Louvre où le gouvernement logeait gratuitement les meilleurs artistes de l’époque. Le canon tonnait, les vitres volaient en éclats, la consternation et l’épouvante régnaient dans ce petit monde paisible de peintres et de sculpteurs, jetés malgré eux en plein drame. Dans la cour la fusillade faisait rage. Soudain une porte s’ouvrit et l’on vit un homme portant un enfant dans les bras sortir de l’aile du Louvre réservée aux peintres, et gagner en courant, sous une véritable rafale de projectiles, la porte extérieure du château. L’homme qui fuyait la fureur des sans-culottes était Carie Vernet et l’enfant de trois ans qu’il
tenait dans ses bras était son fils Horace. Le futur peintre de batailles venait de recevoir le baptême du feu.
Horace Vernet était venu au monde le 20 juin 1789, au Louvre, dans le logement que son aïeul Joseph Vernet, le célèbre peintre de marines, occupait sous la grande galerie, au n° 15; c’était le même qu’avait autrefois habité le fameux ébéniste Boulle. Joseph Vernet n’étant mort que le 3 décembre de la même année, Horace disait souvent et pouvait dire en quelque manière qu’il avait connu l’auteur des Ports de France. Avec une telle ascendance, Horace était né artiste, ou, pour mieux dire, il était artistené; le goût du dessin lui serait certainement venu, dans une famille comme la sienne, s’il ne l’avait apporté en naissant. Son grand-père maternel était Moreau le Jeune, le célèbre et charmant dessinateur des Menus-Plaisirs ; son oncle Chalgrin était l’un des plus remarquables
architectes de son temps, et son père Carie s’était acquis une réputation que la gloire plus brillante de son fils n’a pas diminuée.
Sa naissance semblait donc l’avoir prédestiné à la peinture ; la période presque fabuleuse qui allait s’ouvrir le porta vers la peinture de batailles. Dès l’enfance, d’ailleurs, il témoigna le goût le plus vif pour les choses militaires. Loménie raconte qu’il était toujours en quête de petits morceaux de papier pour y gribouiller de petits soldats. Carie, peintre militaire lui aussi, avait naturellement chez lui tous les accessoires de ses tableaux : pistolets, carabines, fusils, modèles de canons, des sabres, des gibernes, mais il avait sévèrement défendu à son fils de jouer avec ses armes, et celui-ci obéissait malgré son humeur belliqueuse. Un jour, cependant, les fils de Dumont le miniaturiste, qui habitait aussi les galeries du Louvre, apportent un paquet de poudre à Horace, et