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de 70, tout ce qui est spécifiquement allemand, dans toutes les catégories de l'activité intellectuelle, a subi l'attraction orgueilleuse et dominatrice de cette grande secousse. Ceux mêmes qui, comme Karl Marx, luttaient en apparence contre l'impérialisme et affichaient à l'occasion, par position de doctrine et de parti, quelques sympathies apitoyées et platoniques pour la démocratie française, ceux-là aussi étaient, par la force des choses, entraînés dans le tourbillonjet travaillaient à la germanisation. Comment, d'ailleurs, l'auteur du lourd, pesant, indigeste Capital ne serait-il pas, jusque dans ses révoltes, un propagateur de semences allemandes et comme tel, au dehors, un propagandiste de la conquête ? Gomment ceux qui le subissaient chez nous auraient-ils échappé à l'ambiance juive allemande de ses funestes écrits, où des réminiscences de Spinoza voisinent avec des reliefs de Hegel? Mettez le nez dans les démonstrations de Marx et vous serez suffoqués par leur fort parfum teutonique et vous vous représenterez ce que deviennent, avec le temps, les disciples français d'une pareille méthode, désarmés par leur vénération même. C'est une des ironies du socialisme international que ses maîtres allemands, Marx et Lassalle, continuent à nationaliser dans leur sens, — fût-ce à leur corps défendant, — à combattre ainsi ethniquement et psychologiquement leurs propres doctrines. Pacifistes par
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leurs affirmations, ils demeurent guerriers par leur substance et leur influence contredit leurs thèses. Lassalle, vers la fin de sa vie, n'était pas si loin de Bismarck.
Je citerai, à cette occasion, quelques passages très significatifs d'un discours du célèbre orateur allemand VoUmar, une des lumières de la Social Demokratie, sur « les devoirs prochains » de la dite Social Demokratie, discours prononcé dès 1891. Il fit, dans les milieux révolutionnaires, beaucoup de bruit et donna lieu à d'ardentes controverses. On le trouvera au complet dans l'ouvrage de M. Edgard Milhaud, la Démocratie socialiste allemande, dont je cite les dernières lignes :
Que l'on songe aux extraordinaires efforts faits par le prolétariat allemand pour conquérir, réduit à ses seules ressources, sa part de vérité et de beauté. La cause de la civilisation, sous toutes ses formes, sous tous ses aspects, est la sienne.
Il ne s'agit pas, on le voit, d'un adversaire de l'internationale ouvrière.
L'attitude, nettement impérialiste et nationale, du parti socialiste allemand dès le début de la guerre de 191 4 était donc annoncée solennellement par Vollmar, depuis vingt-trois ans, dans les termes suivants :
Si un parti ouvrier a, en tout temps, rempli et est résolu à remplir, en tout temps, les devoirs de fraternité internationale, c'est bien le parti allemand. Mais cela ne veut
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pas dire qu'il n'y ait aussi pour nous des tâches et des devoirs nationaux. Car, quelque cosmopolite que puisse être la pensée d'un homme, il doit reconnaître, s'il n'est pas un rêveur, que les conditions économiques n'agissent pas d'une manière absolue et mécanique, mais que les différences des peuples et des communautés ont des racines profondes. Nous aurons à attendre longtemps encore les {( États-Unis d'Europe ».
Suivaient quelques injures au tsarisme russe et aux dirigeants français, « multipliant les plus basses flagorneries devant la puissance la plus arriérée, la plus despotique de l'univers », pour aboutir à la conclusion suivante, qui a au moins le mérite de la franchise :
Si jamais quelque part on devait espérer que, dans le cas d'une attaque dirigée contre l'Allemagne, l'agresseur pourrait compter sur la démocratie socialiste allemande, cette espérance serait profondément déçue. Sitôt que notre pays est attaqué du dehors, il n'y a plus qu'un seul parti, et nous, démocrates socialistes, nous ne serons pas les derniers à faire notre devoir. Et nous le ferons d'autant plus volontiers si l'ennemi de toute la civilisation, si la barbarie russe se trouve en question.
Il est impossible, on l'avouera, d'être plus ferme et plus catégorique.
Sous des formes très diverses, Auer, député au Reichstag, Bebel et combien d'autres orateurs de la Social Demokratie ont reproduit à satiété des déclarations semblables. Il m'est donc impossible de saisir, sur ce terrain patriotique et
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militaire, la moindre difiérence de fait et d'attitude entre les prétendus révolutionnaires allemands et les plus notoires tenants de l'impérialisme germanique. Entre la conception belliqueuse de l'historien Treitschke, auteur de V Histoire de l'Allemagne aa dix-neuvième siècle, théoricien de la Weltpolitik, et celle du social-démocrate VoUmai-, surtout entre les résultats pratiques auxquels ces conceptions doivent aboutir, je ne distingue, je l'avoue, que des nuances de vocabulaire. Car les récents événements ont prouvé suffisamment que les distinctions, que l'on feignait de croire fort visibles et tranchées, entre la qualité d'agresseur et celle d'attaqué peuvent être recouvertes de la plus épaisse couche de mensonges et dissimulées aux regards de toute une nation. Or là était le seul fossé entre un Treitschke et un Vollmar ou un Bebel; il est aisément comblé.
Plan concerté : car, par-dessus les dissidences inévitables dans un vaste et laborieux pays, on peut suivre la liaison des volontés allemandes dans le sens de la conquête à main armée, comme on suit la courbe d'une fièvre. Cependant que les historiens et les ethnographes, s'appuyant sur les fantaisies de Gobineau, réclamaient, pour la race allemande, le premier rang dans la civihsation et le droit de s'imposer à l'univers, les savants allemands dirigeaient leurs théories ou leurs découvertes dans un sens favorable à cette suprématie.
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Elle était un dogme aux yeux d'un Koch ou d'un Ehrlich, lançant leurs inventions incomplètes comme des industriels lancent un produit, devenus en quelque sorte thérapeutes d'État. Elle était un dogme aux yeux d'un Wagner, remettant la légende des origines germaniques au creuset de la musique conquérante. Elle était un dogme aux yeux d'un Treitschke; un dogme aux yeux d'un Haeckel, acharné à faire de son monisme de primaire un instrument de domination tudesque ; un dogme aux yeux des innombrables critiques, depuis un Bode jusqu'à un Nordau, uniformes dans leurs procédés et comme militarisés dans leurs sentences, qui allaient cherchant, dans toutes les directions, l'origine allemande, le cachet allemand, la visée allemande, prônant, exaltant ce qui leur semblait conforme, dénigrant, rabaissant ou niant ce qui leur semblait contraire. Elle était un dogme, cette suprématie, aux yeux de tous les techniciens, grands industriels, constructeurs, manufacturiers qui appliquaient vivement, avec ingéniosité, les recherches des théoriciens. Elle était un dogme pour les économistes, les sociologues et pour les social-démokrates, préoccupés de l'expansion allemande, de sa réaction sur le bienêtre et la condition politique de l'ouvrier allemand, avant de l'être de la paix et de la fraternité internationale. Chacun de ces hommes avait, dans un coin de son esprit, le plan du remaniement euro-