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MONTRES CIVILES

Les montres civiles , ces petites machines horaires que nous portons sur nous pour connaître le moment de la journée où nous devons accomplir quelques-unes de nos actions, sont, pour les femmes surtout, un bijou, un objet de parure plus encore qu’un mécanisme à mesurer le temps; cette destination explique les efforts faits pour orner et décorer leur enveloppe, pour réduire, dissimuler même leur volume. C’est pour satisfaire aux caprices de la mode que nous trouvions, dans les produits de la Suisse, des montres si richement emboîtées, d’une épaisseur tellement minime, qu’on reste étonné que des rouages puissent exister et se mouvoir entre des parois aussi rapprochées ; d’autres , plus surprenantes encore par l’exiguïté de toutes leurs dimensions , que nous pourrions appeler montres

microscopiques , sont perdues dans les ornements d’un bracelet ou insérées dans le manche d’un porte-plume, vrais bijoux mécaniques , qui doivent être regardés plutôt comme de rares tours de force d’exécution, que comme des produits industriels susceptibles d’être plusieurs fois répétés.

Aussi, sans nous étendre trop longtemps sur ces chefsd’œuvre de la main de MM. Patech et Elfroth, de Genève, qui ne sont guère plus des pièces d’horlogerie que ces oiseaux automates, qui s’élancent d’une pièce à musique pour remuer le bec, battre des ailes et rentrer dans leur cachette, ou que le pistolet lilliputien de cinq millimètres de long, composé de vingt pièces réunies par des vis qui ne se voient qu’à la loupe, pesant ensemble vingt-sept milligrammes, merveille enfantée par la patience et l’habileté de M. Audemars; nous arrivons de suite à l’examen des montres civiles déposées dans le Palais de cristal par les artistes des diverses nations.

M. Dent, de Londres, offrait aux amateurs de la belle horlogerie des montres civiles d’une exécution très-soignée ; parmi elles on en distinguait une dont l’aiguille des minutes semblait devoir être arrêtée dans sa course par l’axe de l’aiguille des secondes d’un cadran excentrique, mais qui, au moment de cette rencontre, sautait en arrière de presque un tour entier pour aller se placer de l’autre côté de l’axe des secondes infranchissable à cause de sa longueur laissée tout exprès pour causer la surprise; M. Dent eût été de beaucoup dépassé dans cette espèce d’escamotage horaire, s’il eût plu à la maison Bréguet de faire figurer dans le Palais de cristal une de ses pendules dites sympathiques, montant et remettant à l’heure une montre, qui n’entre en relation avec elle que par son simple dépôt dans un croissant métallique, installé sur la partie supérieure de la pendule. Les appréciateurs de difficulté vaincue auraient eu la satisfaction de trouver dans cette pièce un trèsingénieux stratagème, par lequel une poussée par la ligne des centres était rendue impossible , même pour le cas où le piston mû par la pendule pour opérer la mise à l’heure de la montre, en agissant contre le flanc d’un levier adhérent à l’axe de l’ai-

guille des minutes, viendrait à butter contre l’extrémité de ce levier, comme cela arriverait, sans cette précaution, toutes les fois que la mise à l’heure devrait être opérée, alors que le piston rencontre le levier dans la ligne passant par l’axe de l’aiguille des minutes.

Au nombre des pièces civiles de M. Dent on voyait encore une montre à tact, dans laquelle l’artis le anglais prétendait avoir utilement modifié le mécanisme primitif de feu Bréguet, afin de soustraire le rouage aux accidents d’un toucher maladroit.

Les montres civiles de M. Charles Frodsham portaient, comme tout ce qui sort des ateliers de cet habile horloger, le cachet de l’artiste instruit. On reconnaissait que M. Frodsham a hérité des enseignements du célèbre Arnold, auquel il succède si dignement. Ses montres à échappement à ancre peuvent être soumises à l’épreuve des plus violents exercices; le grand trot du cheval n’occasionne point de perturbation dans leur marche; une pièce à échappement à doubles rouleaux se faisait particulièrement remarquer par le rapport de l’arc d’échappement de 2 5 degrés et de l’arc de vibration de 63o degrés, d’où il résulte que le balancier est soustrait à l’influence du corps de rouage pendant 2 4/2 5 de son oscillation; en parlant de l’horlogerie de haute précision nous rendrons plus complètement justice aux admirables produits de cet habile artiste.

Dans l’exposition des produits suisses , ceux de M. A. Lecoüttre, du canton de Vaud, se distinguaient par la perfection de la forme des dents des roues et des ailes des pignons. Cet horloger a eu l’heureuse pensée d’adopter, pour l’exécution de ses montres civiles, des calibres tellement précis, qu’une pièce quelconque de l’un de ses mouvements de montre peut être déplacée et adaptée à un autre mouvement, sans que l’ajustement et le rapport des pièces cessent d’être parfaits. M. A. Lecouttre est auteur de plusieurs inventions et perfectionnements applicables à la haute horlogerie; au point de vue de l’horlogerie civile, on lui doit une construction nou-

velle très-bien conçue pour remonter les montres à deux barillets indépendants, et meltre les aiguilles à l’heure par la rotation d’un bouton moleté inséré dans le pendant de la montre.

M. Audemars, du même canton, expose aussi des montres à double mouvement, se remontant et se mettant à l’heure sans clef, par le pendant; il a su combiner le mécanisme délicat qui opère le remontage de façon à ce que l’inexpérience de celui qui le met en action ne puisse occasionner aucune perturbation dans la pièce , quand le mécanisme de remontage quitte un barillet pour attaquer l’autre. La modération de leur prix rehausse le mérite des beaux produits des ateliers de M. Audemars; nous nous en occuperons plus longuement en examinant ses pièces de haute précision.

Les montres de M. Mercier, de Genève, étaient remarquables par le bon goût qui avait présidé à leur ornementation; dans sa nombreuse collection il s’en trouvait à l’usage des sourds et des aveugles. M. Mercier est auteur d’un nouvel échappement composé de deux roues engrenant ensemble et ayant des dents alternativement de longueur différente; cet échappement solide est facile à établir à bas prix.

Nous ferons les mêmes éloges de la grâce de l’ornementation des montres de MM. Patecii, Philippe et Cie. La bonne exécution de leurs produits est obtenue avec économie de main-d’œuvre; la modération du prix assigné à chacune de leurs pièces ajoute un mérite auquel les acheteurs ne sont pas insensibles. Ces exposants se flattent d’avoir placé à Londres, sous les yeux du public , la plus petite montre de toute l’Exposition.

MM. Baron et Uhlman, de Genève, se recommandaient par la bonne fabrication de leurs montres à cylindres et autres échappements. M. Boch, du Locle en Suisse, et M. Bolton, de Coventry, en Angleterre, offraient des assortiments de montres à boîte d’argent et de métal plus commun plaqué d’or et d’argent, remarquables par leur bon marché.

Parmi les montres anglaises, nous en trouvons une sus-

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pendue par M. W. Pettit, de Londres, dans un bocal plein d’eau, afin de bien constater l’imperméabilité de fermeture du clrageoir de son verre et des diverses parties de sa boîte d’argent. Nous avouons que la nécessité de garantir un mouvement de montre des influences de l’humidité atmosphérique ou de celle résultant de la sueur de celui qui la porte, ne nous a point semblé assez généralement ressentie pour que nous ayons cru devoir étudier par quel moyen la fermeture de la boîte de cette montre était rendue si parfaitement étanche. Mais la vue du singulier spectacle d’une montre dont les aiguilles se mouvaient au milieu du même liquide dans lequel un poisson rouge prenait ses ébats nous a remis en mémoire une autre idée bien autrement utile , et pourtant que nous avons le regret de ne voir appliquée nulle part, nous voulons parler de la judicieuse pensée de M. Henry Robert, de Paris, qui, pour éviter l’introduction de la poussière dans les machines horaires les munit d’un diaphragme élastique permettant à l’air renfermé sous la cloche d’une pendule ou même dans la boîte d’une montre de se dilater ou de se condenser sans jamais se renouveler. Cette précaution, appliquée aux pièces marines, les soustrairait infailliblement à l’oxydation ; leurs huiles , peut-être même , pourraient s’en bien trouver.

Plusieurs horlogers ont tenté de prolonger la durée de la marche des montres, d’éloigner le moment du remontage du grand ressort. Nous rencontrons des tentatives de ce genre dans les produits de la France, de l’Angleterre, de la Suisse; ainsi nous voyons des montres marchant huit jours, par M. Vuillemier, du canton de Berne, Mermooz, du canton de Vaud; un mois, par M. Boyer, du Jura; un an et plus par M. Bovet; même trois ans par M. Bell, de Londres. Ces résultats obtenus par une augmentation considérable de la force du grand ressort et de plus nombreux engrenages, ou par l’addition de barillets auxiliaires, ne constitue pas un réel progrès en horlogerie. Nous n’en dirons pas de même des montres à masse , se remontant seules par le fait de la marche

de la personne qui porte ces montres, comme on en voyait une clans l’exposition de M. Fraigneau de Paris, invention d’origine allemande, singulièrement perfectionnée dans la maison Breguet, adoptée par M. Mugnier pour la montre qui lui avait été commandée par S. M. l’Empereur Napoléon Ier.

Une montre à ressort, dit de fusil, parce que le ressort moteur est composé cl’un morceau d’acier façonné comme le grand ressort d’une arme à feu, se trouvait dans la partie anglaise à l’exposition de M. E. Holl, de Londres; le peu de mouvement opéré par le ressort très-roide, a besoin d’être multiplié par une série d’engrenages dont la complication surpasse de beaucoup la prétendue simplicité du moteur.

M. Jackson, de Clerkenwell, a adopté, pour le remontage de ses montres, le principe inverse de celui généralement employé ; dans ses pièces , c’est l’axe du barillet qui est percé et équarri, et c’est l’extrémité de la clef qui est façonnée en prisme quadrangulaire; il a donné le nom nouveau de montre soliclave, à cette construction, qui est loin de constituer une invention à son profit, puisqu’elle n’est que la reproduction cl’une très-vieille pratique de feu Breguet pour ses pièces de très petit volume.

La beauté et la bonté des mouvements exposés par M. Benoît dans la partie sarde, comme spécimen des produits de la manufacture de Cluze , faisaient faire des vœux pour le succès de cet établissement, fondé par le roi de Sardaigne afin de naturaliser dans ses Etats une industrie qui peut devenir, pour ses sujets, une source de richesses. On reconùaissait à leur calibre que ces montres avaient été exécutées sous la direction habile de l’artiste français qui s’est efforcé vainement de développer à Versailles, dans sa patrie, une industrie qui eût affranchi la France du lourd tribut quelle paye à, la Suisse, pour ses montres de commerce, dont l’importation annuelle s’élève à près de 1 2 millions de francs.

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Nous allons classer en diverses catégories ce qu’il y avait de remarquable à l’Exposition en ce genre d’horlogerie, vrai triomphe du génie de l’homme , puisque , pour atteindre le but si difficile d’une exacte mesure du temps, il a dû mettre à contribution la mécanique appliquée, la géométrie, la physique, la chimie. En effet, ce n’est que par d’intelligentes combinaisons de leviers, par la perfection des courbes épicycloïdales des dentures, par l’isochronisme des spiraux, par l’égalité de la force motrice, par la compensation des balanciers, par la diminution des frottements, par le choix des huiles, qu’un artiste en haute horlogerie peut obtenir le succès.

Nous nous expliquerons d’abord sur le mérite des régulateurs astronomiques à pendule; nous examinerons ensuite les progrès qu’ont pu faire les chronomètres marins à suspension et ceux dits garde-temps de poche; nous parlerons de quelques pièces cl’horlogerie destinées à l’étude de phénomènes spéciaux. Nous terminerons cette partie de notre compte rendu par la description de quelques appareils et l’indication des perfectionnements subis par certains outils employés pour l’exécution de la haute horlogerie.

Des régulateurs astronomiques.

La plupart des régulateurs astronomiques exposés étaient à poids et à pendule compensé par le mercure; la construction la plus ordinaire de ces sortes de pendule consiste en une tringle d’acier terminée en étrier et supportant une éprouvette de verre contenant la quantité de mercure convenable pour compenser, par sa dilatation propre, les variations de longueur de la tringle qui la supporte; la simplicité de ce pendule, son mécanisme sans frottements entre les diverses parties, comme cela arrive dans les combinaisons fer et cuivre à leviers ou à grille , lui a fait généralement donner la préférence; une compensation exacte est facilement obtenue entre

les limites du calcul par quelques essais qui font connaître la quantité précise de mercure qu’il convient d’employer pour compenser une certaine tringle d’acier; rien d’aussi facile que d’ajouter ou d ’ôter du mercure jusqu’à ce que sa hauteur dans l’éprouvette soit à la longueur de la tringle d’acier dans les mêmes rapports que leurs dilatations réciproques. Quelques artistes ont pensé, à juste raison, qu’il fallait aussi, dans ces sortes de pendules tenir compte de la conductibilité, pour que la masse du mercure puisse être mise en équilibre de température avec l’air ambiant dans le même temps que la tige d’acier. Ils ont eu l’heureuse pensée4 de diviser le mercure en une série de capacités pour augmenter ainsi les surfaces touchées par l’air. Cette disposition se faisait remarquer, dans la partie française, au régulateur de M. Gannery, enlevé à son art si jeune, et alors pourtant qu’il avait déjà si bien prouvé tout son amour pour lui. On la voyait , dans la partie anglaise , dans un très-curieux régulateur de MM. Aubert et Klaftenberger, pièce très:remarquable sous d’autres rapports encore, que nous avons eu le regret de ne pas voir suffisamment appréciée. Disons, pour rester juste envers ceux qui ne sont plus, que la première pensée de la division du mercure pour assurer la rapidité de la compensation appartient à M. Ducheinin , l’une des gloires de l’horlogerie française. Cet habile artiste avait su encore, en articulant au bout de la tringle le faisceau de tubes de verre dans lesquels il renfermait son mercure, faire varier, par le seul fait de l’inclinaison des tubes, le rôle que joue le centre de gravité du mercure par rapport à la dilatation de la tringle d’acier; en cherchant le degré convenable d’inclinaison, M. Duchemin avait l’avantage de trouver expérimentalement la compensation sans modifier le poids de son pendule, puisque l’inclinaison du faisceau remplaçait pour lui les additions et les soustractions de certaine quantité de mercure.

La disposition aussi simple qu’élégante du pendule à mercure de M. Loseby, dans la partie anglaise, mérite d’être décrite : au lieu de terminer sa tringle d’acier en étrier, pour

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supporter ie réservoir à mercure, il se borne à faire passer cette tringle restée droite au travers du réservoir, et les choses sont disposées de façon, grâce à deux bouchons bien rodés, qu’un écrou placé à l’extrémité inférieure de la tige peut soulever ou abaisser le réservoir à mercure pour régler la longueur du pendule sans qu’il y ait fuite de mercure; un petit orifice spécial placé sur le réservoir permet, à l’aide d’une pipette, de mettre ou d’ôter du mercure jusqu’à ce que l’exacte compensation soit trouvée. M. Dent enferme son mercure dans un cylindre de fer dont la conductibilité rend les effets plus prompts, mais dont la dilatation, en augmentant la capacité du réservoir, les diminue. Feu Pecqueur avait su tirer de la conductibilité du fer les deux avantages à la fois. Le mercure compensateur du pendule de l’horloge astronomique qui lui valut la médaille d’or à l’une de nos expositions nationales, était contenu dans l’espace annulaire laissé entre un cylindre de verre et un cylindre de fer placé concentriquement; les changements de volume du cylindre intérieur de fer se convertissaient, par cette disposition, en une diminution de capacité du réservoir, par conséquent en un exhaussement du centre de ravité du mercure. L’effet inverse se produit dans le réservoir tout métallique de M. Dent.

M. Elïsha., de Londres, combine la dilatation du mercure avec celle cl’une lame bimétallique; deux éprouvettes remplies de mercure sont supportées par les extrémités recourbées de la lame bimétallique. A l’élévation du mercure dans les éprouvettes s’ajoute l’exhaussement des éprouvettes mêmes qui le contiennent par suite du mouvement d’ouverture des bras recourbés de la lame bimétallique.

La suspension des pendules était, dans presque tous les régulateurs astronomiques de l’Exposition, formée d’une lame de ressort : cette disposition est bien préférable à la suspension à couteau oscillant dans une gouttière d’acier, même d’agate ou autre matière très-dure ; non pas qu’il faille une moindre puissance pour entretenir les vibrations d’un pendule suspendu à une lame, puisque l’effort nécessaire

pour faire fléchir la lame sans frottement peut dépasser la résistance du couteau berçant son tranchant dans la çouttière.

La vraie raison de préférence consiste dans la propriété qu’on peut donner à la lame de suspension de rendre les grands et les petits arcs isochrones comme sont les arcs cycloïdaux décrits par une boule suspendue à un fil oscillant entre deux secteurs, contre lesquels le fil vient se courber pendant chaque oscillation. L’honneur de l’isochronisme tronvé dans une lame de suspension , convenablement façonnée, appartient incontestablement à M. Winnerl. Ferdinand Berthoud en avait eu la pensée, mais il avait vainement cherché la solution du problème dans la flexibilité et la longueur du ressort. Clément, de Londres, n’avait pas été plus heureux en suivant la même route : tous deux tournèrent le dos au but, puisque c’est la brièveté et la rigidité de la lame qui assurent le succès. M. Laugier, membre de l’Académie des sciences, le démontre dans le savant mémoire où il fait connaître les rapports de longueur et d’épaisseur que doit avoir la lame avec le poids de la lentille pour obtenir l’isochronisme des arcs, quelle que soit leur amplitude. M. Loseby, de Londres, en faisant battre la tringle de son pendule contre un ressort, avait eu une pensée analogue pour arriver au même résultat. Voici la disposition qu’il a choisie : il forme avec une lame de ressort un cercle complet qu’il place dans le plan d’oscillation, de façon à être touché par la tringle du pendule une fois par chaque double oscillation; le diamètre du cercle, le point de contact avec la tringle, sont variables pour trouver expérimentalement l’effet le plus convenable.

Nous ne terminerons pas cette énumération des différents pendules employés dans les régulateurs astronomiques sans parler de celui à tringle d’acier et de cuivre auquel M. Dubois, du Locle, a ménagé une compensation variable au besoin par la possibilité de modifier le rapport de longueur de chacune des tiges des deux métaux , dont la dilatation doit se mutuellement compenser.

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Nous indiquerons, pour mémoire seulement, le balancier du régulateur de M. Hutton, de Londres, dont la lentille oscille entre deux écrans pivotant sur leur axe par le fait de l’élévation ou de l’abaissement d’uue colonne barométrique de mercure ; l’auteur s’est proposé de compenser ainsi les différences de résistance qu’un pendule peut rencontrer dans l’air par suite des changements de sa densité; cette pensée est louable, puisqu’elle prouve l’extrême désir de l’artiste de soustraire sa machine horaire à une cause d’irrégularité dont, jusqu’ici, on ne s’était pas préoccupé; des expériences longtemps suivies et des observations exactement faites peuvent seules faire juger de l’utilité de cette innovation. Nous ne citerons le pendule conique deM. A. Gérard, d’Aberdeen, que pour rappeler que cette invention d’Huyghens, reproduite en France à plusieurs de nos expositions, était aussi devenue le but des études de M. Pecqueur; en combinant un pendule conique à verge flexible avec un secteur sur lequel la verge s’infléchissait à mesure que la lentille s’éloignait du centre par l’effet de la force centrifuge pendant le mouvement giratoire , M. Pecqueur était parvenu à l’isochronisme des grands et des petits arcs décrits par un tel pendule.

Des échappements des régulateurs astronomiques.

Poursuivons notre description des régulateurs astronomiques; en remontant des effets à la cause, passons du pendule à l’échappement, c’est-à-dire au mécanisme par l’intermédiaire duquel la force motrice, que nous avons dit être presque toujours un poids pour ces sortes de pièces, entretient les oscillations du pendule.

L’échappement le plus généralement employé dans les régulateurs de l’Exposition était celui à ancre de Graham. Quelques exceptions pourtant pourraient être signalées : ainsi nous avons vu avec intérêt une ingénieuse modification de cet échappement par M. Airy, directeur de l’Observatoire royal de Greenwich, exécuté par M. Dent, dans un régulateur astronomique placé par lui à côté de sa grosse horloge comme pour en con-

trôler la marche; la modification imaginée par le savant astronome, dans le but d’obtenir des arcs toujours égaux dans les oscillations du pendule, consiste principalement à avoir doublé toutes les pièces cle l’échappement pour faire agir le premier échappement sur le second par l’intermédiaire d’un ressort spiral. Le premier échappement, dont l’ancre n’a point de plans inclinés, règle le déroulage du rouage et tend le ressort spiral qui, en se débandant, mène le second échappement, chargé seul d’entretenir les oscillations du pendule.

Le régulateur de M. E. W. Dubois, du Locle, était pourvu d’un échappement n’agissant que de deux vibrations l’une, ayant le double mérite de réaliser incontestablement les conditions si recherchées et généralement si peu obtenues dans les échappements dits libres et à force constante; en effet, dans tous ces mécanismes, que la force constante soit puisée dans un poids ou dans un ressort, pour que la perte résultant de l’impulsion donnée au pendule soit restituée par le moteur principal, à poids ou à ressort lui-même, il faut nécessairement, comme nous l’avons dit en traitant des remontoirs des grosses horloges, qu’une certaine fonction, appelée dégagement, s’opère pour laisser agir le rouage principal sur l’appareil intermédiaire de force constante. Nous avons fait remarquer que ce travail était lui -même variable, puisque le dégagement reste soumis aux inégalités d’action du moteur principal, qui exerce sur l’arrêt une pression pas toujours semblable. Le dégagement peut être opéré de deux façons : si c’est le pendule qui l’exécute pendant les oscillations, comme dans l’horloge de M. William Broking, de Hambourg, plus de régularité dans l’amplitude des arcs, partant plus d’isochronisme ; si c’est la roue d’échappement, plus de force constante, puisque l'impulsion donnée au pendule sera amoindrie de la quantité cl’effort absorbé pour le dégagement, et nous venons de répéter qu’il est fatalement variable. Dans ce second cas, comme dans le premier, les arcs d’oscillation du pendule ne seront pas constamment égaux. Aussi M. Gannery, dans la partie française; M. Gowland, dans la partie anglaise; M. Nie-

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berg , dans la partie hambourgeoise , tout comme M. Wagner , dans la partie française, en sollicitant les vibrations de leur pendule par la chute d’un poids dont une partie de la gravité est absorbée par le dégagement opéré pendant la chute qui donne l’impulsion, n’ont-ils fait que des régulateurs à balancier libre, mais non pas à force constante; l’artiste anglais, M. Gowland, en faisant agir, par l’intermédiaire d’une fusée, son barillet pour relever ses deux petits poids de force constante, semble avoir pris le soin d’avertir lui-même qu’il avait manqué le but.

M. Houdin, de Paris, dans ses régulateurs, dont la belle exécution provoquait les éloges les mieux mérités, a su annihiler l’inconvénient en faisant arrêter l’extrémité d’un levier adhérent à l’axe du dernier mobile du rouage chargé de relever le poids ou de réarmer le ressort de la force constante sur un petit cylindre fendu en quatre, monté sur l’extrémité du pivot de la roue d’échappement. Les fentes laissent passer le levier et filer le rouage toutes les fois quelles se présentent dans la ligne d’appui du levier; la pression variable du corps de rouage se trouve divisée par la différence très-grande des rayons du levier et du cylindre fendu } elle se trouve ainsi tellement réduite, qu’elle reste sans influence sur le pivot de l’échappement, qu’elle presse sans inconvénient suivant la ligne du centre, comme nous l’avons expliqué en parlant d’une disposition analogue, employée par M. Dent pour sa grosse horloge; cette construction a été reproduite par lui dans son horlogerie de haute précision, pour régler la marche d’une pendule portative.

M. F. W. Dubois, du Locle, en artiste habile, a tourné la difficulté autrement : le dégagement opéré par son échappement n’est plus celui variable du rouage, mais bien celui à résistance uniforme de la force constante, qui n’occasionne aucune perturbation dans les oscillations de son pendule; son mécanisme à poids étant sur le même principe que celui a ressort de M. Marenzeller et de M. Louis Richard, dans des chro» nomètres à suspension , de M. Retor, dans un chronomètre de

poche, nous en donnerons la description en rendant compte des montres marines. Ce problème, très-difficile à bien résoudre, préoccupe les artistes en horlogerie depuis des siècles ; la première solution en fut proposée par Huyghens, en 1675 ; une autre par Gaudron, en 1730. Halley et Breguet ont tenté de le résoudre pour les montres, il y a déjà plus de 70 ans. Depuis eux, une foule de solutions ont été proposées, notamment par l’infatigable M. Pons, qui semblait en avoir fait l’occupation habituelle de son esprit si ingénieux et si fécond; mais nous sommes forcé de reconnaître que presque toujours les inconvénients pratiques résultait de la complication de ces mécanismes ont dépassé les avantages théoriques que l’on attendait de leur savante combinaison.

On remarquait dans la partie anglaise, aux expositions de M. Dent et de M. Bain, deux régulateurs, dont les pendules recevaient leur impulsion par la lentille. L’un n’était que la reproduction d’une idée exécutée par feu M. Brosse, horloger très-instruit de Bordeaux, qui avait eu aussi la pensée de faire des régulateurs astronomiques portatifs et destinés aux observations pendant les stations d’un long voyage, dont les ancres de l’échappement à la Graham étaient portées par la tige même du pendule, comme le pratique avec grand succès, pour ses régulateurs à demi-seconde, le très-habile M. Winnerl ; comme l’a exécuté, pour une horloge publique, M. Wagner, avec un échappement à recul.

Le balancier du régulateur de M. Bain est aussi sollicité par la lentille, mais non plus par un échappement mécanique, mais par l’action de deux électro-aimants, entre lesquels oscille la lentille, qui en renferme elle-même un troisième, changeant de pôle à chaque oscillation ; or, comme il est très-difficile de régler d’une façon uniforme et durable l’action des piles, les arcs décrits par ce balancier participent natûrellement à toutes les variations d’intensité du courant, qui détermine le pouvoir alternatif des électro-aimants servant de moteur au régulateur de M. Bain. M. Shepered, mieux avisé, tout en employant l’électricité comme moteur de son régula-

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leur, mais en l’appliquant seulement au réarmement d’une force constante puisée dans un poids, a su, pour sa grande horloge qui donnait l’heure sur la façade du pavillon central du Palais de Cristal, éviter un tel inconvénient.

Nous pouvons citer, pour mémoire seulement, n’ayant pas pu en contrôler la marche , le régulateur très-bien exécuté de M. Funch, dans la partie danoise, dont l’échappement ne communique l’impulsion au pendule que toutes les dix secondes.

Nous mentionnerons, comme des régulateurs tous dignes d’éloges, quoique ne contenant aucunes dispositions nouvelles, ceux de MM. Parkinson etFrodsham, de Londres, et de M. Hohwn, d’Amsterdam.

Nous ne dirons qu’un seul mot de l’échappement à rouleau de M. Deshays, de Paris, abandonné depuis longues années par son auteur, repris par l’horloger anglais Mac- Dowal et exposé comme son invention personnelle sous le nom nouveau de single pin escapement. Notre déférence pour les décisions du jury, alors que, dans cette circonstance comme dans plusieurs autres, nous nous sommes trouvé d’un avis différent de la majorité de nos collègues, ne nous permet pas d’infirmer par une discussion critique le mérite de cet échappement jugé digne d’une médaille de prix; il nous suffira, pour expliquer notre opinion défavorable, de faire remarquer qu’un tel échappement exige, de la part du dernier mobile , un tour complet pour chaque double vibration du pendule.

Le singulier régulateur de MM. Aubert et Klaftenberger, de Londres, mérite d’être décrit. Cette pièce, très -originale, était à balancier à mercure, fractionné dans une série de tubes de verre , comme nous en avons signalé précédemment l’avantage, à échappement à ancre de Graham; elle était, de plus, pourvue d’un remontoir tout exceptionnel, à échappement lui-même à ancre et à pendule oscillant.

Entre deux platines formant cage commune, sont groupés verticalement l’un au-dessus de l’autre, à une certaine dis-

tance , deux corps de rouage distincts , l’un mû par deux barillets à ressort, l’autre par un poids léger; chacun est pourvu de son échappement et de son pendule; les corps de rouage sont reliés entre eux par une roue insérée dans l’espace qui les sépare, et portée elle-même sur une traverse appartenant à un triangle articulé par son sommet avec un point fixe rivé sur le haut de la cage, engrenant, par sa base curviligne dentée en forme de rateau, avec une dernière roue ou pignon, dont l’axe est pourvu d’une poulie à double gorge.

Dans les gorges de cette poulie double sont enroulés en sens opposé deux cordons; l’un supporte le poids de force constante du rouage principal, l’autre sert de suspension au balancier à demi-secondes du rouage à barillet du remontoir. Si l’on se donne la peine de réfléchir sur une pareille composition , on concevra que la roue intermédiaire portée sur la traverse du triangle, engrenant elle-même à la fois avec les deux corps de rouage qui marchent en sens inverse , ne subira qu’un mouvement angulaire autour de son propre axe tant que la vitesse des deux corps de rouage restera la même, mais qu’elle éprouvera au contraire une tendance au déplacement de son centre de rotation dès que les vitesses des deux rouages ne seront plus semblables ; or elle ne pourra pas être entraînée par la différence de marche des rouages sans déplacer le triangle sur la traverse duquel elle est installée; par conséquent sans que celui-ci, par sa base dentée, n’imprime à la roue ou pignon, dont l’axe porte la poulie aux deux gorges, un certain mouvement angulaire, qui aura pour effet d’allonger ou de raccourcir le cordon du poids moteur principal, et celui qui sert de suspension au balancier à demi-secondes qui règle le déroulage des barillets du remontoir.

Le déroulage variable du remontoir à barillet sera ainsi constamment mis en rapport avec le cheminement régulier du rouage principal mû par la force constante , puisque toute différence de vitesse entre les deux rouages se traduirait finalement , par suite de cette composition mécanique, en une modification

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des oscillations du petit pendule du remontoir, justement convenable pour rétablir l’uniformité de marche. Disons , pour terminer cette description , que le balancier à demi-secondes ne fait pas, par sa masse, équilibre au poids moteur, et que c’est précisément cette différence qui constitue la force constante chargée seule d’assurer l’isochronisme des oscillations du pendule à mercure de ce très-singulier régulateur

Nous voudrions pouvoir laisser l’honneur de cette ingénieuse invention aux deux habiles artistes étrangers qui l’ont exposée,, mais le besoin de rester vrai et juste envers nos compatriotes nous oblige à réclamer, pour M. Bi\ocoT,de Paris, le mérite d’exécution du double corps de rouage du régulateur, dont l’idée première appartient incontestablement à feu Pecqueur, puisqu’elle a été par lui déjà réalisée il y a longues années dans son appareil à régler les montres en quelques instants, par la réaction d’une pendule en l’absence même de l’horloger; cet appareil, qui constitue l’une des plus utiles applications de ses engrenages satellites, est malheureusement trop peu connu et trop rarement employé : nous le ferons sortir de l’oubli en traitant des machines auxiliaires de l’horlogerie.

Nous venons d’essayer de faire comprendre une disposition bizarre de remontoir, appliqué à un régulateur astronomique, nous ne quitterons pas ce sujet sans en avoir signalé une autre qui a aussi son cachet d’originalité, nous voulons parler du remontoir de M. Pescheloche, d’Epernay. Nous nous bornerons à en indiquer le principe; lui aussi emploie un barillet à ressort pour relever un poids servant de force constante, mais, pour se débarrasser des inégalités d’efforts du ressort, il n’a rien trouvé de plus simple que d’opposer le ressort à lui-même en le faisant agir par ses deux extrémités sur un même rouage; un état d’équilibre s’ensuivrait si le poids de la force constante agissant seulement sur l’une des extrémités ne le détruisait; par ce stratagème, le ressort se débande et relève le poids de force constante toujours dans les mêmes conditions, jusqu’au moment où sa tension ne fait plus qu’égaler ce poids lui-même, auquel cas l’équilibre s’é-

tant établi entre tous les organes, le mécanisme cesse de fonctionner.

Des chronomètres marins.

Les machines horaires destinées à donner la longitude en mer sont de deux natures : les unes , d’un volume plus ou moins gros, sont installées au centre de deux anneaux de cuivre articulés à diamètre croisé , comme les suspensions de boussole ; les autres, de la dimension d’une montre seulement, s’appellent, à cause de cela, chronomètres de poche.

Les principes adoptés et suivis pour la construction des uns et des autres sont les mêmes, ils ne diffèrent entre eux que parla dimension donnée aux organes; il ne sera donc pas nécessaire d’en faire deux catégories séparées comme pour les horloges astronomiques.

Nous allons nous expliquer successivement sur les parties principales de ces intéressantes machines, en remontant, comme nous l’avons fait déjà pour les autres pièces d’horlogerie, de l’organe régulateur qui termine le rouage jusqu’à la force motrice qui le fait cheminer. Nous parlerons tout d’abord des balanciers circulaires des chronomètres : les fonctions de cet organe sont absolument les mêmes que celles du pendule, quoique le mouvement en soit très-différent ; le pendule oscille lentement, c’est-à-dire le plus ordinairement une fois par seconde, deux fois dans les pendules à demi-seconde; le balancier prend sur son axe un mouvement angulaire alternatif, rapide, qui se reproduit suivant les nombres adoptés pour les dentures des roues, depuis deux vibrations doubles jusqu’à cinq par seconde. Cet organe régulateur, comme le pendule, doit être soustrait aux influences de température; en agissant non-seulement sur lui, mais encore sur le ressort spiral qui détermine son mouvement alternatif, les variations de température tendent à changer la durée des oscillations. On comprend, en effet, que, si le •balancier est augmenté en diamètre par la chaleur, les oscillations seront nécessairement plus lentes; elles deviendront plus brèves, au contraire, s’il

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est diminué par le froid; par contre, le ressort spiral allongé par la chaleur est rendu par elle plus flexible; il se raccourcit et devient plus résistant par le froid.

La tâche de l’artiste en chronomètre n’est donc pas facile, car ce sont ces effets contraires qu’il doit concilier et annuler. Des constructions très-diverses de balanciers ont été essayées et abandonnées ; nous nous contenterons de décrire celles le plus généralement employées.

Comme dans le pendule, la compensation du balancier circulaire a été cherchée et trouvée dans la différence de dilatation des métaux. Un disque d’acier, placé dans un creuset avec de la grenaille de cuivre, est environné, par la fusion, de ce dernier métal ; . cet assemblage métallique est façonné sur le tour en forme de cercle, dont l’épaisseur est tout à la fois composée d’acier et de cuivre. On a bien fait quelques balanciers en joignant, par une soudure ou par des rivets, une lame d’acier à une lame de cuivre, mais ce procédé, donnant une union moins intime, n’est guère suivi que pour les balanciers non circulaires dont nous parlerons un peu plus tard. Le cercle bimétallique est adhérent à un ou plusieurs bras, un axe à pivot est installé au centre du tout. Le cercle du balancier est coupé en autant de segments qu’il y a de bras; chaque bras se trouve ainsi muni de son secteur; au bout de chaque bras se place la masse dite de réglage de temps; sur les secteurs et à une place que l’expérience détermine se fixe la masse dite de compensation; c’est elle qui est destinée à combattre par un effet inverse le rapprochement ou l’éloignement des masses de réglage, par suite des modifications apportées dans la longueur des bras du balancier par les changements de température. Disons comment cet effet de compensation est obtenu : il est le résultat de la différence de dilatation de l’acier et du cuivre; la lame de cuivre placée à l’extérieur est plus dilatable que celle d’acier qui forme le cercle intérieur; elle réagit sur elle et la force à se fermer ou s’ouvrir, suivant qu’elle s’allonge ou se raccourcit elle-même davantage. C’est ainsi que les masses portées par les secteurs

sont, de leur côté, éloignées ou rapprochées du centre de rotation. Des effets inverses de ceux subis par les masses de réglage de temps compenseront leurs déplacements, s’ils sont en juste proportion. Le déplacement étant proportionnel à la longueur des secteurs, le réglage de la compensation consiste à trouver quelle longueur de secteur il faut intercaler entre les deux genres de masse.

Comme pour les pendules à grilles (système Harrisson), l’acier et le cuivre sont les métaux le plus généralement employés pour la confection des balanciers bimétalliques ; pourtant, la pensée d’éviter les perturbations démarché résultant de l’influence magnétique, si les bras d’un balancier acier et cuivre viennent à se polariser, a conduit M. Vissière, jeune artiste français, dont les chronomètres se distinguent entre tous par leur excellente exécution , à chercher la compensation dans la différence de dilatation de l’or et du platine.

M. Loseby, de Londres, a voulu faire concourir le mercure à la compensation d’un balancier circulaire, tout comme à celle d’un pendule; en cela, il n’aurait fait que reproduire une tentative de Pierre Leroy; mais disons avec justice que l’artiste anglais, dont les œuvres à l’Exposition attestent une préoccupation constante pour le perfectionnement de son art, a su tirer de la dilatation du mercure un parti tout spécial en l’employant concurremment avec les arcs bimétalliques, comme compensation supplémentaire. Pour bien faire comprendre le mérite de cette addition , expliquons ce qu’elle est et son but : l’expérience a prouvé qu’un chronomètre cessait d’être parfaitement réglé par des températures extrêmes; cette Anomalie a plusieurs causes ; la résistance croissante que les arcs bimétalliques éprouvent à s’ouvrir ou à se fermer au delà d’une certaine limite, par suite de la tension que subissent les lames qui doivent être suffisamment récrouies pour faire ressort et ramener le balancier à sa forme, dès que la température est redevenue semblable à celle par laquelle le balancier a été construit , joue le moindre rôle. Quelques esprits subtils attribuent aussi une influence à la force centri-

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fuge , puisqu’elle agit contrairement à l’effet à produire ; quand il importe, par exemple, que les masses de compensation se rapprochent du centre pour obtenir l’accélération du balancier, cette accélération même dans sa| vitesse angulaire, en développant la force centrifuge, tend à les éloigner. La véritable cause est par-dessus tout dans les modifications de longueur et de flexibilité apportées au ressort spiral par les températures extrêmes.

M. Loseby a eu l’heureuse pensée de former sa masse de compensation avec le réservoir d’un petit thermomètre à mercure , dont la tige se dirige vers le centre du balancier, en suivant une courbe tracée de façon à faire jouer à la colonne de mercure, malgré sa marche uniforme et proportionnelle à la température dans le tube recourbé, un rôle pourtant trèsvariable pour le déplacement du centre de gravité, la courbure étant d’autant moins prononcée qu’elle se rapproche plus du centre.

Un allongement d’un millimètre de la colonne de mercure aura une influence tout autre s’il se produit dans la partie du tube la plus courbée et qui fait presque partie du cercle du balancier, ou bien si c’est dans la partie redressée et qui se rapproche du centre en suivant un rayon que le mercure se dilate. En soumettant le tracé de la courbe à certaines conditions mathématiques, et en articulant le thermomètre avec l’arc bimétallique qui le porte, il est possible, avec cet auxiliaire, de faire disparaître, pour les températures extrêmes, les anomalies de compensation que nous avons signalées comme défaut inhérent aux balanciers bimétalliques circulaires.

MM. Eiffe et Dent sont les premiers horlogers qui se sont donné cette tâche difficile. M. Dent avait cru arriver facilement au but en faisant son ressort spiral en verre et en formant son balancier d’un disque de même substance; la trèspetite dilatation de l’un et de l’autre , par suite du choix de cette matière si peu dilatable, devait être compensée par deux petites lames de platine portées par le balancier. Abandonnant ces essais, il a jugé plus convenable d’opposer les inconvé-

nients des lames bimétalliques à eux-mêmes, et, par une ingénieuse construction, il y est parvenu. La variation seule du plan dans lequel les masses de compensation sont déplacées résout son problème. Son balancier n’a plus la forme circulaire ; il se compose d’une traverse bimétallique rectiligne reliée, à chacune de ses extrémités, avec une seconde lame bimétallique rectiligne repliée sur elle-même en forme de pincette; à la branche de la pincette, qui n’adhère pas à la traverse, il fixe une tige filetée sur laquelle la masse de compensation se visse.

La compensation pour toutes les températures résulte du jeu combiné de ces organes; tâchons d’en faire saisir la raison. La traverse bimétallique, en se courbant par suite de la dilatation inégale de l’acier et du cuivre qui la compose, rapproche ou éloigne du centre de rotation de ce balancier les masses de compensation vissées sur les tiges rivées au bout de l’un des bras des pincettes bimétalliques installées sur chacune de ses extrémités. Après une certaine flexion à peu près uniforme et suffisamment efficace pour les températures moyennes, commencent , pour les températures extrêmes , les anomalies de compensation.

A ce moment, c’est aux pincettes à suppléer à l’insuffisance du déplacement du centre de gravité des masses, par le fait seul de la courbure de la traverse. Voici comment elles complètent la compensation : en s’ouvrant elles soulèvent, en se fermant elles abaissent les masses qu’elles portent à leur extrémité: elles ajoutent ainsi aux effets propres de la traverse. Or il est possible de régler leur action pour trouver exactement la quantité de compensation supplémentaire désirable, il suffit pour cela de faire varier l’angle sous lequel la pincette est articulée à la traverse. Si la pincette faisait suite à la traverse, en s’ouvrant elle éloignerait du centre la masse cle compensation que la courbure de la traverse en avait rapprochée, et en annihilerait ainsi les effets; si, au contraire, elle lui était superposée parallèlement, les deux effets de déplacement de la masse de compensation s’ajoutant, le but pourrait être

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dépassé. Une certaine position angulaire, que l’articulation de la pincette avec la traverse permet de trouver expérimentalement, fournit exactement, par le soulèvement ou l’abaissement des masses le complément de compensation convenable pour les températures extrêmes, chaudes ou froides. La hauteur où les masses sont vissées sur les tiges est un premier moyen de régler les effets de compensation; les masses de réglage du temps sont vissées sur une traverse particulière d’un seul métal et formant la croix avec celle bimétallique.

Pour obtenir la compensation additionnelle, M. Charles Frodsham a superposé, sur la traverse de son balancier bimétallique circulaire construit à l’ordinaire, une barrette bimétallique portant des masses vissées èur des tiges filetées rivées à ses extrémités. Cette barrette est solidement unie par son point milieu avec l’axe du balancier; des vis, taraudées dans son épaisseur, à certaines distances des deux extrémités, permettent de lui donner, en prenant leur point, d’appui sur la traverse du balancier, une courbure préalable qu’un excès de température peut seul augmenter pour rapprocher du centre les masses dont la hauteur variable sur les tiges filetées est aussi un moyen de régler l’influence ; cette barrette bimétallique est l’invention de Dallas.

MM. Barraud et Lund, de Londres, offraient aussi, dans leur exposition, un balancier circulaire exécuté sur grande échelle avec des combinaisons métalliques pour obtenir le même résultat; il serait difficile d’en faire comprendre la disposition assez compliquée, sans un dessin.

Nous venons de parler des balanciers. Avant de passer aux échappements qui les mettent en mouvement, arrêtons-nous un instant sur les ressorts spiraux.

On en voyait de formes variées. Nous venons de parler de ceux en verre de M. Dent, mentionnons aussi ceux en or de M. Jurgensen, de Copenhague; mais, par-dessus tout, signalons ceux de M. Lutz, de Genève, pour leur inoxydabilité et leur très précieuse propriété de résister aux déformations ,

alors même qu’on les redresse complètement après les avoir soumis à une température suffisante pour les recuire.

Sans la décrire, nous appelons l’attention sur la manière dont M. Frodsham arrête l’extrémité du ressort spiral pour assurer l’isoclironisme des vibrations du balancier. Nous citerons encore le procédé employé par M. Lecoultre pour empêcher le renversement ou retournement du balancier dans les pièces à échappement, à ressort ou à la Duplex, très-peu différent, du reste, de celui pratiqué par M. Nicole, dans la maison Dent, de Londres. Nous indiquerons, enfin, les spiraux sphériques d’HouRiET , appliqués par M. Grand-Jean , du Locle , à des chronomètres de poche.

Des échappements des chronomètres.

La plupart des chronomètres de l’Exposition étaient pourvus d’échappement à ressort de l’invention d’ARNOLD, modifié par Earnshaw, presque tous à détente à ressort; les détentes à pivot, qui augmentent l’influence si fâcheuse des huiles, étaient rares. Pourtant, quelques échappements du genre dit à force constante se faisaient remarquer par leur belle exécution.

Parmi ceux-ci , nous citerons celui de M. Retor , de Genève. Une double roue sert à armer un petit ressort spiral auxiliaire, porté par une longue pièce servant à communiquer l’impulsion au balancier; deux ressorts de détente, portant chacun un repos en rubis , servent à l’accrochement et au décrochement de la pièce d’impulsion d’une part, et de la roue qui la réarme de l’autre.

La pièce d’impulsion dégage elle-même, par un très-petit mouvement angulaire de cinq degrés seulement, la roue qui la réarme ; c’est le balancier qui dégage la détente de la force constante. Ce mécanisme est compliqué, puisqu’il présente deux repos et quatre levées et un doigt d’impulsion en rubis ; néanmoins , le peu d’inertie de toutes les pièces lui permet cle très-bien fonctionner, et il a pu servir à son auteur à faire d’intéressantes expériences sur l’isochronisme d’un même res-

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sort spiral pour des longueurs différentes. L’éloge que nous donnons au peu d’inertie des nombreuses pièces qui composent le nouvel échappement à force constante de M. Retor ne peut pas malheureusement s’appliquer à l’échappement à tourbillon reproduit dans une de ses pièces, par M. Auguste Favre, du Locle.il était vraiment regrettable de voir tant d’habileté de main consacrée à l’exécution d’un mécanisme aussi peu conforme aux principes théoriques; pour éviter les anomalies de marche dans des positions diverses résultant du défaut d’équilibre d’un balancier qui peut être facilement réglé de poids, de manière à ce que le centre de masse passe par le pivot dans toutes positions, faire valser autour d’un des mobiles toutes les pièces de l’échappement, y compris le coq qui porte le balancier, c’est introduire , par suite des chocs qui résultent de l’arrêt brusque d’une telle masse et de son inertie, alors qu’il faut la remettre en mouvement à chaque impulsion, des perturbations de marche bien supérieures à celles que l’on veut prévenir. Parmi les échappements à force constante se voyait encore celui inventé par feu Jurgensen, exécuté par son fils, dans un très-beau chronomètre marin. Cette pièce et un thermomètre à ressort bimétallique, indiquant les maxima et les minima, faisait, de l’exposition de cet artiste danois, l’une des plus remarquables dans l’horlogerie de haute précision. Au point de vue théorique, l’échappement de même nature de M. Marenzeller, de Vienne, bravait toute discussion; l’artiste allemand avait très:bien compris qu’il n’y a pas de force constante si le dégagement variable du rouage du remontoir est opéré directement par le balancier, ou si une partie quelconque de la force d’impulsion est employée a cette fonction ; aussi avait-il eu soin de ne faire décrocher directement, par le balancier, que l’arrêt de la force constante, laissant à la roue d’échappement le soin de dégager le rouage du remontoir, alors que tout rapport a cessé entre la dent de cette roue et la levée portée sur l’axe du balancier. Le mécanisme très-compliqué de l’horloger allemand est la reproduction , par des organes plus nombreux , d’une même

pensée, beaucoup plus simplement rendue par M. Lépine, de Paris, dans les échappements de ses pièces de voyage. Pour terminer ce que nous avons à dire sur les échappements à force constante appliqués aux chronomètres marins , nous parlerons de celui de M. Louis Richard, arrière-petit-fils du premier horloger neufchâtelois , qui soutient dignement la réputation d’habileté et de savoir que ses ancêtres ont acquise dans l’art de l’horlogerie importé par eux dans cette localité. Cet échappement , dont la force constante peut être puisée dans un poids lorsqu’il est appliqué aux régulateurs astronomiques , est, pour les chronomètres , du même genre que ceux que nous venons de citer.

Comme dans celui de M. Retor, l’impulsion est donnée par une pièce intermédiaire liée à un ressort spiral; cette pièce est armée par la dent d’une roue; son dégagement est opéré par le balancier, et c’est elle -même, après l’impulsion et lorsque toute pénétration a cessé entre le doigt qu’elle porte et la levée fixée sur l’axe du balancier, qui dégage le rouage du remontoir pour opérer son réarmement.

M. Laumain, de Paris, avait exposé deux chronomètres de poche fort bien traités; ils étaient à échappement à ressort ordinaire, mais pourtant ils offraient cette particularité, que l’échappement complet, c’est-à-dire la roue, la détente, le balancier, étaient encagés à part entre deux petites platines particulières, de façon à pouvoir être mis en place tout montés et prêts à fonctionner. Cette construction, qui facilite le réglage, est celle que M. Henry Robert a, depuis longues années, adoptée pour ses pièces marines.

Un chronomètre à deux mouvements complets insérés entre des platines communes se voyait dans l’Exposition française, parmi les produits de M. Redier; un autre à deux balanciers, ayant chacun leur échappement, mais mus par un seul et même barillet, se trouvait dans la partie suisse, à l’exposition cle M. Grosclaude. Cette insertion de deux mouvements entre les mêmes platines est la reproduction des pièces doubles de feu Bréguet, qui avait observé fin-

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fluence qu’exerçaient les unes sur les autres plusieurs pendules placées sur un même rayon, et avait voulu en profiter pour diminuer leurs erreurs démarché, en les réduisant à la moyenne des écarts en avance et retard subis par ces diverses pièces.

Nous serions injustes si nous passions sous silence les chronomètres de MM. Parkinson et Frodsham , Hütton , de Londres ; Baron et Ulmann, de Genève; Grand-Jean, du Locle; Audemars et Mermooz, du canton de Vaud; Courvoisier , de la Chaudefond. Toutes ces pièces , d’une remarquable exécution , attestaient l’habileté de main des ouvriers qui les ont construites.

Les blancs et roulants de chronomètres exposés par MM. Huard frères, de Versailles, fabriqués avec le plus grand succès, à l’aide des machines et outils tous de l’invention de ces ingénieux artistes, méritent d’être signalés, puisque, si les ateliers de MM. Huard pouvaient exécuter d’aussi beaux produits en nombre suffisant, ils deviendraient, pour les horlogers parisiens, ce que sont les ateliers de Clerkenwell pour ceux de Londres. Nos pièces marines pourraient ainsi lutter de bon marché avec celles des Anglais et n’auraient plus rien à leur envier.

Tous les chronomètres déposés dans le Palais de cristal n’étaient point destinés à prendre la longitude en mer; plusieurs d’entre eux étaient appropriés aux besoins des sciences et avaient pour but de mesurer la durée de certains phénomènes, en indiquant leur commencement et leur fin, Le plus ancien de ces utiles appareils , où l’art de l’horlogerie semble avoir montré tout ce qu’il pouvait produire, est l’œuvre de M. Rieussec, nommé par lui chronograpbe pointeur, parce qu’une aiguille de seconde, munie à son extrémité d’un encrier, dépose tout en cheminant un point noir sur un cadran d’émail blanc. Le mécanisme de M. Rieussec fonctionne à la volonté de i’obsérvateur, qui peut, par la simple pression du doigt sur un bouton , sans cesser d’observer le phénomène dont il veut enregistrer la durée, faire poser à l’aiguille de seconde

autant de points successifs qu’il lui convient de distinguer de phases ou périodes dans son observation. L’ingéniosité des combinaisons mécaniques employées par M. Rieussec pour obtenir commodément et sûrement un résultat aussi précieux pour les expérimentateurs avait tellement frappé le jury, à Londres, que l’auteur de ce mécanisme, trouvé unanimement digne de la première récompense, ne s’en est vu frustré, au très-grand regret de tous ses juges, que par l’article du règlement, qui ne permettait pas d’accorder la plus haute récompense à une invention de plus de vingt années de date. Le chronographe pointeur pendant longtemps n’a eu d’autre rival que lui-même. Dans l’origine, c’était l’encrier fixe qui déposait le point d’encre sur le cadran mobile ; la marche de l’aiguille chargée d’encre, posant, tout en marchant, le point sur le cadran laissé immobile, fut la seule modification que son auteur lui a fait subir, tout en restant fidèle à son ingénieux principe. Ce long espace de temps écoulé depuis l’invention du chronographe en usage encore aujourd’hui prouve que le difficile problème avait été tout d’abord complètement résolu et rehausse le mérite des solutions trouvées par M. Rieussec.

Parmi les très-remarquables produits de la fabrique fondée à Cluze par le roi de Sardaigne se voyait habilement reproduit, par la main si exercée de M. Benoît, son directeur, l’étonnant compteur à double aiguille de M. Winnerl, solution la plus élégante et la plus simple du problème de la mesure de la durée d’une expérience par un appareil horaire. L’arrêt d’une première aiguille marque le commencement de l’observation, la suspension de marche d’une seconde aiguille détermine sa fin. La lecture de la distance angulaire qui s’est établie entre elles deux est rendue trèscommode par le repos des aiguilles. Celles-ci rendues libres, après s’être rejointes et superposées de façon à ne plus présenter que l’aspect d’une aiguille unique, vont prendre sur le cadran la place précise qu’elles auraient si leur marche n’avait pas été suspendue. Cette merveilleuse propriété de la double aiguille du comp-

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leur Winnerl maintient entré les mains de l’observateur une montre bien réglée en heures, minutes et secondes du temps moyen , malgré tous les arrêts qu’elle a pu subir pendant des expériences multipliées.

On trouvait dans la partie suisse , à l’exposition de M. Grosclaude, de Fleurier, deux chronomètres à double série d’indication d’heures, minutes et secondes, dont une série pouvait être arrêtée et remise en marche pour inscrire, par la différence survenue entre chacune des mêmes aiguilles de chaque série parfaitement d’accord d’abord, la durée d’une observation.

M. Audemàrs exposait un chronomètre compteur du même genre, mais dont les aiguilles de secondes étaient quadruples. Une paire de ces aiguilles, rendue indépendante, pouvait au besoin servir à fractionner par cinquième ce court espace de temps. A côté de cette pièce s’en trouvaient d’autres mesurant de longues périodes, indiquant, par exemple, les jours de la semaine, ceux du cours de la lune, la succession des mois ; dans leur boîte était encore renfermé un thermomètre métallique donnant, à l’aide d’une aiguille, sur un cadran spécial, les degrés de la température; une boussole se trouvait aussi dans le bouton qui couronnait leur pendant. Si l’exécution très-remarquable de ces pièces ne leur faisait trouver grâce à nos yeux, nous les laisserions silencieusement aller parer les magasins des marchands de Londres qui en ont fait l’acquisition.

M. Auguste, Favre, du Locle, avait aussi parmi ses magnifiques produits un chronomètre-pointeur, posant le point d’encre comme celui de M. Rieussec; quoique ce fût par un stratagème très-différent, l’honorabilité de cet artiste ne lui faisait réclamer pour son œuvre que le mérite d’une solution autre du principe graphique, que M. Rieussec a eu l’incontestable avantage d’imaginer, il y a longues années, pour le service des courses de chevaux.

MM. Cousens et Whiteside, dans la partie anglaise, exposaient un compteur pour la même distillation; le temps du

parcours de l’hippodrome est indiqué par l’arrêt de diverses aiguilles, dont l’une fractionne la seconde en six parties.

L’âme de tous les appareils d’horlogerie portative est le grand ressort; nous ne pouvons donc point passer sous silence leur fabrication dans ce compte rendu. Les producteurs les plus importants dans ce genre sont sans contredit MM. Montandon frères; chaque année 2,000 kilogrammes d’acier fondu et plus de 12,000 kilogrammes d’acier de Styrie, sont par eux convertis en ressorts de pendules et de montres. Des procédés de fabrication mécanique très-ingénieux , des moyens très-efficaces pour obtenir la régularité de la trempe et du recuit, assurent à leurs ressorts une qualité qui les fait rechercher par les horlogers de tous les pays.

La fabrication mécanique des aiguilles de montres, des clefs à rochet, de l’invention de feu Bréguet, était représentée à Londres par les produits de M. Darier, de Genève. Nous avons vivement regretté de ne pas voir figurer dans la partie française les aiguilles pour pendules, montres et régulateurs à seconde, si finement découpées par M. Basely, de Paris. Plus de dix-huit cents grosses d’aiguilles , confectionnées avec plus de 200 kilogrammes d’acier, d’or et de composition imitant l’or, sont livrées annuellement au commerce par ce fabricant. Son moyen ingénieux de façonner à l’aide du brunissoir le canon des aiguilles montées à frottement, aux dépens de la matière même du centre de l’aiguille découpée dans une tôle d’acier laminée d’égale épaisseur, eût valu bien certainement à la France une récompense de plus.

Nous allons parler tout d’abord des calibres tracés par M. Frodsbam, et des tables dressées par ce savant horloger, pour trouver sans tâtonnement la proportion exacte des pièces principales d’un chronomètre. La démonstration et la publication des principes très-simples révélés à M. Frodsham par sa longue pratique, et si complètement justifiés par ses

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excellents chronomètres de dimensions variées, mais de composition identique, est un service rendu à l’art, dont la haute importance n’a point été, suivant nous, suffisamment apprécié par le jury. En effet, déterminer d’une manière certaine les dimensions de la fusée et du balancier d’après celle du barillet, déduire le poids du balancier le plus convenable pour un bon réglage, par la multiplication des deux dimensions du barillet et la conversion des dixièmes de pouce de son cube en grains anglais, dont un certain nombre devient précisément le poids du balancier, est une méthode pratique que les ouvriers désireux de s’affranchir de longs tâtonnements suivront avec reconnaissance.

C’est par la même raison qu’ils sauront un gré infini à M. Roberts, de Manchester, de son photographe, pour transformer du grand au petit ou du petit au grand, toute espèce de mouvement d’horlogerie, en maintenant les rapports de dimensions entre tous les organes; leur gratitude ne sera pas moindre envers M. Brocot , de Paris , qui leur offre un appareil pour déterminer expérimentalement dans un temps trèscourt, la longueur exacte du pendule d’une horloge quelconque. Le mécanisme de M. Brocot est tel, que la longueur convenable du balancier est trouvée, sans qu’il soit nécessaire de le suspendre à la pendule même, dont il doit régler la marche. Feu Pecqueur avait voulu qu’une pendule marchant régulièrement pût déterminer, à elle seule, et sans le secours de la main de l’horloger, le réglage d’une montre : il y a réussi I Disons par quel stratagème ingénieux ce singulier résultat a été par lui obtenu.

Devant une pendule on place une montre maintenue dans un support, de façon à ce que les axes respectifs des aiguilles des deux machines horaires soient vis-à-vis l’un de l’autre; la montre et la pendule sont conjuguées par un arbre brisé. Chacun des bouts extrêmes de cet arbre est façonné en forme de clef appropriée au carré de l’axe aux aiguilles de minutes de la pendule et de la montre ; sur chaque fraction de l’arbre brisé est monté un pignon d’angle. Les bouts intermédiaires

de cet arbre brisé se réunissent à frottement doux dans le moyeu d’une grande roue dentée à sa circonférence, et portant, comme enfilé sur un de ses rayons, un pignon d’angle. Ce troisième pignon, que M. Pecqueur appelle pignon satellite, engrène tout à la fois avec chacun des autres pignons d’angle , monté près des bouts intermédiaires de l’arbre brisé. Il résulte de cette disposition que, si la pendule et la montre marchent d’un mouvement identique, mais en sens opposé, les pignons d’angle de l’arbre brisé imprimeront un simple mouvement giratoire sur lui-même au pignon satellite porté par la roue dentée, sans que celle-ci éprouve aucun déplacement angulaire. Mais , si au contraire une différence démarché existe , elle se traduira nécessairement en un certain déplacement de cette même roue, par suite du mouvement composé du pignon satellite sur lui-même et autour des pignons de l’arbre brisé; un second arbre, installé sur des paliers appartenant au support de la montre, est pourvu de roue dentée à chacune de ses extrémités; par l’une il engrène avec la roue au pignon satellite , par l’autre avec un dernier mobile monté sur le carré de l’avance et du retard de la montre; c’est par l’intermédiaire de ce second arbre que le moindre déplacement de la roue au pignon satellite se convertit finalement en une modification de longueur du ressort spiral; le réglage de la montre s’ensuivra nécessairement, puisque ce n’est que lorsque la marche de la montre sera devenue semblable à celle de la pendule , que les effets de déplacement de la roue du pignon satellite cesseront de se faire sentir sur le carré de l’avance et au retard.

Au nombre des machines-outils dignes d’être mentionnées dans ce compte-rendu, nous citerons le petit appareil de M. Benoît, directeur de la fabrique de Cluse, pour polir sans les déformer les marteaux des roues d’échappement à cylindre.

La machine à tracer les courbes épicycloïdales des dentures des roues, employées en horlogerie, mérite des éloges à son auteur, M. Favre-Brandt, du Locle.

La société des arts de Genève, en acquérant de M. A. Keigel

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son outil universel planteur d’échappement, a donné à cet artiste une preuve d’estime que nous sommes heureux de publier dans ce compte rendu. Nous le finissons en félicitant M. Kralik, de Pesth (Hongrie), sur sa démonstration pratique des échappements les plus usités. Sa pendule portative, qui peut successivement les recevoir les uns après les autres, est une de ces œuvres qui attestent à la fois la science et l’habileté de l’auteur.

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