DEPUIS
péen que lui semblait exiger la prééminence de sa nation et était prêt à sacrifier à ce plan sa probité professionnelle, son renom européen antérieur et toutes les sympathies superficielles acquises à l'occasion des congrès et séances académiques. « Allemand d'abord, homme ensuite », telle était la devise de cette armée d'intellectuels, marchant du même pas que l'armée tout court et vers le même but, exactement décidée aux mêmes exactions, aux mêmes cruautés en vue de l'empire. Celui qui n'a pas compris ou pas voulu comprendre ce mouvement d'ensemble, cette perversion systématique de la nation allemande prise en bloc, tourne le dos à la réalité. Tant que l'Allemand ne sera pas guéri de l'allemanité définie par Fichte, il n'y aura point de repos pour l'Europe. Tant que la France ne prendra pas les mesures politiques et intellectuelles de sauvegarde que commandera la situation, même et surtout au lendemain de la guerre, il n'y aura pas de sécurité pour la France. Ce n'est pas en quelques mois, ce n'est pas spontanément qu'un peuple comme le peuple allemand se guérit d'une longue erreur, descendue des cimes de la métaphysique vers les besoins les plus immédiats, les plus matériels. Il y faudra, de la part des alliés vainqueurs, un long effort et une extrême vigilance ; il y faudra aussi des organismes permanents, chargés de surveiller et de réprimer, même après le démembre-
Il8 HORS DU JOUG ALLEMAND.
ment nécessaire, les morceaux tendant à se rejoindre et les futures tentatives d'empiétement.