QUELQUES REMARQUES EN MATIÈRE DE PRÉCAUTIONS
Nous sommes partis de l'intellectualisme allemand, pour aboutir aux méthodes de l'envahissement allemand dans notre pays. Je m'excuse auprès des lecteurs des détails dans lesquels j'ai dû entrer, sans cependant épui-
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ser le sujet, loin de là, tant il est ample, touffu et peu exploré. Je crois avoir démontré qu'on peut lutter efficacement contre les ruses et préparatifs de r Avant-Guerre. Heureux si ces nouvelles remarques, — venues après la confirmation de tout ce que j'avais annoncé, — ne se heurtent pas à la même coupable indifférence. En tout cas, j'aurai fait mon possible pour éclairer mon pays sur la sixième arme de nos ennemis héréditaires : l'espionnage.
Une des racines du mal est dans la constitution actuelle des sociétés anonymes par actions, qui offrent un abri commode et discret aux agents allemands opérant chez nous. Je les comparerais volontiers, ces sociétés, à des tranchées d'où les Allemands observent nos travaux commerciaux et industriels, prêts à intervenir, d'abord par l'argent, puis par les armes, aussitôt que l'occasion leur paraît propice. Poussant plus loin la comparaison, je dirai qu'ils avaient, dans ces tranchées économiques et financières, maints prisonniers français, — que j ai proposé d'appeler leurs c( embochés » — hommes faibles, avides et imprudents, dont la situation actuelle n'est pas commode et risque de devenir encore plus douloureuse ; car il est cruel d'être pris entre son devoir patriotique et son jeton de présence. L'unique moyen d'éviter ce conffit sinistre sera une refonte complète de la loi qui concerne les
sociétés anonymes par actions : soit qu'elle interdise désormais l'apport des capitaux allemands et autrichiens dans des conditions prédominantes, soit qu'elle élimine l'homme de paille, la personne interposée, ce fléau de la Défense nationale, soit qu'elle spécifie, en certains cas, une recherche des éléments constitutifs et de l'origine des (( participations » qui ne soit pas un leurre, comme elle l'est aujourd'hui. Une chose est certaine : la guerre aux sociétés allemandes comporte la poursuite des embochés. Quand ceux-ci redouteront d'être dénoncés publiquement par la presse patriotique, ils seront beaucoup moins prompts à entrer dans les entreprises allemandes, à palper les capitaux allemands.
On ne se bat pas seulement en temps de guerre. Même en temps de guerre, on ne se bat pas seulement dans la zone des armées. La lutte que nous a déclarée l'Allemagne, ainsi qu'à presque toute l'Europe, comporte des opérations financières, commerciales et industrielles en temps de paix et une action sourde en temps de guerre, destinée à maintenir l'état antérieur, à permettre aux industriels et banquiers allemands de franchir le mauvais passage. Incapable de rompre sur mer le blocus anglais, l'Allemagne essaie de le tourner sur terre, non seulement chez les neutres, mais, — si outrecuidant que cela paraisse, — en France même, grâce à ses
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pionniers antérieurs, qui sont les grands naturalisés, et à leurs créatures. Cette lutte occulte a, elle aussi, ses von Kluck et ses von Heeringen, non moins dangereux qu'eux, infiniment plus sournois. Malheureusement, il nous manque, sur ce terrain-là, un second Joffre, armé des pouvoirs suffisants pour refouler l'ennemi germain de l'intérieur et ses comparses. Je ne puis terminer que par un acte de confiance dans la clairvoyance et l'énergie de mes compatriotes, résolus à faire tout le nécessaire pour, — la victoire militaire une fois obtenue, — secouer, définitivement cette fois, le joug intolérable de l'Allemagne.