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LES DERNIÈRES ANNEES

Vernet, au moment de la proclamation de l’Empire, a soixante-trois ans, mais il reste toujours alerte; sa main est aussi habile, son œil aussi rapide à noter les sujets pittoresques qui s’offrent à lui. Sa production ne se ralentit pas; les toiles succèdent aux toiles, sans que leurs défauts s’accusent davantage, sans que leurs qualités diminuent en rien.

Un événement douloureux vient cependant jeter le drame dans cette vie, jusque-là si

facile, si riante, si heureuse. Sa fille qu’il adore, et qui est la femme du peintre Paul Delaroche, meurt prématurément, et cette perte cruelle assombrira désormais son existence.

Néanmoins, il travaille sans relâche; successivement, il peint le portrait de Frère Philippe, supérieur des Frères, tableau qui fut loué au delà du raisonnable et décrié contre toute justice ; puis, c'qsï la Bataille de l’Alma, à l’exposition de 1855, où il partage la grande médaille d’honneur avec M. Ingres, Delacroix et Decamps; il offrit cette tôile au roi Jérôme ; ensuite, viennent la Bataille d’Isly, la Prise de Rome par les Français ; Joseph vendu par ses frères; Retour d’une chasse au lion; Chasse du mouflon au Maroc; une Messe en Kabylie ; la Poste au désert; toutes ces toiles africaines, il en avait rapporté les sujets d’un voyage qu’il avait fait au delà de la Méditerranée. Comme peintre officiel du second

Empire, on lui doit plusieurs Épisodes de la guerre de Crimée et le portrait équestre de Napoléon III.

Nous ne pouvons songer, dans cette brève étude, à donner l’énumération complète des œuvres d’Horace Vernet, œuvres qui se comptent par centaines. La mort seule arrêta cette activité prodigieuse qui ne se ralentit pas jusqu’au dernier jour. Le peintre des batailles s’éteignit en pleine gloire en l’année

Horace Vernet est un peintre qu’il est permis de discuter; il est impossible de ne pas l’aimer. Il eut des qualités éminentes et des défauts très évidents. Ceux-ci nous sont connus : une composition morcelée, peureuse par places, capricieusement et moyennement spirituelle; pratique inconsistante, dessin approximatif et de mémoire, couleur qui va des teintes terreuses aux éclats de l’enluminure, et qui

jamais ne présente un ton précieux, un ton fin. Mais ses qualités apparaissent aussi dans un beau jour, je veux dire sa fécondité prodigieuse, ses facultés d’improvisateur, son génie d’observation, au vol rapide et sûr, et ce talent universel qui le rendait propre à tous les genres. Il voit le petit côté des choses ou leur aspect extérieur, mais il les voit bien et les rend avec esprit et netteté : ses paysages sont des topographies et ses portraits des signalements, de même que ses batailles sont d’excellents bulletins, rédigés d’un style clair, animé, incisif. Ce qui lui manque, c’est la vue d’ensemble, l’émotion, le style.

Charles Blanc, qui aime peu Vernet, écrit : “ Horace Vernet a toujours quelqu’un au-dessus de lui dans chaque branche de la peinture : Gros lui est supérieur pour les batailles, comme l’épopée est supérieure à l’anecdote : Gérard compose mieux Thistêire et entend mieux le

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portrait; M. Ingres lui apprendrait à dessiner le nu : Géricault, enfin, l’emporte sur lui pour les chevaux, et Charlet pour les troupiers. Cependant il est certain qu’Horace peut dire comme son grand-père Joseph : “ Inférieur à “ chacun de mes rivaux dans une partie, je les “ surpasse dans l’ensemble Et cela est parfaitement vrai. La gloire indiscutable de Vernet, c’est d’avoir abordé tous les genres et d’y avoir apporté une note spirituelle, très personnelle, qui le met bien à part de tous les autres. Il possède encore un autre mérite, le plus grand aux yeux de beaucoup, celui d’avoir chanté nos gloires nationales et d’avoir fait aimer la France dans sa grandeur et ses victoires ”.

Imprimerie Pierre Lafitte et Cie, Paris.

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